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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205004

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205004

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2022, M. A C, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive et par conséquent irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 8 novembre 2022 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 1er février 2023 fixant la clôture de l'instruction au 3 mars 2023 à 12h;

- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. B, enregistrées le 6 février 2023.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Leprince, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République du Congo né le 1er septembre 2003, déclare être entré en France irrégulièrement au mois de décembre 2017. Le 26 janvier 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 28 septembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 422-1, L. 423-23, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. B, a examiné cette situation tant eu égard à sa scolarité qu'à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

5. Pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Seine-Maritime a retenu les circonstances, d'une part, qu'il ne disposait pas d'un visa de long séjour et, d'autre part et en tout état de cause, qu'il ne pouvait pas en être dispensé dès lors qu'il ne justifiait pas de la poursuite d'études supérieures. Le requérant se borne à alléguer, au soutien de sa requête, qu'il est inscrit en première année de brevet de technicien supérieur (BTS) pour l'année scolaire 2022-2023, sans toutefois en apporter la preuve. Par conséquent, le préfet pouvait, pour ces seuls motifs, refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

7. M. B, qui déclare alternativement une présence en France depuis le mois de décembre 2017 ou depuis l'année 2016, ne peut être regardé comme présent sur le territoire qu'à compter du mois de février 2018, date à laquelle il était âgé de quatorze ans. Il y a rejoint sa tante, de nationalité française ainsi que ses cousins, et aurait été accompagné de ses sœurs, mineures, qui ont toutefois été confiées à d'autres membres de sa famille résidant à Niort (Deux-Sèvres). Il justifie de son insertion sociale, notamment à travers la pratique de l'handball au sein d'un club local. S'il se prévaut de la présence de son père en France, celui-ci est entré sur le territoire au mois de mars 2020, pour demander l'asile, dont il s'est vu refuser le bénéfice en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 27 juillet 2022. S'il soutient par ailleurs ne plus avoir de nouvelles de sa mère depuis l'année 2018, il produit toutefois à l'instance un acte de délégation d'autorité parentale, établi par ses deux parents, à Brazzaville, le 29 août 2022, à l'égard de ses deux sœurs mineures, avec qui il soutient par ailleurs entretenir une relation en dépit de leur éloignement géographique. Par conséquent, il ne saurait être regardé comme étant dénué de tout lien avec ses parents, dont la défaillance éducative n'est pas établie et avec qui il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de quatorze ans et qui y résident toujours. En outre, s'il justifie avoir suivi une scolarité en France depuis l'année scolaire 2018-2019, avoir obtenu le diplôme du brevet en 2019 puis du baccalauréat en 2022, il ne fait état d'aucun obstacle à ce qu'il effectue des études supérieures dans son pays d'origine ni à ce qu'il sollicite, le cas échéant, un visa de long de séjour en qualité d'étudiant afin de les poursuivre en France. Dans ces conditions, si le préfet de la Seine-Maritime, en ayant refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, a porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, cette atteinte n'est pas disproportionnée eu égard aux buts poursuivis par cette décision. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

8. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. B aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni que le préfet aurait examiné d'office sa demande sur ce fondement. Par suite, il ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dispositions.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte des points 2 à 8 que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

13. En second lieu, si M. B soutient que la décision fixant le pays de destination est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, il n'assortit ce moyen, en tant qu'il est dirigé contre cette décision, d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

P. MINNELe greffier,

Signé

J-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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