jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 3 novembre 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la société à responsabilité limitée (SARL) Ellipsy Formation.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 18 juillet 2022, la SARL Ellipsy Formation, représentée par Me Fernando Randazzo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mai 2022 par laquelle le directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts et consignations a prononcé son déréférencement en qualité d'organisme de formation de la plate-forme " Mon compte formation " pour une durée de neuf mois, a refusé de prendre en charge le financement des dossiers de formation listés en annexe et a demandé le remboursement des sommes versées au titre des mêmes dossiers, ensemble la décision du 1er juillet 2022 rejetant son recours gracieux contre cette décision ;
2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de procéder au référencement de la société Ellipsy en tant qu'organisme de formation et de lui payer les factures émises entre mars et mai 2022.
Elle soutient que :
- la procédure a méconnu le principe du contradictoire et la présomption d'innocence ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2022, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par la SELARL Adden avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SARL Ellipsy Formation la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la société requérante n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision rejetant son recours gracieux ;
- la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de M. Mulot, rapporteur public,
- les observations de Me Randazzo représentant la société Ellipsy Formation et de Me Monfront représentant la Caisse des dépôts et consignations.
Une note en délibéré présentée pour la Caisse des dépôts et consignations a été enregistrée le 3 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée Ellipsy Formation exerce une activité de formation professionnelle et propose notamment des formations sur la plate-forme " Mon compte formation ". Par lettre du 28 février 2022, le directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts et consignations, établissement gestionnaire du compte personnel de formation en vertu de l'article L. 6323-9 du code du travail, lui a notifié l'ouverture d'une procédure contradictoire et l'a invitée à présenter ses observations sur les anomalies constatées au sujet de son organisme de formation. La société Ellipsy formation a présenté ses observations écrites le 21 mars 2022. Par décision du 31 mai 2022, le directeur de la formation professionnelle et des compétences de la Caisse a prononcé le déréférencement de l'entreprise Ellipsy Formation de la plate-forme " Mon compte formation " pendant neuf mois, a refusé de prendre en charge le financement des dossiers de formation listés en annexe et a demandé le remboursement des sommes indûment versées au titre des mêmes dossiers. Par envoi électronique du 8 juin 2022, la société Ellipsy Formation a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté le 1er juillet 2022.
Sur la fin de non-recevoir :
2. Contrairement à ce que soutient la Caisse des dépôts et consignations, la société Ellipsy, qui demande l'annulation de la décision initiale du 31 mai 2022, est également recevable à demander l'annulation de la décision du 1er juillet 2022 rejetant son recours gracieux.
Sur la demande d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 6323-6 du code du travail : " () II. - Sont également éligibles au compte personnel de formation, dans des conditions définies par décret : / () 4° Les actions de formation d'accompagnement et de conseil dispensées aux créateurs ou repreneurs d'entreprises ayant pour objet de réaliser leur projet de création ou de reprise d'entreprise et de pérenniser l'activité de celle-ci () ". Aux termes de l'article D. 6323-7 du même code : " I. - Les actions de formation, d'accompagnement et de conseil éligibles au compte personnel de formation mentionnées au 4° du II de l'article L. 6323-6 sont réalisées dans le cadre du parcours prévu à l'article L. 6313-2 suivi par le créateur ou le repreneur d'entreprise. / Ces actions ont pour objet l'acquisition de compétences exclusivement liées à l'exercice de la fonction de chef d'entreprise concourant au démarrage, à la mise en œuvre et au développement du projet de création ou de reprise d'une entreprise et à la pérennisation de son activité, et qui ne sont pas propres à l'exercice d'un métier dans un secteur d'activité particulier () ".
4. La décision attaquée reproche à la société Ellipsy Formation de " vendre des actions inéligibles au financement par le compte personnel de formation sur la plate-forme Mon compte formation ", en présentant frauduleusement des actions non éligibles comme des actions d'aide à la création ou à la reprise d'entreprise et en ayant une " pratique récurrente de dissimulation d'actions inéligibles " consistant à proposer une offre de formation en deux modules dont seul le premier est consacré à la création d'entreprise et dont le second, présenté comme " offert ", est consacré à une formation inéligible au compte personnel de formation.
