vendredi 3 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300004 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2023, M. B C, assisté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour " étudiant " ou " vie privée et familiale ", subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans le délai de dix jours, le tout sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
' l'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise sans examen particulier de sa situation ;
- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
' la décision fixant le délai de départ :
- est insuffisamment motivée ;
- procède d'un défaut d'examen manifeste de sa situation ;
- est " à tout le moins " entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît le II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles versées le 25 janvier 2023 pour M. C.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 30 janvier 2023, après la présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Souty, pour M. C, qui reprend, en les précisant, les conclusions et moyens de la requête, et ajoute qu'il est astreint de se rendre une fois par semaine à la gendarmerie d'Yvetot pour apporter des justificatifs de préparation de son départ ;
- et les observations de M. C.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. C, ressortissant marocain, à l'aide juridictionnelle.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, l'arrêté du 20 décembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime attaqué cite les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient, notamment, le cas de l'étranger qui n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour. L'arrêté, qui n'avait pas à entrer dans le détail de la situation personnelle de M. C, ressortissant marocain, expose les raisons pour lesquelles ce dernier se trouve dans la situation prévue par la loi. Par suite, la décision, qui comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement de cette mesure de police, est suffisamment motivée. Pour ce motif notamment, le moyen tiré de ce que la situation particulière du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen attentif manque en fait.
3. En deuxième lieu, il est constant que M. C, entré en France en septembre 2016 à l'âge de 21 ans environ, n'a pas sollicité le renouvellement de la carte de séjour " étudiant " en temps utile avant son expiration le 31 août 2022. Quelles que soient les motifs susceptibles de justifier cette situation administrative et quelle que soit l'évolution de sa situation depuis le mois de décembre 2022 au cours duquel il a souscrit un contrat d'apprentissage pour achever son cursus de Bachelor 3 à l'école d'informatique (EPSI) d'Arras, la décision d'éloignement ne porte pas une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, célibataire, sans enfants et nourrissant des liens intenses avec sa famille restée au Maroc à qui il rend visite et finance son séjour en Europe. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
4. En troisième lieu, l'erreur manifeste d'appréciation n'est, en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français, pas établie pour les motifs qui précèdent.
5. En quatrième lieu, le requérant n'établit ni même n'allègue avoir porté à la connaissance de l'autorité préfectorale des éléments particuliers relatifs à la nécessité de bénéficier d'un délai supérieur, eu égard à la poursuite de ses études notamment. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté à l'encontre de la décision, au demeurant suffisamment motivée s'agissant du délai normal, prise après examen de la situation de l'intéressé et non entachée d'erreur manifeste d'appréciation, qui détermine le délai de départ volontaire.
6. En dernier lieu, le requérant n'est pas fondé à se plaindre de l'obligation de se rendre une fois par semaine dans une unité de gendarmerie pour justifier des diligences effectuées pour la préparation de son départ du territoire français dès lors qu'elle est prévue par les dispositions de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant précisé que cette obligation cesse au-delà de l'expiration du délai de départ.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2023.
Le magistrat désigné,
Signé
P. ALe greffier,
Signé
O. PANNIER CRÉANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
N°2300004
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