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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300678

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300678

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300678
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2023 et un mémoire enregistré le 8 mars 2024, M. B C, représenté par Me Croix et Me Langlais, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision n° 1631/2022 du 6 décembre 2022 par laquelle le préfet de la région Normandie lui a infligé une amende administrative de 13 600 euros, ainsi qu'une sanction de quatre points de pénalité en sa qualité de capitaine du navire de pêche " Le Squale " immatriculé LH 557 722 et la même sanction en sa qualité d'armateur de ce navire, pour " pêche maritime avec un engin dans une zone où son emploi est interdit " ;

2°) à titre subsidiaire, de le dispenser de ces sanctions ou de revoir leur quantum ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ratione temporis et en méconnaissance du délai prévu à l'article L. 946-6 du code rural et de la pêche maritime ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été adoptée en méconnaissance des droits de la défense ;

- l'infraction n'est pas matériellement établie ;

- la gravité des faits qui lui sont reprochés n'est pas caractérisée ;

- le montant de l'amende qui lui a été infligée est disproportionné et méconnaît l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2024, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. C, représenté par Me Croix et Me Langlais, a produit un mémoire le 18 mars 2024 qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 1005/2008 du Conseil du 29 septembre 2008 ;

- le règlement (CE) n°1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 ;

- le règlement (UE) n° 404/2011 de la commission du 8 avril 2011 ;

- l'arrêté n° 61/2020 du 9 mars 2020 du préfet de la région Normandie ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand,

- les conclusions de Mme Delacour, rapporteur public,

- et les observations de M. A pour le préfet de la région Normandie.

M. C n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est le capitaine et l'armateur du navire de pêche dénommé " Le Squale ", immatriculé LH 557 722. Le 23 novembre 2021, les agents des douanes de la brigade aéromaritime du Havre ont dressé un procès-verbal constatant qu'il avait commis une infraction de " pêche maritime avec un engin dans une zone où son emploi est interdit (NATINF 7059) ". M. C a été informé de l'engagement d'une procédure de sanction administrative à son encontre par un courrier du 7 janvier 2022. Par un décision n° 1612/2022 du 17 novembre 2022, le préfet de la région Normandie lui a infligé une amende administrative de 30 000 euros, ainsi que deux sanctions de quatre points de pénalité en sa double qualité de capitaine et d'armateur du navire de pêche " Le Squale ". A la suite du recours gracieux introduit par l'intéressé, le préfet de la région Normandie a, par une décision n° 1631/2022 du 6 décembre 2022, " annulant et remplaçant la décision n° 1612/2022 " du 17 novembre 2022, maintenu les sanctions de quatre points de pénalités et a infligé au requérant une amende administrative de 13 600 euros. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 946-6 du même code : " La décision de l'autorité administrative ne peut être prise plus d'un an à compter de la constatation des faits () ".

3. Si la décision litigieuse du 6 décembre 2022, qui a été prise sur recours gracieux de M. C, indique qu'elle annule et remplace celle du 17 novembre 2022, elle a pour objet et pour effet de réduire le montant de l'amende administrative prononcée à l'encontre de M. C par cette première décision de 30 000 euros à 13 600 euros. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement faire valoir qu'elle a prise en méconnaissance du délai de prescription prévu par les dispositions précitées de l'article L. 946-6 du code rural et de la pêche maritime. Le moyen ne peut donc être accueilli.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et mentionne, notamment, les dispositions de l'article R. 946-4 du code rural et de la pêche maritime, qui permettent de caractériser la gravité de l'infraction commise par M. C. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 946-5 du code rural et de la pêche maritime : " Les intéressés sont avisés au préalable des faits relevés à leur encontre, des dispositions qu'ils ont enfreintes et des sanctions qu'ils encourent. L'autorité compétente leur fait connaître le délai dont ils disposent pour faire valoir leurs observations écrites et, le cas échéant, les modalités s'ils en font la demande selon lesquelles ils peuvent être entendus. Elle les informe de leur droit à être assisté du conseil de leur choix ".

6. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 7 janvier 2022, M. C a été informé des faits relevés à son encontre, des dispositions qu'il avait enfreintes, des sanctions qu'il encourait, et de la possibilité de présenter des observations, par écrit ou par oral, dans le délai de quinze jours francs à compter de la date de notification de ce courrier. Le requérant a accusé réception de ce courrier le 8 janvier 2022. Il est constant qu'il n'a pas présenté d'observations dans le délai de quinze jours qui lui était imparti. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de son droit à faire valoir des observations, principe général des droits de la défense.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime : " Indépendamment des sanctions pénales qui peuvent être prononcées et sous réserve de l'article L. 946-2, les manquements à la réglementation prévue par les dispositions du présent livre, les règlements de l'Union européenne pris au titre de la politique commune de la pêche et les textes pris pour leur application, y compris les manquements aux obligations déclaratives et de surveillance par satellite qu'ils prévoient, et par les engagements internationaux de la France peuvent donner lieu à l'application par l'autorité administrative d'une ou plusieurs des sanctions suivantes : 1° Une amende administrative égale au plus : a) A cinq fois la valeur des produits capturés, débarqués, transférés, détenus, acquis, transportés ou mis sur le marché en violation de la réglementation, les modalités de calcul étant définies par décret en Conseil d'Etat (). 3° L'attribution au titulaire de licence de pêche ou au capitaine du navire de points dans les conditions prévues à l'article 92 du règlement (CE) n° 1224 / 2009 du 20 novembre 2009 et l'inscription au registre national des infractions à la pêche maritime () ". Aux termes de l'article L. 946-4 du même code : " Les amendes prévues aux articles L. 946-1 à L. 946-3 sont proportionnées à la gravité des faits constatés et tiennent compte notamment de la valeur du préjudice causé aux ressources halieutiques et au milieu marin concerné ". L'article R. 946-4 dudit code prévoit que : " La présente section définit les " infractions graves ", au sens de l'article 42 du règlement (CE) n° 1005/2008 du Conseil du 29 septembre 2008 établissant un système communautaire destiné à prévenir, à décourager et à éradiquer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée ainsi que du paragraphe 1 de l'article 90 du règlement (CE) n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 instituant un régime communautaire de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche. Ces infractions donnent lieu à l'attribution de points de pénalité au titulaire d'une licence de pêche et au capitaine d'un navire de pêche en vertu de l'article 92 du règlement (CE) n° 1224/2009 précité et des dispositions prises pour son application. Le nombre de points de pénalité est fonction des catégories d'infractions mentionnées à l'annexe XXX du règlement d'exécution (UE) n° 404/2011 de la Commission du 8 avril 2011 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 instituant un régime communautaire de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche () ". Enfin l'article R. 946-6 du code précise que : " II.-Constituent également une " infraction grave " entrant dans la catégorie n° 2 lorsqu'ils sont commis dans une ou plusieurs des circonstances définies au III : 3° La pêche avec un engin ou l'utilisation à des fins de pêche de tout instrument ou appareil dans une zone ou à une période où son emploi est interdit (). III.-Les circonstances mentionnées au II sont les suivantes : () 4° La longueur de l'engin ou du dispositif de pêche utilisé est supérieure d'au moins 10 % à la longueur maximale autorisée () ".

8. M. C conteste la matérialité de l'infraction constatée le 23 novembre 2021 en soutenant que son navire n'est pas entré dans la zone dérogatoire concernée pour le chalutage concernant la pêche de la sole et de la plie. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment des termes du procès-verbal établi le 23 novembre 2021 par les agents des douanes de la brigade aéromaritime du Havre, que les données de balise VMS ont révélé que l'intéressé circulait au sein de cette zone à 9 heures 46 à faible allure, soit à une vitesse estimée à 1,5 nœuds, qui est caractéristique d'une activité de pêche, alors qu'il a ensuite repris une vitesse de 10 nœuds. En outre, M. C a déclaré sur son journal de bord électronique l'utilisation d'un engin chalut de fonds à panneaux (OTB) avec un maillage de 80 mm pour la marée du 23 novembre 2021, interdit dans cette zone à défaut d'autorisation délivrée aux chaluts répondant à certaines caractéristiques en application de l'arrêté préfectoral n° 61/2020 du 9 mars 2020, et il a indiqué avoir capturé, à 10 heures 35, 1 500 kilogrammes de plie et 20 kilogrammes de sole lors de cette marée Dès lors, l'infraction de " pêche maritime avec un engin dans une zone où son emploi est interdit ", doit être regardée comme matériellement établie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement faire valoir que l'autorité administrative n'aurait pas qualifié la " gravité " de l'infraction qu'il a commise en tenant compte du dommage causé, de sa valeur, de l'étendue de l'infraction ou de sa répétition, en méconnaissance de l'article 92 du règlement (CE) n° 1224 / 2009 du 20 novembre 2009, dès lors que la définition des " infractions graves " résulte directement des dispositions des articles R. 946-4 et suivants du code rural et de la pêche maritime, qui ont été prises en application de l'article 42 du règlement (CE) n° 1005/2008 du Conseil du 29 septembre 2008 établissant un système communautaire destiné à prévenir, à décourager et à éradiquer la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, ainsi que du paragraphe 1 de l'article 90 du règlement (CE) n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 instituant un régime communautaire de contrôle afin d'assurer le respect des règles de la politique commune de la pêche.

10. En dernier lieu, dès lors que M. C a, ainsi qu'il a été dit précédemment, capturé et débarqué des produits en violation de la réglementation, il pouvait se voir infliger une amende, dont le mode de calcul n'est pas contesté, égale à cinq fois la valeur de ces produits, en application des dispositions du a) du 1° de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions et du caractère disproportionné de la sanction doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de la décision du 6 décembre 2022 du préfet de la région Normandie doivent être rejetées, de même que celles tendant à la réformation des sanctions prononcées à son encontre, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Normandie.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Armand, premier conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le rapporteur,

Signé :

G. ARMAND

La présidente,

Signé :

C. VAN MUYLDERLe greffier,

Signé :

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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