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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2300884

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2300884

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2300884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces enregistrés le 1er mars 2023 et le 2 mars 2023, M. A F, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1) d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2) d'annuler l'arrêté du 28 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. F soutient que :

* La décision portant obligation de quitter le territoire français :

­ souffre d'une motivation insuffisante ;

­ n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

* La décision de refus d'un délai de départ volontaire :

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

­ est insuffisamment motivée ;

­ méconnaît les dispositions de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente pas une menace pour l'ordre public et que le risque de soustraction n'est pas avéré ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

* La décision fixant le pays de destination :

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

­ est insuffisamment motivée.

* La décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

­ est insuffisamment motivée ;

­ méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

* La décision d'assignation à résidence :

­ est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

­ a été signée par une autorité incompétente ;

­ souffre d'une motivation insuffisante ;

­ n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

­ n'est pas justifiée dès lors que son éloignement n'est pas une perspective raisonnable dès lors notamment qu'il est algérien ;

­ procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu :

­ la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

­ les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir au cours de l'audience publique du 3 mars 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales de :

* Me Mukendi Ndonki,représentant M. F qui soutient que :

- les conditions d'interpellation sont sujettes à caution ;

- il n'a pas été tenu compte de son audition avant l'adoption de la décision comme l'indique l'absence de référence à son insertion professionnelle ;

- il ne présente pas une menace pour l'ordre public ;

* M. F qui, sous couvert de M. C, interprète, soutient que :

- il est venu en France pour y travailler ;

- ses parents et ses frères et sœurs résident dans son pays d'origine.

L'instruction étant close à l'issue de l'audience à 15 heures 35, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative ;

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant marocain, né le 27 mai 1987, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en 2019. Par arrêté en date du 28 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans aux motifs qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il n'a fait aucune démarche tendant à ce que lui soit délivré un titre de séjour depuis son arrivée en France, qu'il ne justifie pas de ressources légales, qu'il ne dispose pas de garanties de représentations, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant, célibataire et sans charge de famille, au respect de sa vie privée et familiale et que M. F n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine où il dispose de membres de sa famille. Par décision du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a décidé d'assigner l'intéressé à résidence, lequel demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions :

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. G le préfet de la Seine-Maritime qui a notamment considéré que l'intéressé ne pouvait justifier de ressources légales, sont donc suffisamment motivées.

3. En second lieu, les conditions dans lesquelles la vérification d'identité du requérant a été diligentée sont sans incidence sur la légalité des décisions en litige.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

5. En premier lieu, M. F, qui serait entré sur le territoire français en 2019, soutient que des membres de sa famille résident en France où il occupe un emploi de boulanger depuis deux ans. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'est entré en France qu'à l'âge de trente-deux ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine où résident encore ses parents et sa fratrie avec lesquels il n'allègue pas ne plus entretenir de liens. Il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, pas plus que de l'intensité des liens qui l'uniraient aux membres allégués de sa famille qui résideraient sur le territoire français, ou encore être particulièrement inséré socialement dans la société française. Dans ces conditions, alors même qu'il n'est pas contesté que le requérant occupe un emploi de boulanger, pour lequel il n'a au demeurant reçu aucune autorisation, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 28 février 2023 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. F.

6. En second lieu, alors que contrairement à ce que soutient le requérant, le refus d'octroi de délai de départ volontaire n'a pas été adopté au motif tenu d'une menace à l'ordre public, il résulte des dispositions suscitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Seine-Maritime pouvait légalement, et sans erreur d'appréciation, adopter un tel refus dès lors que M. F ne peut justifier être entré régulièrement en France ni y avoir sollicité un titre de séjour.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 5.

10. En dernier lieu, M. F ne justifie pas de circonstances humanitaires particulières. Par suite, dès lors que l'obligation de quitter le territoire français n'était pas assortie d'un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Maritime pouvait, pour ce seul motif, adopter l'interdiction de retour sur le territoire français contestée à l'encontre du requérant.

Sur les moyens propres à la décision portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, Mme B E qui a signé la décision attaquée, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime du 30 janvier 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet notamment de signer la décision en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

13. D'une part, la seule circonstance qu'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire a été régulièrement adoptée à l'encontre du requérant permettait au préfet de la Seine-Maritime de décider son assignation à résidence en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, alors notamment qu'il n'est pas autorisé à travailler en France, M. F ne produit aucun élément de nature à considérer que la mesure d'assignation à résidence porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni, a fortiori, qu'elle procéderait d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée y compris les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

Le magistrat désigné,La greffière,

Signé, Signé,

T. DA. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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