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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204684

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204684

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204684
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 novembre 2022, M. D, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil (CMA) ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation, sans délai à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée ;

- a été signée par une autorité incompétente ;

- a été prise sans qu'il ait été préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou qu'il est raisonnable de penser qu'il comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile entraînait de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise sans qu'il fût mis à même de présenter ses observations dans un délai de quinze jours avant son adoption ;

- a été prise sans qu'aucun examen de sa vulnérabilité ne fût effectué ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

L'office soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 21 septembre 2022 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 9 janvier 2024 fixant la clôture de l'instruction au 11 mars 2024 à 12h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Elatrassi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant éthiopien né le 22 septembre 1988, a sollicité l'asile en France le 1er juillet 2022 et a, le même jour, accepté les CMA proposées par l'OFII. Par la décision attaquée du 21 juillet 2022, l'OFII a mis fin au bénéfice de ces CMA.

2. En premier lieu, par une décision du 2 janvier 2018, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 février 2018, Mme B C, directrice territoriale de l'OFII à Rouen, a reçu délégation à l'effet de signer toutes décisions se rapportant aux missions dévolues à sa direction. Il n'est pas contesté que la décision attaquée entre dans le champ de ces missions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui mentionne les considérations de droit et de faits qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région. "

5. L'obligation d'information dont se prévaut le requérant ne résulte pas des dispositions citées au point précédent, dont il se borne à invoquer la méconnaissance. A supposer même qu'il ait entendu, eu égard aux dispositions qu'il reproduit dans sa requête, se prévaloir de celles de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles-ci étaient abrogées depuis le 1er mai 2021. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable, tel qu'il est formulé, est, en tout état de cause, inopérant.

6. En quatrième lieu, l'OFII produit en défense le courrier du 1er juillet 2022 par lequel M. A a été informé de l'intention de l'administration de mettre fin au bénéfice de ses CMA et a été invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Ce courrier a été remis en mains propres à l'intéressé et comporte sa signature et celui-ci a d'ailleurs, par un courrier du 11 juillet 2022, formulé ses observations. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure au motif que le requérant n'aurait pas été invité à présenter ses observations préalablement à l'adoption de la décision attaquée manque en fait.

7. En cinquième lieu, l'OFII produit en défense la fiche d'entretien de vulnérabilité de M. A, datée du 1er juillet 2022, signée par l'intéressé. Il en ressort notamment qu'il a été à même, au cours de cet entretien, de présenter ses observations relatives à son état de santé. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, au seul motif qu'un tel examen de sa vulnérabilité n'aurait pas été effectué par l'OFII, manque en fait.

8. En sixième lieu, la décision attaquée mentionne le motif pour lequel il est mis fin aux CMA de M. A ainsi que l'examen de ses " besoins " et de sa " situation personnelle et familiale " et il n'appartenait pas à l'OFII de faire état de l'ensemble des éléments propres à sa situation, notamment quant à son état de santé, alors qu'il est par ailleurs établi qu'il a pu utilement en faire état tant à l'occasion de son entretien de vulnérabilité qu'au terme de ses observations présentées le 11 juillet 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () "

10. M. A, qui ne critique pas le motif retenu par l'administration pour mettre fin à ses CMA, soutient cependant qu'il se trouvait dans une situation de vulnérabilité telle que l'OFII ne pouvait légalement prendre cette décision. Il se prévaut en particulier de son état de santé. Cependant, s'il affirme souffrir d'épilepsie et d'une pathologie affectant ses poumons, il se borne à produire, sans plus de précisions quant à la nature ou à la gravité de sa pathologie, deux ordonnances médicales pour un antiépileptique (Keppra), un antidouleur (Doliprane) et un antispasmodique (Spasfon), et deux autres ordonnances pour divers tests et dépistages. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A, s'il se trouvait isolé et sans ressources sur le territoire français, ne présentait à la date de la décision attaquée aucun autre élément particulier de vulnérabilité. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation particulière de l'intéressé, que l'OFII a mis fin aux CMA de M. A.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation la décision du 21 juillet 2022 par laquelle l'OFII a prononcé la cessation de ses CMA. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Elatrassi et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

A. LE VAILLANT

Le président,

signé

P. MINNELe greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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