vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2300665 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 février 2023 et un mémoire enregistré le 2 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Croix et Me Langlais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler la décision n° 1639/2022 du 1er septembre 2022 par laquelle le préfet de la région Normandie lui a infligé une amende administrative de 9 900 euros, ainsi qu'une sanction de six points de pénalité en sa qualité de capitaine du navire de pêche " Le Squale " immatriculé LH 557 722 et la même sanction en sa qualité d'armateur de ce navire, pour " pêche maritime d'une espèce à une époque où sa pêche est interdite " ;
2°) à titre subsidiaire, de le dispenser de ces sanctions ou de les moduler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ratione temporis et en méconnaissance du délai prévu à l'article L. 946-6 du code rural et de la pêche maritime ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été adoptée en méconnaissance des droits de la défense ;
- elle est fondée sur un simple avis du ministre de la Mer publié au Journal officiel le 4 septembre 2021 qui n'est pas un acte décisoire susceptible de créer des droits et obligations et qui n'est signé par aucune autorité du ministère ;
- cet avis permet les captures de maquereaux inévitables et il a respecté les obligations d'enregistrement, de débarquement et de déclaration prévues par le texte ;
- la sanction est illégale quant à son quantum, dès lors que la gravité des faits qui lui sont reprochés aussi bien en qu'armateur que capitaine n'est pas caractérisée, et que la sanction de points de pénalités ne peut lui être appliquée cumulativement en qualité de capitaine et d'armateur en application de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. C, représenté par Me Croix et Me Langlais, a produit un mémoire le 18 mars 2024 qui n'a pas été communiqué.
Par une ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 janvier 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 1005/2008 du Conseil du 29 septembre 2008 ;
- le règlement (CE) n°1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 ;
- le règlement (UE) n° 404/2011 de la commission du 8 avril 2011 ;
- le règlement du (UE) n° 2019/1241 du Conseil du 20 juin 2019 ;
- l'arrêté du 10 mars 2021 portant répartition de certains quotas de pêche accordés à la France pour l'année 2021 ;
- l'avis n° 30 du ministre de la mer publié au Journal officiel du 4 septembre 2021 ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Armand,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteur public,
- et les observations de M. A pour le préfet de la région Normandie.
M. C n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est le capitaine et l'armateur du navire de pêche dénommé " Le Squale ", immatriculé LH 557 722. Le 7 septembre 2021, les agents de l'unité littorale des affaires maritimes de la Seine-Maritime ont constaté, à l'occasion d'une mission de surveillance des pêches maritimes sur le port du Havre, que l'intéressé proposait à la vente directe des maquereaux, en méconnaissance de l'avis n° 30 du ministre de la Mer, publié au Journal officiel le 4 septembre 2021, relatif à la fermeture de certains quotas et/ou sous-quotas de pêche pour l'année 2021. Un procès-verbal de constat d'infraction pour " pêche maritime d'une espèce à une période où sa pêche est interdite " a été dressé le 14 septembre 2021, et M. C a été informé de l'engagement d'une procédure de sanction administrative à son encontre par un courrier du 30 novembre 2021. Par une décision n° 1639/2022 du 1er septembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la région Normandie lui a infligé une amende administrative 9 900 euros, ainsi que deux sanctions de six points de pénalité en sa double qualité de capitaine et d'armateur du navire de pêche " Le Squale ".
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 946-6 du code rural et de la pêche maritime : " La décision de l'autorité administrative ne peut être prise plus d'un an à compter de la constatation des faits () ".
