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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204925

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204925

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204925
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2022, M. B A D, représenté par Me Madeline, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner en France pendant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an et portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte en lui remettant, dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Eden avocats en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ladite condamnation valant renonciation au versement de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait en ce qui concerne l'usage d'un faux nom et d'un faux permis de conduire égyptien et l'exercice irrégulier d'une activité professionnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile telles qu'elles sont interprétées par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Madeline, représentant M. A D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant égyptien né le 26 septembre 1992 à Dakahliya, demande l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit de retourner en France pendant un an.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté énonce les motifs de fait et de droit sur lesquels le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour du requérant. Il est donc suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, M. A D ne conteste pas avoir fait usage d'une fausse identité et d'un faux permis de conduire. Dès lors, et à supposer même qu'il n'ait pas été poursuivi ni même condamné pénalement, le préfet n'a pas commis d'erreur de fait. En tout état de cause, dès lors que ces motifs ne fondent pas le refus de titre de séjour, cette erreur de fait, en admettant même qu'elle soit avérée, est sans incidence sur la légalité de la décision dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas retenu ces éléments. Enfin, contrairement à ce qui est soutenu, en mentionnant que le requérant, qui n'a jamais été autorisé à séjourner sur le territoire, a travaillé illégalement, le préfet n'a pas entaché la décision contestée d'une erreur de fait. Ce moyen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont il ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. D'une part, M. A D, qui ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012.

7. D'autre part, si M. A D soutient qu'il est entré en France en 2009 à l'âge de quatorze ans, il ne l'établit pas. Il ne produit par ailleurs aucun document de nature à attester sa présence, même ponctuelle, sur le territoire pour les années 2009, 2010, 2011, 2012 et 2015. M. A D, dont l'épouse et la fille mineure résident en Algérie ainsi que l'atteste le procès-verbal d'audition produit en défense, ne dispose pas non plus d'attaches familiales sur le territoire et ne justifie pas avoir noué, malgré six années de présence, des liens amicaux. Enfin, si le requérant se prévaut de son insertion professionnelle, il ne produit que quatre bulletins de paie pour l'année 2016 et deux bulletins de paie pour l'année 2017 et ne justifie par les pièces fournies, à savoir ses certificats de travail et ses bulletins de paie, d'une activité salariée ininterrompue comme peintre en bâtiment que pour la période d'avril 2018 à juin 2021. Dans ces conditions, eu égard à la situation familiale du requérant qui ne travaille pas depuis près d'un an, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l'admettre au séjour. Ce moyen doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Il ressort des pièces du dossier que l'épouse et le fils de M. A D résident en Algérie et qu'outre l'absence de toute attache familiale, le requérant n'a développé sur le territoire français aucun réseau amical ou social particulier. Dans ces conditions, bien que l'intéressé réside depuis plusieurs années en France et qu'il y ait également travaillé, le préfet n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision de refus de titre de séjour a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 2, la décision portant obligation de quitter le territoire français, dont la motivation se confond avec celle de la décision de refus de titre de séjour, est suffisamment motivée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 10, M. A D ne peut exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

13. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier du dossier de M. A D.

14. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs qui ont été exposés au point 9.

15. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Elle est donc suffisamment motivée.

17. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 15, M. A D ne peut exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

18. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les motifs de fait sur lesquels le préfet s'est fondé, notamment la soustraction à une précédente mesure d'éloignement et l'absence d'insertion sociale du requérant. Par suite, elle est suffisamment motivée. Ce moyen doit être dès lors écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

21. M. A D s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement et ne justifie pas, malgré la durée de présence dont il se prévaut, d'aucune forme de lien personnel, amical ou professionnel en France. Ainsi, et alors même qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées que le préfet a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et a fixé la durée de celle-ci à un an. Pour les mêmes motifs, cette décision ne porte pas une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant ni n'est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Me Madeline et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé : S. C

La présidente,

Signé : C. BOYER

Le greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

CH

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