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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205021

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205021

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205021
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Inquimbert, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a retiré sa carte de séjour pluriannuelle ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 660 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros hors taxe à verser à la SELARL Mary et Inquimbert prise en la personne de Me Inquimbert, sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ladite condamnation valant renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

M. A soutient que la décision attaquée :

- a été prise par une autorité incompétente ;

- méconnaît l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 26 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand,

- les observations de Me Mary, représentant M. A,

- le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 23 octobre 1999 à Conakry, déclare être entré irrégulièrement en France en 2014. A la suite d'un contrôle d'identité, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 25 novembre 2014. Le 30 janvier 2018, il a demandé son admission au séjour en raison de sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance. Un titre de séjour lui a été délivré le 2 février 2018 et renouvelé, pour une durée de quatre ans, le 2 février 2019 jusqu'au 1er février 2023. Par un arrêté du 24 mai 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a procédé au retrait de cette carte de séjour pluriannuelle de quatre ans.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Le Fur, secrétaire générale de la sous-préfecture du Havre. Par un arrêté n°22-022 du 26 avril 2022, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. C, sous-préfet de Dieppe chargé de l'intérim des fonctions de sous-préfet du Havre, et, en cas d'absence ou d'empêchement de celui-ci, à Mme Le Fur, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant de ses attributions par intérim, à l'exception de certaines décisions au nombre desquelles ne figurent pas celle en litige. Dès lors qu'il n'est ni établi ni allégué que M. C n'aurait pas été absent ou empêché et qu'il ressort des pièces du dossier que M. D n'avait pas déjà été installé dans ses fonctions de sous-préfet du Havre le 24 mai 2022, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. Il ressort des pièces du dossier que par un jugement du tribunal correctionnel du Havre du 2 juillet 2021, M. A a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis assortie d'un sursis probatoire de deux ans pour des faits de violences sur sa concubine ayant entrainé une incapacité n'excédant pas huit jours. Dès lors, compte tenu de la menace à l'ordre public que constitue la présence en France du requérant, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en lui retirant sa carte de séjour pluriannuelle.

5. En dernier lieu, alors même que M. A est le père deux enfants résidant en France et qu'il est inséré professionnellement puisqu'il exerce la profession de boulanger spécialisé, la décision attaquée, qui remplace d'ailleurs la carte de séjour pluriannuelle du requérant par une carte de séjour temporaire valable un an, n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à la prise en charge des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Armand, premier conseiller,

- M. Cotraud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

Le rapporteur,

G. ARMAND

La présidente,

C. VAN MUYLDERLe greffier,

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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