5. Dans sa lettre d'observations du 28 février 2022, la Caisse des dépôts a constaté que la société Ellipsy Formation ne propose qu'une seule action de formation sur la plate-forme " Mon compte formation ", intitulée " création d'entreprise ", et a estimé que le contenu de cette formation, " qui se décline en trois parties, " Définir votre cadre juridique ", " Mieux vous connaître " et " Communiquer efficacement ", ne semble pas relever du champ des formations visant à la création et à la reprise d'entreprise " défini par le code du travail. En réponse, la société Ellipsy lui a envoyé le 21 mars 2022 une description détaillée du contenu de cette formation, dont les modules visent à " définir le cadre juridique et fiscal, déterminer les objectifs à atteindre en organisation afin de mettre en place une activité entrepreneuriale pérenne ", à " analyser ses compétences et points forts utiles pour la création et reprise d'entreprise mais aussi déterminer les axes de progrès " et à " communiquer efficacement pour faire connaître son entreprise et générer ainsi de l'activité et du chiffre d'affaires ". Cette description est conforme au 4° du II de l'article L. 6323-6 et au I de l'article D. 6323-7 précités du code du travail, et il ne résulte pas de l'instruction qu'elle serait fictive.
6. La lettre du 28 février 2022 affirme également que sur le site internet de la société Ellipsy Formation, " qui affiche en page d'accueil et en page " Parcours qualifiant " un logo Mon compte formation " et où diverses actions non éligibles au compte personnel de formation sont offertes, aucune offre de formation sur la création d'entreprise n'est proposée. Il ressort toutefois de la réponse envoyée par la société Ellipsy le 21 mars 2022 que deux formations " création d'entreprise " et " création d'entreprise et marketing " sont proposées sur son site internet, sous la rubrique " CPF ". S'il n'est pas contesté qu'apparaissait le logotype " Mon compte formation " sur le bandeau du site commun aux formations éligibles et non éligibles au compte personnel de formation, la requérante affirme sans être contestée que dès réception des observations de la Caisse des dépôts et consignations, elle a corrigé cette anomalie, qui ne peut à elle seule être qualifiée de manœuvre frauduleuse.
7. Enfin, il résulte de l'instruction, et notamment de la demande d'observations complémentaires envoyée électroniquement le 8 avril 2022, que le grief relatif à une " pratique récurrente de dissimulation d'actions inéligibles " se fonde sur les résultats d'une campagne d'appels menée auprès des stagiaires de la société Ellipsy Formation. La Caisse des dépôts se borne toutefois à reproduire des extraits de " commentaires issus de cette campagne d'appels ", anonymes, non datés et dépourvus de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Aucune autre pièce du dossier ne permet d'étayer la réalité de ce grief.
8. Il résulte de ce qui précède que les manquements reprochés par la Caisse des dépôts et consignations à la société Ellipsy Formation ne sont pas établis. Par conséquent et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, la société requérante est fondée à demander l'annulation des décisions attaquées des 31 mai et 1er juillet 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. La période de déréférencement de la société Ellipsy Formation de la plate-forme " Mon compte formation " fixée par la décision litigieuse ayant pris fin à la date du présent jugement, la société Ellipsy Formation n'est pas fondée à demander qu'il soit enjoint à la Caisse des dépôts et consignations de procéder à son référencement. En revanche, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que soient versées à la société demanderesse les sommes dues par la Caisse des dépôts et consignations au titre des dossiers listés en annexe de la décision du 31 mai 2022. Il y a lieu de l'enjoindre au directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Ellipsy Formation, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la Caisse des dépôts et consignations au titre des frais de procès qu'elle a exposés.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 31 mai 2022 par laquelle le directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts et consignations a prononcé le déréférencement de la société Ellipsy Formation de la plate-forme " Mon compte formation " pour une durée de neuf mois, a refusé de prendre en charge le financement des dossiers de formation listés en annexe et a demandé le remboursement des sommes versées au titre des mêmes dossiers, ensemble la décision du 1er juillet 2022 rejetant le recours gracieux de la société Ellipsy Formation contre cette décision, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au directeur général de la Caisse des dépôts et consignations de verser à la société Ellipsy Formation les sommes dues au titre des dossiers listés en annexe de la décision du 31 mai 2022.
Article 3 : Les conclusions de la Caisse des dépôts et consignations fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Ellipsy Formation et à la Caisse des dépôts et consignations.
Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
MM. Colin Bouvet et Philippe A, premiers conseillers,
assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.
Le rapporteur,
Ph. A
La présidente,
A. GAILLARDLe greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026