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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204509

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204509

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204509
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantDUSSART

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 novembre 2022 et 3 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Dussart, demande au tribunal :

1) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 21 septembre 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté sa demande de délivrance d'une autorisation préalable d'accès à une formation aux métiers de la sécurité privée ;

2) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par un auteur incompétent ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Dujardin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, né en 1977 à Dakar, de nationalité sénégalaise, a par un courrier du 6 septembre 2022 sollicité du directeur du conseil national des activités privées de sécurité la délivrance d'une autorisation préalable au suivi d'une formation aux métiers de la sécurité privée. Le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté cette demande par une décision du 21 septembre 2022 dont M. A demande, par la présente requête, l'annulation pour excès de pouvoir.

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, auquel renvoient les dispositions de l'article L. 612-22 du même code relatives à l'accès à une formation en vue d'acquérir une aptitude professionnelle : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, à l'issue d'une enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les actes commis par le demandeur sont compatibles avec l'exercice de la profession ou la direction d'une personne morale exerçant cette activité, alors même que les agissements en cause n'auraient pas donné lieu à une condamnation inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire, ou que la condamnation prononcée en raison de ces agissements aurait été effacée de ce bulletin.

4. Pour rejeter la demande dont il était saisi, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a relevé que M. A avait été condamné à trois reprises. Il ressort en effet des pièces du dossier qu'il a été condamné en février 2005 et septembre 2006 par le tribunal correctionnel d'Evreux pour des faits de conduite sans assurance commis en 2004, puis par un arrêt de la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Rouen du 18 janvier 2012 pour des faits de vol aggravé, tentative de vol aggravé et de falsification ou contrefaçon de chèque, faits commis entre le 11 avril 2005 et le 6 octobre 2005.

5. Toutefois, pour réprouvables qu'ils soient, les faits reprochés à M. A sont anciens de plus de dix-sept ans à la date de la décision attaquée, sans que M. A ne se soit signalé pour aucun autre fait depuis. En outre, par un arrêt du 17 mai 2018, la chambre des arrêts correctionnels de la cour d'appel de Rouen a fait droit à la demande d'effacement desdites condamnations du bulletin n°2 du casier judiciaire du requérant, relevant qu'il s'était acquitté des amendes auxquelles il avait été condamné auprès du trésor public et que les actes de délinquance en question s'inscrivaient " dans un passé désormais révolu ". Enfin, le conseil national des activités privées de sécurité n'apporte aucun autre élément de nature à justifier que le comportement de M. A présenterait, au jour de sa décision, un risque quelconque de trouble à l'ordre public ou dans l'activité professionnelle qu'il souhaite exercer.

6. Eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. A est fondé à soutenir qu'en lui refusant l'autorisation sollicitée, le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a fait une application erronée des dispositions combinées des articles L. 612-20 et L. 612-22 du code de la sécurité intérieure.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 21 septembre 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté la demande de M. A tendant à la délivrance d'une autorisation préalable d'accès à une formation aux métiers de la sécurité privée doit être annulée.

8. Enfin il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La décision du 21 septembre 2022 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a rejeté la demande de M. A tendant à la délivrance d'une autorisation préalable d'accès à une formation aux métiers de la sécurité privée est annulée.

Article 2 : Le conseil national des activités privées de sécurité versera à M. A une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

Robin Mulot

La présidente,

signé

Anne Gaillard

Le greffier,

signé

Henry Tostivint

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2204509

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