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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2205088

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2205088

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2205088
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 4
Avocat requérantSAGON LOEVENBRUCK LESIEUR LEJEUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise à son encontre le 21 novembre 2022, par la directrice de production de Pôle emploi Normandie pour le recouvrement d'une somme de 6 686,47 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique constitué pour la période allant du 1er novembre 2020 au 30 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à Pôle emploi Normandie de lui accorder une remise gracieuse de sa dette ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser directement à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.

Il soutient que la décision :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, Pôle emploi Normandie, représenté par Me Lesieur-Guinault, conclut au rejet de la requête, et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. A.

Pôle emploi Normandie fait valoir que :

- M. A, qui n'a pas exercé de recours administratif préalable prévu à l'article L. 5426-8-2 du code du travail, n'est pas recevable à contester le bien-fondé de la contrainte ;

- les moyens de légalité soulevés à l'appui de la requête sont infondés.

Par une décision du 4 janvier 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Van Muylder a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 novembre 2022, la directrice de Pôle emploi Normandie a émis une contrainte à l'encontre de M. A aux fins de recouvrement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'un montant de 6 686,47 euros sur la période du 1er novembre 2020 au 30 novembre 2021, en raison d'un cumul avec l'allocation adulte handicapé (AAH). M. A fait opposition à cette contrainte.

Sur l'opposition à la contrainte émise le 21 novembre 2022 :

En ce qui concerne la régularité de la contrainte :

2. Aux termes de l'article L. 5426-8-2 du code du travail : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par Pôle emploi pour son propre compte, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage mentionné à l'article L. 5427-1, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de Pôle emploi ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ". Aux termes de l'article R. 5426-20 du même code : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur. / Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2. ". Enfin, aux termes de l'article R. 5426-21 du même code : " La contrainte est notifiée au débiteur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou lui est signifiée par acte d'huissier de justice. A peine de nullité, l'acte d'huissier ou la lettre recommandée mentionne : 1° La référence de la contrainte ; 2° Le montant des sommes réclamées et la nature des allocations, aides et autres prestations en cause ou la date de la pénalité administrative ; 3° Le délai dans lequel l'opposition doit être formée ; 4° L'adresse du tribunal compétent et les formes requises pour sa saisine. () ". En application de ces dispositions, Pôle emploi peut délivrer une contrainte pour le remboursement d'une prestation indûment versée, après avoir adressé au débiteur, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte, notamment, le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées et la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement, et restée sans effet après un mois.

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-34 du 28 octobre 2022, régulièrement publié au bulletin officiel de Pôle emploi, a donné délégation à la directrice régionale de Pôle emploi Normandie au sein de la direction régionale appui à la production, pour signer les décisions portant contrainte pour le recouvrement des indus d'allocation de solidarité spécifique. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit dès lors être écarté.

4. En second lieu, il résulte de l'examen de la contrainte du 21 novembre 2022 notifiée le 24 novembre suivant qu'elle fait mention des articles L. 5426-8-2, R. 5426-20, R. 5426-21 et R. 5426-22 du code du travail et de la référence de ladite contrainte. Par ailleurs, elle indique avoir pour objet le recouvrement de l'allocation de solidarité spécifique indument versée après la mise en demeure restée sans effet du 27 septembre 2022 ainsi que le montant de l'indu notifié, soit 6 686,47 euros, frais compris, pour la période concernée du 1er novembre 2020 au 30 novembre 2021. Elle précise enfin le tribunal administratif compétent, Rouen, ainsi que son adresse, le délai et les formes requises pour le saisir. Cette contrainte comporte en conséquence l'ensemble des mentions requises par l'article R. 5426-21 du code du travail. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu d'ASS :

5. Aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. () ". Aux termes de l'article L. 5429-8-2 du même code : " Pour le remboursement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées par l'institution prévue à l'article L. 5312-1, pour son propre compte, pour le compte de l'État, du fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24 ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1, le directeur général de l'institution prévue à l'article L. 5312-1 ou la personne qu'il désigne en son sein peut, dans les délais et selon les conditions fixées par voie réglementaire, et après mise en demeure, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère le bénéfice de l'hypothèque judiciaire. ". En outre, aux termes de l'article R. 5426-22 du même code : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification. " Enfin, aux termes de l'article L. 5312-12-1 du même code : " Il est créé, au sein de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1, un médiateur national dont la mission est de recevoir et de traiter les réclamations individuelles relatives au fonctionnement de cette institution, sans préjudice des voies de recours existantes. Le médiateur national, placé auprès du directeur général, coordonne l'activité de médiateurs régionaux, placés auprès de chaque directeur régional, qui reçoivent et traitent les réclamations dans le ressort territorial de la direction régionale. Les réclamations doivent avoir été précédées de démarches auprès des services concernés () ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur général de Pôle emploi ordonnant le reversement d'un indu de prestations n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de Pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 5.

7. En défense, Pôle emploi soutient que l'intéressé n'a pas, préalablement à la saisine du tribunal, saisi le directeur général de Pôle emploi d'un recours administratif préalable contre la décision lui notifiant l'indu de prestation conformément aux dispositions précitées de l'article R. 5426-19 du code du travail. S'il résulte de l'instruction que le requérant a formulé une demande d'effacement de dette, cette demande ne se substitue pas au recours administratif qu'il lui incombait d'exercer. Par suite, en l'absence d'exercice du recours administratif préalable obligatoire prévu aux dispositions précitées de l'article R. 5426-19 du code du travail, M. A n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu mis à sa charge et dont le recouvrement est poursuivi par la contrainte du 21 novembre 2022 à laquelle il forme opposition. Les moyens contestant le bien-fondé de l'indu invoqués par le requérant à l'appui de son opposition à la contrainte en litige sont, dès lors, irrecevables.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mois à la charge de Pôle emploi devenu France Travail, qui n'est pas la partie perdante à l'instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de France Travail présentées à ce titre.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de France Travail Normandie présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Seyrek et à France Travail Normandie.

Rendu public par la mise à disposition au greffe du tribunal le 7 mai 2024.

La magistrate désignée,

C. VAN MUYLDER

Le greffier,

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au ministre du travail et de l'insertion professionnelle en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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