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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300340

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300340

mercredi 15 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique 2
Avocat requérantHAMDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2023, M. D, représenté par Me Hamdi, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- Cette décision est insuffisamment motivée ;

- Elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- Elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'interdiction de retourner sur le territoire français :

- Elle méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- La décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Stock, greffière d'audience, Mme B a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes et ni représentées.

La clôture de l'audience a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né le 7 octobre 1995, a été interpellé par les services de la gendarmerie le 24 janvier 2023 et placé en garde à vue pour défaut de permis de conduire, utilisation de faux documents et conduite sous l'emprise de stupéfiants. Lors de son audition, il n'a pu présenter aucun justificatif d'identité ou document de voyage en cours de validité. Il a reconnu être entré irrégulièrement sur le territoire français et n'avoir effectué aucune démarche pour régulariser sa situation administrative depuis son arrivée en juin 2021. Par l'arrêté attaqué, du 25 janvier 2023 le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

3. En l'espèce, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.

4. Par arrêté n°22-072 en date du 28 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à Mme A C, cheffe du bureau de l'éloignement, en cas d'empêchement du secrétaire général de la préfecture de la Seine-Maritime à l'effet de signer des décisions à l'exclusion desquelles ne figurent pas l'arrêté en litige. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. D ne justifie pas d'une résidence habituelle sur le territoire, où il se maintient irrégulièrement depuis moins de deux ans, sans avoir sollicité son admission au séjour et n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 26 ans. Eu égard aux conditions et à la durée de son séjour en France, et alors même que l'intéressé travaillerait depuis son entrée en France, actuellement sous couvert d'un contrat à durée indéterminée et y aurait son oncle et des cousins, le préfet a pu l'obliger à quitter le territoire français sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni, par suite, méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

8. En l'espèce, aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. D pour exécuter sa mesure d'éloignement. Par suite, la mesure portant obligation de quitter le territoire français doit être assortie d'une interdiction de retour sur le territoire. En outre, M. D, réside en France, selon ses dires, depuis seulement un an et demi, ne démontrant pas une ancienneté de séjour assez longue ni avoir des liens professionnels ou personnels intenses sur le territoire. Il suit de là que le préfet a pu assortir sa décision d'une interdiction de retour d'une durée de deux ans, sans méconnaitre les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. D.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.

La magistrate désignée,

Signé :

P. B

La greffière,

Signé :

N. Stock

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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