mardi 3 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2204794 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Boudjellal, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés du 25 novembre 2022 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trente-six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen complet et effectif de sa situation ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 7-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il a été pris en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;
- les décisions contestées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisante.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de police de Paris, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme B.
Le requérant n'était ni présent ni représenté.
Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'appel de l'affaire.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 28 mai 1987 à Annaba, déclare être entré en France en 2014. A la suite de son interpellation et d'une opération de vérification de son droit au séjour, le préfet de police de Paris, par les arrêtés attaqués du 25 novembre 2022, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.
2. En premier lieu, les décisions contestées visent les dispositions dont il est fait application, exposent de manière suffisamment précise la situation personnelle et administrative de M. C et indiquent les raisons pour lesquelles le préfet a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, les décisions énonçant les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent pour permettre au requérant de comprendre leurs motifs, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et des termes mêmes des arrêtés contestés, qui fait notamment état de sa situation familiale, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".
5. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, sans que cette circonstance ne soit sérieusement contestée par le préfet, que M. C ait été entendu, ni mis à même de présenter ses éventuelles observations de manière utile et effective préalablement à l'adoption des décisions contestées. Toutefois, l'intéressé, en faisant valoir qu'il aurait pu se prévaloir du lien qu'il entretiendrait avec une ressortissante française et ses deux enfants mineurs, ne fait état d'aucun élément dont le préfet n'avait pas connaissance, alors qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté que " l'intéressé se déclare vivre en concubinage avec deux enfants à charge ". Ainsi, alors même que M. C n'a pas été entendu préalablement aux décisions litigieuses, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette circonstance a été, en l'espèce, susceptible d'exercer une influence sur le sens des décisions contestées. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En quatrième lieu, M. C soutient qu'il réside en France avec sa compagne et ses deux enfants mineurs dont il assume la charge. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C est défavorablement connu des services de police, qu'il a été condamné à une peine de trois mois d'emprisonnement pour vol avec circonstances aggravantes et que, durant son incarcération, il n'a reçu aucune visite de proches. En outre, M. C n'apporte aucun élément établissant, ainsi qu'il le fait valoir, qu'il réside avec sa compagne et ses enfants, ni même qu'il entretiendrait avec ces derniers un lien étroit et permanent. M. C ne justifie pas davantage de son insertion sociale et professionnelle en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français et en fixant le pays de destination.
9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3-1 et 7-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". En outre, selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "
11. Il est constant que M. C n'a pas formulé de demande de titre de séjour et n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité. En outre, le préfet fait valoir, sans être contredit, qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 9 juin 2021. Par suite, en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation, ni d'erreur de fait. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". En outre, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
13. Si le requérant soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre aurait pour effet d'empêcher toute régularisation de sa situation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait des liens personnels et familiaux réels et pérennes sur le territoire français. Par ailleurs, le préfet fait valoir qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Enfin, il résulte de ce qui précède que M. C a été condamné le 6 mai 2021 à trois mois d'emprisonnement, a fait l'objet, le 23 novembre 2022, d'un nouveau signalement pour des faits de violence en réunion et constitue ainsi une menace à l'ordre public. Par suite, le préfet de police de Paris n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2023.
La magistrate désignée,
H. B
Le greffier
J.-L. MICHEL La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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