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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204858

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204858

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2022, M. E C, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Seyrek sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, à charge, pour son conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en violation du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en violation du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est dépourvue de base légale, dès lors que les dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont contraires à la directive " retour " ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision fixant le pays de destination :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- a été prise en violation du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant assignation à résidence :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 5° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application des articles L. 614-9 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique, M. C et le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant tunisien né le 22 décembre 1999 à Mareth, serait entré en France au cours du mois d'août 2022 selon ses déclarations. Dans le cadre d'une opération de contrôle dans une boulangerie au Havre, il a fait l'objet, le 30 novembre 2022, d'un contrôle d'identité par les services de police. Par un premier arrêté du 30 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. C demande l'annulation des deux arrêtés du 30 novembre 2022.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 30 novembre 2022 portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

Quant à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 22-070 du 24 novembre 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs n° 76-2022-185 de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme A B, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, les " mesures d'éloignement des étrangers ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. C, mentionne, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. En outre, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que M. C a été auditionné par les services de police le 30 novembre 2022. Il ressort du procès-verbal de cette audition, qui s'est déroulée en langue française, que M. C parle et comprend, et durant laquelle ce dernier était assisté d'un avocat, que l'intéressé a pu présenter des observations sur la légalité de son séjour et sur sa situation personnelle. Il a notamment été interrogé sur les raisons de son départ hors de son pays d'origine et son parcours, sur sa situation personnelle et familiale, sur sa situation administrative au regard des règles du droit au séjour en France. Par ailleurs, M. C a été informé de l'éventualité d'une mesure d'éloignement vers son pays d'origine ou d'un pays où il est également admissible, éventuellement assortie d'une assignation à résidence et d'une interdiction de retour en France, et interrogé sur les éventuelles observations qu'il avait à formuler. Ainsi, le requérant a été mis à même de présenter de manière utile et effective les éléments pertinents qui auraient pu influer sur les décisions du préfet de la Seine-Maritime, et notamment sur la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige. Par suite, le requérant n'a pas été privé du droit d'être entendu préalablement à toute mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement, principe général du droit de l'Union européenne. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. En l'espèce, M. C déclare avoir quitté son pays d'origine au mois de juillet 2022 et être entré en France au mois d'août suivant, soit très récemment à la date de la décision contestée. Si le requérant, célibataire et sans charge de famille en France, soutient que son frère réside en France, et a indiqué aux services de police lors de son audition le 30 novembre 2022 avoir également un oncle résidant en France, il ne l'établit toutefois pas par les seules pièces qu'il produit. Au demeurant, il n'établit pas qu'il entretiendrait avec son frère et son oncle des liens d'une particulière intensité et stabilité. De plus, M. C n'établit ni même n'allègue être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, où il a vécu la majorité de son existence et où résident, selon ses déclarations, ses parents et sa sœur. Le requérant ne justifie par ailleurs d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation de M. C. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français.

Quant à la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, la décision attaquée mentionne, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 6 et 7 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise en violation du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable, doit être écarté comme manquant en fait.

14. En troisième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 : " Aux fins de la présente directive, on entend par : / () 7) " risque de fuite " : le fait qu'il existe des raisons, dans un cas particulier et sur la base de critères objectifs définis par la loi, de penser qu'un ressortissant d'un pays tiers faisant l'objet de procédures de retour peut prendre la fuite ; () ". Aux termes de l'article 7 de cette directive : " () 4. S'il existe un risque de fuite, ou si une demande de séjour régulier a été rejetée comme étant manifestement non fondée ou frauduleuse, ou si la personne concernée constitue un danger pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sécurité nationale, les États membres peuvent s'abstenir d'accorder un délai de départ volontaire ou peuvent accorder un délai inférieur à sept jours. ".

16. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

17. Les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient, par exception au délai de départ volontaire de trente jours institué par les dispositions de l'article L. 612-1 du même code, les hypothèses dans lesquelles un étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut se voir opposer une décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire. L'hypothèse prévue au 3° de l'article L. 612-2 constitue la transposition des dispositions du 4° de l'article 7 de la directive du 16 décembre 2008. Les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile définissent les critères objectifs de détermination du risque de fuite. Par ailleurs, en prévoyant que des circonstances particulières peuvent faire obstacle à ce que le risque de fuite soit considéré comme établi dans l'hypothèse où un étranger entrerait dans l'un des cas ainsi définis, le législateur a imposé à l'administration un examen de la situation particulière de chaque étranger de nature à assurer le respect du principe de proportionnalité entre les moyens et les objectifs poursuivis lorsqu'il est recouru à des mesures coercitives, en conformité avec l'article 3 de la directive. Par suite, le moyen tiré de ce que les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 seraient incompatibles avec les garanties prévues la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, doit être écarté.

18. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 8 à 10 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision contestée aurait été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

19. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'assortir la mesure d'éloignement dont il fait l'objet d'un délai de départ volontaire.

Quant à la décision portant fixation du pays de destination :

20. En premier lieu, par un arrêté n° 22-070 du 24 novembre 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs n° 76-2022-185 de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme A B, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, les " décisions fixant le pays de renvoi ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

21. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés aux points 6 et 7 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été prise en violation du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit à être entendu préalablement à toute décision défavorable, doit être écarté comme manquant en fait.

22. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché la décision attaquée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. C. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

Quant à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

24. En premier lieu, par un arrêté n° 22-070 du 24 novembre 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs n° 76-2022-185 de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme A B, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, les " décisions relatives () à l'interdiction de retour ou de circulation sur le territoire français ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit être écarté.

25. En deuxième lieu, aux termes L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

26. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an contestée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et cite notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 de ce code. Elle se réfère aux conditions d'entrée et de séjour de M. C sur le territoire français et mentionne que l'intéressé, célibataire et sans charge de famille en France, n'établit pas avoir des liens privés et familiaux sur le territoire français. De plus, la décision attaquée précise notamment que M. C n'a " jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement " et que sa présence sur le sol national ne représente pas une menace pour l'ordre public. Au demeurant, la décision attaquée n'avait pas à faire expressément état de l'absence de circonstances humanitaires susceptibles de faire obstacle, en l'espèce, au prononcé d'une interdiction de retour. Par suite, la décision attaquée, qui, contrairement à ce que soutient le requérant, n'emporte en tout état de cause pas prolongation d'une précédente mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, ainsi, suffisamment motivée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

27. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 8 à 10 du présent jugement, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision contestée. Il suit de là que les moyens tirés de ce que la décision contestée aurait été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

28. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 30 novembre 2022 portant assignation à résidence :

29. Aux termes de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée devant le président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. () ".

30. En premier lieu, par un arrêté n° 22-070 du 24 novembre 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs n° 76-2022-185 de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme A B, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, signataire de la décision contestée, à l'effet de signer, notamment, les " décisions () d'assignation à résidence ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

31. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. C, mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Elle rappelle notamment que M. C, qui n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité lors du contrôle dont il a fait l'objet le 30 novembre 2022, fait l'objet d'une mesure d'éloignement exécutoire. Elle mentionne également qu'en vue d'effectuer les démarches nécessaires à l'exécution de cette mesure d'éloignement, il est nécessaire d'assigner l'intéressé à résidence. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. C en mesure de discuter les motifs de cette décision et le juge d'exercer son contrôle. Ce moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

32. En troisième lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.

33. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de la motivation de la décision litigieuse, que le préfet de la Seine-Maritime se serait cru en situation de compétence liée pour adopter l'assignation à résidence contestée. Le moyen d'erreur de droit soulevé en ce sens doit, dès lors, être écarté.

34. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour de étrangers et du droit d'asile, auparavant codifié à l'article L. 561-2 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

35. Si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions précitées ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, elles doivent être, dans leur principe comme dans leurs modalités, adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

36. M. C doit être regardé comme soutenant que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation. En se bornant à soutenir que " rien ne justifiait " cette décision, le requérant ne critique toutefois pas utilement le bien-fondé de l'assignation à résidence dont il fait l'objet, alors qu'il est constant qu'il a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, ni les modalités de cette décision, laquelle autorise provisoirement son séjour en France. Le préfet de la Seine-Maritime n'a ainsi pas entaché sa décision d'assigner à résidence M. C d'erreur d'appréciation. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

37. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 30 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

38. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 30 novembre 2022 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et, d'autre part, l'a assigné à résidence. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de la requête présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La magistrate désignée,

D. D

La greffière,

A. Lenfant

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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