3. Il résulte de l'instruction que la décision du préfet de la région Normandie infligeant des sanctions à M. C a été prise le 1er septembre 2022, soit moins d'un an après la constatation, par procès-verbal du 14 septembre 2021, des faits qui lui sont reprochés. La circonstance, à la supposer établie, que cette date ne serait pas cohérente avec l'ordre de numérotation des décisions prises par la direction interrégionale de la mer (DIRM) Manche-Est mer du Nord (MEMN) est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 946-6 du code rural et de la pêche doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et mentionne, notamment, les dispositions de l'article R. 946-4 du code rural et de la pêche maritime, qui permettent de caractériser la gravité de l'infraction commise par M. C. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 946-5 du code rural et de la pêche maritime : " Les intéressés sont avisés au préalable des faits relevés à leur encontre, des dispositions qu'ils ont enfreintes et des sanctions qu'ils encourent. L'autorité compétente leur fait connaître le délai dont ils disposent pour faire valoir leurs observations écrites et, le cas échéant, les modalités s'ils en font la demande selon lesquelles ils peuvent être entendus. Elle les informe de leur droit à être assisté du conseil de leur choix ".
6. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 30 novembre 2021, M. C a été informé des faits relevés à son encontre, des dispositions qu'il avait enfreintes, des sanctions qu'il encourait, et de la possibilité de présenter des observations, par écrit ou par oral, dans le délai de quinze jours francs à compter de la date de notification de ce courrier. Ce courrier lui a été notifié le même jour, à la dernière adresse connue de l'administration, par lettre recommandée avec avis de réception. Le pli recommandé a été retourné à l'administration, avec un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée la date de vaine présentation du courrier, le 30 novembre 2021, et l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis : " pli avisé et non réclamé ". Il est constant que M. C n'a pas présenté d'observations dans le délai de quinze jours qui lui était imparti. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de son droit à faire valoir des observations , principe général des droits de la défense.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 921-35 du code rural et de la pêche maritime : " I.- Les quotas de captures et les quotas d'effort de pêche peuvent être répartis annuellement par le ministre chargé des pêches maritimes et de l'aquaculture marine en sous-quotas, entre les organisations de producteurs, les groupements de navires ou les navires n'appartenant ni à un groupement de navires, ni à une organisation de producteurs (..) ". L'arrêté du 10 mars 2021 portant répartition de certains quotas de pêche accordés à la France pour l'année 2021 précise, en son article 3, que " l'épuisement d'un quota ou d'un sous-quota est constaté par le ministre chargé des pêches maritimes ".
8. Sur le fondement des dispositions précitées, le ministre de la Mer était compétent pour constater, par avis n° 30 publié au Journal officiel du 4 septembre 2021, que le sous-quota de maquereau (Scomber scombrus), attribué dans les zones CIEM Vb, VI, VII, VIIIa, b, d, e, XII et XIV aux navires non adhérents à une organisation de producteurs, était réputé épuisé pour l'année 2021, et interdire, à compter de cette date, la pêche du maquereau dans les zones concernées aux navires non adhérents à une organisation de producteurs. Cet avis, bien que non signé, doit être regardé comme ayant pour auteur le ministre de la Mer. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée, qui a été prise sur le fondement de cet avis, serait dépourvue de base légale doit être écarté.
9. En cinquième lieu, il n'est pas contesté que M. C a pêché 1 200 kilogrammes de maquereaux lors de la marée du 6 septembre 2021. Dans ces conditions, il ne peut sérieusement soutenir que cette pêche relèverait des " captures inévitables de maquereau " prévues par l'avis du 4 septembre 2021, alors, au demeurant, que s'il a procédé à l'enregistrement des captures qu'il a réalisées, celles-ci n'ont pas été débarquées et déclarées, ainsi que le prévoit l'avis susmentionné, mais commercialisées par ses soins. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime : " Indépendamment des sanctions pénales qui peuvent être prononcées et sous réserve de l'article L. 946-2, les manquements à la réglementation prévue par les dispositions du présent livre, les règlements de l'Union européenne pris au titre de la politique commune de la pêche et les textes pris pour leur application, y compris les manquements aux obligations déclaratives et de surveillance par satellite qu'ils prévoient, et par les engagements internationaux de la France peuvent donner lieu à l'application par l'autorité administrative d'une ou plusieurs des sanctions suivantes : 1° Une amende administrative égale au plus : a) A cinq fois la valeur des produits capturés, débarqués, transférés, détenus, acquis, transportés ou mis sur le marché en violation de la réglementation, les modalités de calcul étant définies par décret en Conseil d'Etat (). 