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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301025

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301025

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSEYREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2023, et des pièces, enregistrées le 14 mars 2023, M. F A, représenté par Me Seyek, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2023 portant assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à Me Seyrek au titre des articles L 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire est illégale car :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas pu présenter des observations utiles avant l'intervention de la décision litigieuse ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale car :

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas pu présenter des observations utiles avant l'intervention de la décision litigieuse;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est dépourvue de base légale dès lors que la directive retour a été mal transposée en droit interne par l'article L 511-1-II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination est illégale car :

- elle est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas pu présenter des observations utiles avant l'intervention de la décision litigieuse ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale car :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant assignation à résidence est illégale car :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale car la décision d'interdiction de retour l'est ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article " L 561-2-5° " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu :

- la décision du président du tribunal désignant Mme D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 14 mars 2023 à 10 heures 30, présenté son rapport et entendu les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en anglais.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. A, ressortissant nigérian, à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, Par arrêté de la même date, il l'a assigné à résidence. M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le surplus des conclusions :

Sur les moyens communs à plusieurs décisions :

3. En premier lieu, Mme B E, cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime, a reçu délégation, par arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 30 janvier 2023 régulièrement publié, pour signer les mesures d'éloignement des étrangers et les mesures portant assignation à résidence. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions contenues dans les arrêtés du 9 mars 2023 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. Au cas d'espèce M. A a été auditionné par un officier de police judiciaire du Havre le 9 mars 2023 et spécifiquement interrogé sur son parcours migratoire, ses conditions de vie, sa situation familiale et sur le prononcé éventuel à son encontre, par l'autorité administrative, d'une mesure d'éloignement éventuellement assortie d'une assignation à résidence. Par suite, c'est sans méconnaitre le principe rappelé au point précédent que le préfet de la Seine-Maritime a pu édicter les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel le requérant pourrait être reconduit.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision en litige cite notamment le 3° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constitue le fondement, et rappelle les éléments de la situation personnelle et familiale de M. A. Elle est, ainsi, suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, M. A déclare être arrivé en France en 2017 et a eu un fils né le 3 août 2019 de sa relation avec une ressortissante haïtienne en situation régulière. Toutefois, il ne vivait pas avec la mère de l'enfant lors de la naissance de celui-ci et pas davantage aujourd'hui et il n'établit pas, par la seule production d'une attestation de la mère de l'enfant rédigée le 10 mars 2023 et très peu circonstanciée, qu'il entretient des relations suivies avec cet enfant ou avec sa mère. Il ressort par ailleurs de ses déclarations lors de son audition qu'il a toujours de la famille au Nigéria, notamment ses parents et deux sœurs et qu'il ne présente aucune insertion sociale ou professionnelle en France devant notamment avoir souvent recours au 115 ou dormir chez un ami. Dans ces conditions, la décision en litige ne peut être regardée comme portant atteinte à sa vie privée et familiale protégée par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou comme entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa vie personnelle.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, la décision en litige cite notamment le 3° de l'article L 612-2 et l'article L 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce notamment que M. A n'a pas déféré à sa précédente mesure d'éloignement et ne présente pas de garantie de représentation. Elle est, ainsi, suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que le II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile procéderait à une transposition erronée de la directive dite " retour " ne peut qu'être écarté dès lors que les dispositions de l'article L.511-1 ont trait à la reconnaissance de la qualité de réfugié et n'ont pas vocation à régir la situation du requérant.

11. En quatrième lieu, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être rejetés comme dit au point 7 du présent jugement.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, la décision en litige vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce notamment que M. A n'allègue ni ne prouve être exposé à des peines ou traitements contraires à ces stipulations en de retour dans son pays d'origine. Elle est, ainsi, suffisamment motivée.

13. En second lieu, il ne résulte pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné la situation du requérant avant de prendre la décision attaquée.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. . En premier lieu, la décision en litige cite l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce notamment que M. A, s'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, est en situation irrégulière en France depuis 2017, dispose de famille dans son pays d'origine, n'établit pas participer à l'entretien et à l'éducation de son fils présent sur le territoire français, n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement et qu'aucune circonstance humanitaire ne fait obstacle à l'édiction d'une situation de retour. Elle est, ainsi, suffisamment motivée.

15. En second lieu, la situation personnelle de M. A rappelée au point 7 du présent jugement ne fait apparaître aucune circonstance humanitaire imposant au préfet de ne pas édicter d'interdiction de retour malgré la circonstance qu'il a refusé d'octroyer à l'intéressé un délai de départ volontaire. La durée maximale de l'interdiction de retour qui peut être prononcée à l'encontre d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai est de trois ans. Eu égard à la durée de présence en France de M. A et à son absence de menace pour l'ordre public, mais aussi à la double circonstance qu'il n'établit pas la réalité de ses liens avec son fils présent en France, qui y constitue sa seule famille, et qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a ni commis d'erreur d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en édictant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'assignation à résidence :

16. En premier lieu, la décision en litige cite notamment l'article L 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce notamment que M. A s'est vu notifier une obligation de quitter le territoire sans délai le 9 mars 2023, qu'il ne présente aucun document de voyage en cours de validité et qu'il convient de l'assigner à résidence afin d'effectuer les démarches consulaires nécessaires à son départ vers le Nigéria. Elle est, ainsi, suffisamment motivée et il ne ressort pas de cette motivation que le préfet se serait cru tenu d'assigner l'intéressé à résidence, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

17. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est, en tout état de cause, pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour en France.

18. En dernier lieu, M. A n'a pas présenté de document de voyage en cours de validité et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de l'assigner à résidence serait entachée d'erreur d'appréciation doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte doivent être rejetées, de même que celles aux fins qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, au titre des frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : M. F A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Me Arzu Seyrek et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La magistrate désignée,

A. DLa greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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