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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300250

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300250

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2023, Mme D A, représentée par la SELARL Eden Avocats (Me Madeline), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour en qualité de " membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne ", dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans un délai de huit jours, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Eden Avocats au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de son conseil au versement de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

La décision portant refus de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît les articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 21 décembre 2022 par laquelle Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Berthet-Fouqué, président-rapporteur,

- et les observations de Me Madeline, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante roumaine née le 5 octobre 1952, déclare être entrée sur le territoire français en 2013. Le 31 août 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 18 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles est fondé le refus de séjour, notamment l'article L. 233-1, ainsi que l'article L. 252-1 sur lequel est fondée l'obligation de quitter le territoire français, et l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté mentionne également les éléments relatifs à la situation professionnelle et personnelle de Mme A et indique les raisons pour lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a pris ces décisions à son encontre. L'arrêté énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté en ses diverses branches.

Sur la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet n'a pas omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante avant de prendre la décision contestée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; () ". Aux termes de l'article L. 200-4 du même code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () / 4° Ascendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint. "

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme A sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de la Seine-Maritime a considéré que l'intéressée ne justifiait ni exercer une activité professionnelle ou disposer de ressources suffisantes, ni être à la charge de sa fille, Mme B, qui séjourne en France depuis 2010 avec son compagnon et leurs quatre enfants.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A n'exerce aucune activité professionnelle et ne dispose pas de ressources suffisantes pour subvenir par elle-même à ses besoins. Elle produit une attestation, ni datée ni signée, par laquelle sa fille déclare l'héberger depuis 2013 et lui verser 300 euros, mais qui n'est étayée par aucune preuve de ce versement. Il ressort du dernier bulletin de salaire de Mme B qu'elle a perçu au total 6 552,54 euros de salaire net imposable de janvier à août 2022, soit une moyenne mensuelle de 819 euros. Le bulletin de paie de son compagnon, M. C, mentionne un salaire imposable cumulé de 9 263,05 euros de janvier à novembre 2022, soit 842 € en moyenne mensuelle. Dans ces conditions, compte tenu de la composition du foyer de la fille de Mme A et de son compagnon, lesquels avaient au demeurant une dette locative de près de 2 000 euros, la requérante n'établit pas qu'ils disposent des ressources suffisantes pour la prendre en charge.

7. Si elle soutient que la décision attaquée méconnait l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions concernent les ressortissants d'un Etat tiers à l'Union européenne. Le moyen est donc inopérant.

8. En dernier lieu, Mme A déclare être entrée en France en 2013, à l'âge de soixante ans, et s'y être maintenue sans solliciter de titre de séjour jusqu'en 2022. Comme il est dit aux points précédents, elle ne justifie pas être à la charge de sa fille. Il ne ressort pas du certificat médical produit que son état de santé la contraindrait à vivre avec celle-ci ou l'empêcherait de voyager. Dans ces conditions, et compte tenu de la possibilité de séjourner jusqu'à trois mois en France pour rendre visite à sa famille, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la charte sociale européenne doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 du présent jugement que le refus de séjour n'est pas illégal. La requérante n'est donc pas fondée à exciper de cette illégalité à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme A en l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte des points 9 à 11 du présent jugement que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. La requérante n'est donc pas fondée à exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées aux fins d'annulation par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Berthet-Fouqué, président-rapporteur,

- M. Bouvet, premier conseiller,

- M. Mulot, premier conseiller.

- Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition le 29 juin 2023.

Le président-rapporteur L'assesseur le plus ancien

signésigné

J. BERTHET-FOUQUÉ C. BOUVET

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

signé

S. Combes

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