3° L'attribution au titulaire de licence de pêche ou au capitaine du navire de points dans les conditions prévues à l'article 92 du règlement (CE) n° 1224 / 2009 du 20 novembre 2009 et l'inscription au registre national des infractions à la pêche maritime () ". Aux termes de l'article L. 946-4 du même code : " Les amendes prévues aux articles L. 946-1 à L. 946-3 sont proportionnées à la gravité des faits constatés et tiennent compte notamment de la valeur du préjudice causé aux ressources halieutiques et au milieu marin concerné ". L'article R. 946-4 dudit code prévoit que : " La présente section définit les " infractions graves ", au sens de l'article 42 du règlement (CE) n° 1005/2008 du Conseil du 29 septembre 2008 établissant un système communautaire destiné à prévenir, à décourager et à éradiquer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ainsi que du paragraphe 1 de l'article 90 du règlement (CE) n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 instituant un régime communautaire de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche. Ces infractions donnent lieu à l'attribution de points de pénalité au titulaire d'une licence de pêche et au capitaine d'un navire de pêche en vertu de l'article 92 du règlement (CE) n° 1224/2009 précité et des dispositions prises pour son application. Le nombre de points de pénalité est fonction des catégories d'infractions mentionnées à l'annexe XXX du règlement d'exécution (UE) n° 404/2011 de la Commission du 8 avril 2011 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 instituant un régime communautaire de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche () ". Enfin l'article R. 946-12 du code précise que : " I.- Constituent une " infraction grave " entrant dans la catégorie n° 8 mentionnée au troisième alinéa de l'article R. 946-4 et donnent lieu à l'attribution de six points de pénalité lorsqu'ils sont commis dans une ou plusieurs des circonstances définies au II : () 2° La pêche de certaines espèces dans une zone, à une profondeur ou période où leur pêche est interdite ; II. -Les circonstances définies au I sont les suivantes : 1° Lors d'une action de pêche, d'un transbordement ou d'un débarquement, réalisés sur une espèce régulée ou interdite pour des quantités supérieures à 100 kg ou à 20 % des captures () ".
11. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C a pêché 1 200 kilogrammes de maquereaux lors de la marée du 6 septembre 2021, en méconnaissance des dispositions précitées du 1° de l'article L. 946-1 du code rural et la pêche maritime. Il pouvait ainsi se voir infliger une amende administrative, dont le mode de calcul n'est pas contesté, ainsi que l'attribution de six points de pénalités, en application des dispositions précitées. Le requérant ne peut utilement faire valoir que l'autorité administrative n'aurait pas qualifié la " gravité " de l'infraction qu'il a commise en tenant compte du dommage causé, de sa valeur, de l'étendue de l'infraction ou de sa répétition, en méconnaissance de l'article 92 du règlement (CE) n° 1224 / 2009 du 20 novembre 2009, dès lors que la définition des " infractions graves " résulte directement des dispositions des articles R. 946-4 et suivants du code rural et de la pêche maritime, qui ont été prises en application de l'article 42 du règlement (CE) n° 1005/2008 du Conseil du 29 septembre 2008 établissant un système communautaire destiné à prévenir, à décourager et à éradiquer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, ainsi que du paragraphe 1 de l'article 90 du règlement (CE) n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 instituant un régime communautaire de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que l'amende infligée à M. C ne serait pas proportionnée à la gravité des faits constatés. Il s'ensuit que les moyens invoqués doivent être écartés.
12. En dernier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 946-1 3° et R. 946-4 du code rural et de la pêche maritime que les points de pénalités peuvent être attribués, pour une même infraction, au titulaire au capitaine du navire et à son armateur. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut donc être accueilli.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de la décision du 1er septembre 2022 du préfet de la région Normandie doivent être rejetées, de même que celles tendant à la réformation des sanctions prononcées à son encontre, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Normandie.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Armand, premier conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé :
G. ARMAND
La présidente,
Signé :
C. VAN MUYLDERLe greffier,
Signé :
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
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