mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300052 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2023, Mme C A, épouse B, représentée par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte journalière de 100 euros ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- l'ordonnance du 29 mars 2023 fixant la clôture de l'instruction au 28 avril 2023 à 12 h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par Mme B, enregistrées le 26 janvier 2023.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Leprince, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante sri-lankaise née le 23 avril 1990, est entrée en France le 17 décembre 2017, sous couvert d'un visa de court séjour, à l'expiration duquel elle s'est maintenue sur le territoire. Le 28 octobre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 16 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à Mme B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à cette dernière, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
3. En premier lieu, dès lors que Mme B, mariée à un ressortissant étranger résidant régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois sous couvert d'une carte de résident, entrait dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial, elle ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'un vice de procédure en ne recueillant pas l'avis de la commission du titre de séjour est également inopérant.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
5. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser un titre de séjour ou de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard aux buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par sa décision, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.
6. La requérante, qui est entrée en France dans les conditions rappelées au point 1, a épousé M. B, compatriote, le 29 janvier 2016 au Sri Lanka. Elle se prévaut de la durée de sa présence en France, de la circonstance qu'y résident plusieurs membres de sa famille et de sa belle-famille, de son insertion sociale et de ses perspectives d'insertion professionnelle, ainsi que de la circonstance qu'elle fait l'objet d'un suivi médical dans le cadre d'une prise en charge de procréation médicalement assistée. Cependant, afin de justifier de son intégration à la société française et de son insertion sociale, Mme B se borne à faire état de sa participation à des cours de français depuis le mois de septembre 2018 et d'attestations de proches et de membres de sa famille impersonnelles et très peu circonstanciées. Si elle justifie de qualifications et d'expériences professionnelles dans son pays d'origine, elle ne fait état d'aucune démarche visant à son insertion professionnelle en France, à l'exception d'une unique promesse d'embauche consentie plus de quatre mois après la décision attaquée. S'agissant du suivi médical dont elle fait l'objet, la requérante se borne à produire un certificat médical en date du 6 octobre 2022 qui indique qu'elle est suivie " depuis 3 ans pour stérilité " et que son état " nécessite sa prise en charge " afin de bénéficier d'une procréation médicalement assistée, ainsi que de résultats d'analyses médicales datant de 2018 à 2022. Ces seuls éléments ne sont de nature à établir la réalité du processus de procréation médicalement assistée dans lequel elle-même et son époux seraient engagés ni, en tout état de cause, qu'un tel processus ne pourrait être poursuivi au Sri Lanka, durant le temps nécessaire à l'examen d'une demande de regroupement familial. Enfin, il n'est pas contesté que l'époux bénéficiait, au moment de la venue de la requérante sur le territoire français, d'un droit au séjour dans des conditions lui ouvrant droit au regroupement familial au bénéfice de Mme B, avec qui il s'est uni dans leur pays d'origine. Cette dernière est donc entrée en France en méconnaissance de cette procédure d'introduction. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime, qui a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B, n'a pas, en ayant refusé de lui délivrer d'un titre de séjour, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts poursuivis par cette décision. En outre, la requérante ne fait état d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune circonstance humanitaire de nature à justifier son admission au séjour. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, pour les mêmes motifs, de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés du défaut d'examen du cas particulier de l'intéressée, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
Sur le pays de destination :
9. En premier lieu, il résulte des points 2 à 6 que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
10. En second lieu, si la requérante soutient que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, elle n'apporte au soutien de ce moyen, en se bornant à se référer à son argumentation relative aux décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, épouse B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
A. LE VAILLANT
Le président,
Signé
P. MINNELe greffier,
Signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
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