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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205016

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205016

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 décembre 2022 et 16 mars 2023, Mme D, représentée par Me Quevremont, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de son dossier dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, ensemble sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 3 janvier et le 27 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord du 27 décembre 1968 modifié, entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Montreuil, pour Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante algérienne, née le 18 février 2001, entrée en France, à l'âge de 15 ans, le 9 septembre 2016 munie d'un visa de court séjour, valide du 2 juin 2016 au 1er juin 2017 pour des entrées multiples, a sollicité à sa majorité son admission exceptionnelle au séjour, démarche à laquelle le préfet n'a pas donné suite, en l'absence de production par l'intéressée d'un timbre fiscal. Mme D a, par courrier du 27 avril 2021, de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par arrêté du 8 septembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par jugement du 31 août 2022, le tribunal administratif a annulé cet arrêté pour défaut d'examen sérieux de la situation de celle-ci et enjoint au préfet de procéder à ce réexamen. Par l'arrêté attaqué du 15 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a cependant refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par arrêté n°22-052 en date du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a autorisé M. E, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime et signataire de l'arrêté en litige à signer les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comprend les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. De plus, l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressée sont retranscrits. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. Mme D se prévaut de la durée de sa présence et de son insertion sociale en France où résident sa mère, son frère ainsi que d'autres membres de sa famille maternelle. Elle justifie avoir été scolarisée depuis son arrivée jusqu'à l'obtention de son baccalauréat technologique spécialité hôtellerie restauration. Elle dispose, depuis environ un an et demi, d'un contrat à durée indéterminée, en qualité de serveuse. Enfin, elle expose son investissement dans un club sportif. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la mère de Mme D se trouve, également, en situation irrégulière et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Les autres membres de sa famille maternelle demeurent dans des départements éloignés du sien. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, et alors même que son jeune frère a, quant à lui, été régularisé à sa majorité, la décision ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Au vu des circonstances susrappelées, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de

plein droit : () / 2) Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; ().

7. Si Mme D se prévaut de son mariage, le 11 février 2023, avec un ressortissant français, il est constant que la demande de titre de séjour de l'intéressée n'a pas été présentée sur ce fondement, dès lors que la requérante n'entrait alors pas dans le champ de ces dispositions. Cette circonstance est, par suite, sans incidence sur la légalité du refus de séjour opposé par décision du 15 novembre 2022.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 15 novembre 2022 portant refus d'admission au séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement.

10. Il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, les conclusions tendant à ce que soit annulée par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être rejetées.

11. Pour les mêmes motifs précédemment exposés, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. Si, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, la circonstance que Mme D ait épousé un ressortissant français le 11 février 2023 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige, il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée régulièrement sur le territoire français et peut ainsi prétendre, de plein droit, à la délivrance d'un certificat de résidence algérien, en application des stipulations précitées de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, cette circonstance fait obstacle à ce que l'obligation de quitter le territoire français puisse être mise à exécution.

Sur la décision fixant le pays de destination :

13. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement.

14. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, il n'y a pas lieu d'annuler par voie de conséquence la décision fixant le pays de renvoi.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme D aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Bailly, présidente,

- M. Le Duff, premier conseiller et Mme B, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 mai 2023.

La présidente-rapporteure,

P. C

L'assesseur le plus ancien,

V. Le Duff

La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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