lundi 20 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300650 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 1 |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 février 2023, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer, dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à titre subsidiaire la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure, faute de saisine du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- a été prise sans examen de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 542-2 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de destination :
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mars 2023 et un mémoire en production de pièces enregistré le 2 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 9 mars 2023, ont été entendus le rapport de Mme Jeanmougin, magistrate désignée, et les observations de Me Souty pour M. B, qui persiste dans ses conclusions et moyens mais, sur l'obligation de quitter le territoire français, abandonne celui du vice de procédure en lien avec le défaut de saisine du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et ajoute que la décision est entachée d'erreur de fait quant à la clôture par la Cour nationale du droit d'asile de la demande d'aide juridictionnelle, et demande la suspension des mesures d'éloignement eu égard au défaut d'examen sérieux de ses craintes par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le préfet de la Seine-Maritime n'étant présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité arménienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels elle est fondée, notamment le rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides de la demande d'asile déposée par M. B et son absence de droit au maintien sur le territoire français. Elle permettait à l'intéressé d'en comprendre les motifs à sa seule lecture et est donc suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, M. B, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au seul titre de l'asile, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus, il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement à destination de son pays d'origine et a pu faire valoir, pendant l'instruction de sa demande, les observations qu'il souhaitait. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, la seule circonstance que la décision mentionne que la Cour nationale du droit d'asile a " clôturé " la demande d'aide juridictionnelle déposée par M. B ne révèle pas que le préfet aurait mal examiné la situation du requérant, alors que, provenant d'un pays sûr, son droit au maintien prend fin à la date de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qu'il dépose ou non un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, et il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et approfondi avant l'édiction de la décision querellée ni que le préfet se serait cru en compétence liée.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 () ". M. B, qui se borne à mentionner les dispositions des articles L. 542-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'apporte aucun élément permettant d'estimer qu'il avait droit de se maintenir en France après le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides alors que l'office s'est prononcé en procédure accélérée sur le fondement de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en considération de la nationalité arménienne de l'intéressé. La circonstance que le préfet se serait trompé en estimant " clôturée " la demande d'aide jurictionnelle déposée devant la Cour nationale du droit d'asile est sans incidence sur le droit au maintien en France du requérant, dont le moyen d'erreur de fait doit donc être écarté. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 542-2 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté.
7. En dernier lieu, M. B est entré en France récemment en novembre 2021 à la seule fin de solliciter l'asile. S'il se prévaut de la résidence en France de son frère et de sa belle-sœur, il n'établit ni une insertion sociale particulière sur le territoire ni être dépourvu de toute attache en Arménie où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résidaient en novembre 2021 deux enfants. Il n'établit disposer ni de ressources ni de perspectives d'insertion professionnelle. En obligeant M. B à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts poursuivis et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas non plus, pour les mêmes motifs, commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquels elle est fondée, notamment l'absence de preuve que M. B risquerait d'encourir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est donc suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 7 du présent jugement que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen tiré du défaut de base légale doit donc être écarté.
10. En dernier lieu, par les pièces qu'il produit et ses allégations imprécises, M. B, dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'établit pas qu'il risquerait d'encourir, en cas de retour en Arménie, des traitements inhumains ou dégradants. Il ne démontre pas être dépourvu de toute attache dans ce pays où il a vécu la majeure partie de sa vie. Il n'établit, ni même n'allègue qu'il ne serait pas admissible en Géorgie où résideraient sa femme et ses deux enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
Sur la demande de suspension :
11. Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. " Aux termes de l'article L. 542-6 de ce code : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. () "
12. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.
13. Le requérant ne fait valoir aucun élément précis permettant de douter du bien-fondé de la décision de rejet prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'il ne produit même pas, et se borne à faire valoir l'intérêt d'une saisine de la Cour nationale du droit d'asile sans développer ni a fortiori établir les risques qu'il dit encourir dans son pays d'origine. Sa demande de suspension de la mesure d'éloignement prise à son encontre doit donc être rejetée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. IL n'est pas non plus fondé à demander la suspension des mesures d'éloignement prises à son encontre. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et ses conclusions relatives à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.
La magistrate désignée,
H. CLa greffière,
F. HAY
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