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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2204940

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2204940

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2204940
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2022, Mme B A, représentée par la SELARL " EDEN Avocats " (Me Leprince), demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 août 2022 par laquelle la commission de médiation de la Seine-Maritime a rejeté son recours tendant à reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement présentée sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

3°) d'annuler la décision du 23 novembre 2022 par laquelle la commission de médiation de la Seine-Maritime a rejeté son recours gracieux ;

4°) d'enjoindre à la commission de médiation de la Seine-Maritime de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; subsidiairement, d'enjoindre à la commission de médiation de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 hors taxe à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ; à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la commission de médiation s'est prononcée au terme d'une procédure irrégulière ;

- la décision méconnaît les articles L. 441-2-3 et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Seine-Maritime fait valoir que :

- la décision litigieuse est correctement motivée ;

- la requérante s'est fondée sur des dispositions inapplicables à son cas d'espèce ;

- dès lors que le quorum était atteint lors des deux commissions, la procédure n'est pas viciée ;

- la requérante n'apporte pas la preuve de démarches préalables en vue d'accéder à un hébergement d'insertion, la reconnaissance du droit à l'hébergement opposable ne s'appliquant pas à un hébergement d'urgence, il n'est pas possible d'envisager l'hébergement que demande la requérante.

Par une décision du 4 janvier 2023, Mme A a été admise au béfénice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Rouen.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Muylder a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise née le 3 juillet 1983, est célibataire et mère de cinq enfants. Depuis le 23 novembre 2020, Mme A et ses enfants étaient admis en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA). Par une décision du 12 octobre 2020, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile de la requérante et celles de ses enfants, décision qui a été confirmée par une décision du 30 mars 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La requérante s'est maintenue dans le logement mis à sa disposition au sein du CADA à la suite de ces deux décisions. Elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 6 juillet 2022, la requérante a saisi la commission de médiation sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, en vue d'une offre d'hébergement. Par une décision du 10 août 2022, le recours a été rejeté par la commission de médiation du fait de l'absence de garantie d'insertion. La commission a ensuite rejeté le recours gracieux de la requérante par une décision du 23 novembre 2022. Mme A demande l'annulation des deux décisions des 10 août 2022 et 23 novembre 2022.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Rouen. Par conséquent, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter sa demande, la commission de médiation s'est fondée sur les dispositions des articles L. 300-1 et L. 441-2-3, III, du code de la construction et de l'habitation. La commission a retenu que la requérante s'était vue refuser définitivement sa demande d'asile, ainsi que celles de ses enfants, qu'elle ne disposait d'aucun titre de séjour, qu'elle ne disposait pas non plus de ressources, et qu'elle ne justifiait d'aucune démarche préalable d'hébergement. Dès lors, la décision litigieuse mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressée d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir qu'il incombera au préfet de justifier que la commission de médiation était régulièrement composée, Mme A n'invoque aucune irrégularité précise qui serait susceptible d'exercer une influence sur la décision attaquée ou la priverait d'une garantie. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté comme dépourvu des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " Aux termes du III de l'article L. 441-2-3 du même code : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. () ". Il résulte des textes précités que la commission ne peut refuser d'examiner une demande d'hébergement qui lui est soumise au seul motif de l'irrégularité du séjour de l'intéressée.

7. Il ressort des pièces du dossier que la commission de médiation de la Seine-Maritime a rejeté le recours amiable formé par Mme A au motif que sa demande était irrecevable dès lors qu'elle ne disposait d'aucun titre de séjour ni d'aucune ressource. Si la commission ne pouvait rejeter une demande d'hébergement qui lui est soumise sur le seul motif de l'irrégularité de sa situation administrative, Mme A a saisi la commission de médiation d'une demande de logement de transition, d'un logement-foyer ou d'une résidence hôtelière à vocation sociale. Dès lors, la commission de médiation de la Seine-Maritime n'était pas tenue d'examiner si la requérante présentait par ailleurs les conditions lui ouvrant droit à ce dispositif. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la commission de médiation de la Seine-Maritime aurait méconnu les dispositions de l'article L. 300-1 et du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation précitées.

8. En quatrième et dernier lieu, la décision attaquée ne méconnaissait pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la famille de Mme A, qui ne soutient ni même n'allègue ne pouvoir disposer d'un logement au Congo où elle a vocation à retourner. Par suite, le moyen soulevé en ce sens ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A aux fins d'annulation de la décision du 10 août 2022 ,et celle du 23 novembre 2022 portant rejet de son recours gracieux, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses concluions aux fins d'injonction et d'astreinte. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de Mme A est rejetée.

Article 2 : le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La magistrate désignée,

C. VAN MUYLDER

Le greffier,

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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