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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300715

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300715

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMASSARDIER JULIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2023, M. C A, représenté par Me Massardier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2023 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours contre la décision du président de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Rouen du 23 janvier 2023 prononçant à son encontre une sanction de dix jours de confinement en cellule ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision décidant des poursuites n'est pas établie en l'absence de preuve d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors que le compte-rendu d'incident ne mentionne pas le nom de l'agent rédacteur si bien qu'il ne peut pas être vérifié qu'il a été rédigé par un agent de l'administration pénitentiaire ayant prêté serment, que cet agent n'a pas siégé dans la commission de discipline, ni qu'il était témoin des incidents ;

- la décision de sanction initiale est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'elle se fonde sur les dispositions du code de procédure pénale qui n'étaient plus en vigueur ;

- la décision de sanction est entachée d'un défaut de matérialité de certains faits ;

- la décision de sanction est entachée de disproportion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision pouvait être fondée, par substitution de base légale, sur le fondement des dispositions du code pénitentiaire ;

- les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 8 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de procédure pénale ;

- le code pénitentiaire ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, incarcéré à la maison d'arrêt de Rouen a, par une décision du président de la commission de discipline de cet établissement en date du 23 janvier 2023, fait l'objet d'une sanction de dix jours de confinement en cellule sans téléviseur, pour des faits de violences à l'encontre d'un autre détenu. M. A a formé un recours préalable obligatoire contre cette décision devant la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes qui, par une décision du 8 février 2023 a confirmé la sanction prononcée.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 234-1 du code pénitentiaire : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef de l'établissement pénitentiaire peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. / Pour les décisions de confinement en cellule individuelle ordinaire, de placement en cellule disciplinaire et de suspension de l'exercice de l'activité professionnelle de la personne détenue, lorsqu'elles sont prises à titre préventif, le chef d'établissement peut en outre déléguer sa signature à un major pénitentiaire ou à un premier surveillant. " Et aux termes de l'article R. 234-14 du code pénitentiaire : " Le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue. "

3. Par décision du 13 juin 2022, régulièrement publiée au recueil des actes de la préfecture de la Seine-Maritime n°76-2022-108 du 1er juillet 2022, M. D adjoint à la cheffe de l'établissement, a reçu délégation de Mme B, cheffe d'établissement de la maison d'arrêt de Rouen, à l'effet d'engager les poursuites disciplinaires à l'encontre des personnes détenues en vertu des dispositions citées au point précédent. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision attaquée est illégale du fait de l'incompétence de l'autorité ayant engagé les poursuites disciplinaires doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. "

5. M. A soutient que, conformément à ce que prévoit notamment la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des détenus, le compte-rendu de l'incident doit préciser, en principe, le nom et le prénom de l'agent des services pénitentiaires qui l'a rédigé, ce qui n'a pas été le cas en l'espèce. Toutefois, la circonstance que les deux comptes-rendus ayant donné lieu à l'édiction de la sanction contestée ne comportent pas ces mentions est par elle-même, sans incidence sur la régularité de la procédure suivie. En outre, il ressort des pièces du dossier que d'une part, le compte-rendu d'incident du 12 janvier 2023 a été rédigé à 13h06 par un surveillant dont le nom a partiellement été anonymisé mais dont les initiales sont " S. H. " et d'autre part le compte-rendu d'incident du même jour rédigé à 13h14 a été établi par un surveillant dont les initiales sont " S.S. ", alors que le surveillant qui a siégé à la commission de discipline porte un nom partiellement anonymisé dont les initiales sont " N. L. ", qui ne correspondent pas aux initiales des agents auteurs des comptes rendus d'incident. En outre, les mentions mêmes du compte rendu d'indicent indiquent que le rédacteur a été personnellement témoin des faits relatés dans le compte rendu. Ces mentions, en l'absence de contradiction sérieuse, sont par ailleurs suffisantes pour établir la qualité d'agent de l'administration pénitentiaire du signataire du compte-rendu incident, qui est réputé avoir prêté serment. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en l'absence de mention du nom de l'auteur des comptes-rendus d'incident, il n'est pas possible de s'assurer de la régularité de la procédure, doit être écarté.

6. En troisième lieu, M. A soutient que la décision attaquée est fondée sur les dispositions du code de procédure pénitentiaire, qui n'étaient plus en vigueur à la date de la décision attaquée. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, le code de procédure pénale avait été abrogé par l'ordonnance n°2022-478 du 30 mars 2022 et le décret n°2022-479 du même jour, à compter du 1er mai 2022 et que le code pénitentiaire est entré en vigueur le 1er mai 2022. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 8 février 2023 de la directrice interrégionales des services pénitentiaires de Rennes se fonde sur la disposition du code pénitentiaire en vigueur et s'est substituée à la décision initiale. Par suite, M. A ne peut se prévaloir utilement de ce que la décision initiale se serait fondée sur le code de procédure pénale. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de matérialité des faits dès lors qu'" aucun des comptes rendus d'indicent ne mentionne une dégradation du matériel ou un tapage dans l'établissement ", la décision attaquée n'est fondée que sur les violences exercées à l'encontre d'une autre personne détenue. M. A ne peut donc utilement se prévaloir du défaut de matérialité de faits qui ne constituent pas le fondement de la sanction litigieuse.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 2° D'exercer ou de tenter d'exercer des violences physiques à l'encontre d'une personne détenue ; () " Aux termes de l'article R. 233-1 du code pénitentiaire : " Peuvent être prononcées à l'encontre des personnes détenues majeures les sanctions disciplinaires suivantes : / ()7° Le confinement en cellule individuelle ordinaire assorti, le cas échéant, de la privation de tout appareil acheté ou loué par l'intermédiaire de l'administration pendant la durée de l'exécution de la sanction ; ()". Aux termes l'article R. 235-5 du même code : " La durée du confinement en cellule ne peut excéder vingt jours pour une faute du premier degré, quatorze jours pour une faute du deuxième degré et sept jours pour une faute du troisième degré. / Cette durée peut être portée à trente jours lorsque : / 1° Les faits commis constituent une des fautes prévues par les dispositions des 1°, 2° et 3° de l'article R. 232-4 ; / 2° Les fautes prévues par les dispositions des 4° et 7° de l'article R. 232-4 ont été commises avec violence physique contre les personnes "

9. Il ressort des mentions des comptes rendus d'incident que le 12 janvier 2023, les surveillants rédacteurs ont " clairement identifié " M. A alors que ce dernier était en train de " se battre " avec un autre détenu. Le premier compte rendu d'incident indique également que M. A a été le premier a porté les coups. Si M. A a contesté lors de la commission de discipline être à l'origine des violences, en indiquant que son co-détenu a été le premier à porter des coups et qu'il était également victime de provocation et d'insultes de la part de ce détenu, il ne conteste pas avoir exercé des violences physiques sur un co-détenu. Compte tenu de la nature des faits et du comportement général de M. A, qui a déjà fait l'objet de plusieurs sanctions disciplinaires en raison de son comportement en détention, la décision attaquée prononçant une sanction de dix jours de confinement en cellule sans téléviseur, alors que la sanction encourue était de trente jours de mise en cellule disciplinaire, l'administration n'a pas entaché la décision attaquée de disproportion.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision du 8 février 2023 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a prononcé une sanction de dix jours doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, l'instance n'ayant pas entrainé de dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Massardier et au ministre d'Etat, garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

La rapporteure,

Signé

B. Esnol

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.ah

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