mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301040 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2023, Mme A B, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme B soutient que la décision attaquée :
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir préalablement recueilli l'avis de la commission du titre de séjour ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'autorité de la chose jugée par le jugement du tribunal n° 2200831 du 7 juillet 2022 ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 du protocole additionnel n° 4 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 30 janvier 2023 par laquelle Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 9 janvier 2024 fixant la clôture de l'instruction au 11 mars 2024 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par Mme B, enregistrées le 24 mars 2023, le 8 août 2023 et le 27 février 2024.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Inquimbert, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante haïtienne née le 10 juillet 1988, est entrée en France le 16 mai 2012. Le 23 décembre 2014, elle s'est vu délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, lequel a été renouvelé jusqu'au 22 décembre 2020. Le 28 juillet 2021, Mme B a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 1er décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par le jugement n° 2200831 du 7 juillet 2022, le tribunal a annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination mais a rejeté, notamment, les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour. Par un courrier du 18 juillet 2022, Mme B a sollicité un rendez-vous afin de déposer une demande de renouvellement de titre de séjour. Par un courrier du 22 juillet 2022, le sous-préfet du Havre lui a indiqué que, le tribunal n'ayant pas remis en cause la légalité de la décision du 1er décembre 2021 portant refus de séjour, celle-ci était " toujours valable ". Par un courrier du 15 septembre 2022, Mme B a à nouveau sollicité, outre la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, que sa situation soit réexaminée afin que puisse lui être délivré un titre de séjour. Enfin, par un courrier du 28 octobre 2022, le sous-préfet du Havre a maintenu la position adoptée au terme de son courrier du 22 juillet 2022. Mme B, estimant que le courrier du 28 octobre 2022 constitue une décision portant refus de titre de séjour, en demande l'annulation.
Sur le cadre du litige :
2. Mme B considère que le courrier du sous-préfet du Havre du 28 octobre 2022 avait pour objet de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Cependant, en refusant de faire droit aux demandes formées par l'intéressée au terme de son courrier du 15 septembre 2022, tendant à la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, au " réexamen " de sa situation et à la délivrance d'un titre de séjour, en se bornant à opposer l'existence d'un précédent refus de séjour, dont la légalité n'avait pas été remise en cause par la juridiction administrative, l'autorité préfectorale doit être regardée comme ayant refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B.
Sur la légalité de la décision du 28 octobre 2022 :
3. En premier lieu, si Mme B soutient que la décision litigieuse méconnaîtrait l'autorité de la chose jugée le 7 juillet 2022, le tribunal, en se bornant à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de la requérante et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, n'impliquait pas que l'autorité préfectorale enregistre une nouvelle demande de titre de séjour présentée par l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée doit être écarté. Au surplus, à supposer que Mme B entende contester l'existence d'un réexamen de sa situation ou faire valoir qu'elle n'a pas été munie d'une autorisation provisoire de séjour conformément à l'injonction prononcée par le tribunal, de telles contestations relèvent d'un litige distinct, relatif à l'exécution du jugement du 7 juillet 2022.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise " Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil ; / 2° Les documents justifiant de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiant de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () " Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. " Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé correspondant, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet.
5. Mme B est mère de trois enfants, dont l'un, né le 20 juin 2014 de sa relation avec M. C, ressortissant français résidant dans la collectivité de la Guyane, est de nationalité française. Ses deux autres enfants, nés le 11 octobre 2017 et le 16 mars 2020, ont pour père un ressortissant haïtien résidant régulièrement en France, dans la collectivité de la Guyane. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, ce qui lui a été refusé par le préfet de la Seine-Maritime le 1er décembre 2021. Si le tribunal a annulé les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination contenues dans cet arrêté du 1er décembre 2021, il n'a pas remis en cause, par son jugement du 7 juillet 2022, la légalité de la décision, contenue dans le même arrêté, portant refus de renouvellement de son titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existait, à la date de la décision attaquée, des éléments nouveaux suffisamment significatifs susceptibles de venir au soutien de la nouvelle demande de titre de séjour de Mme B, en particulier s'agissant de l'intensité de la participation de M. C à l'éducation de son enfant alors que ce motif avait fondé le refus opposé le 1er décembre 2021. Par ailleurs, la circonstance que l'intéressée, qui sollicitait également son admission exceptionnelle au séjour au terme de son courrier du 15 septembre 2022, résidait à cette date de manière habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans, par le simple écoulement du temps depuis le précédent refus de séjour qui lui avait été opposé, n'est pas, à elle seule, de nature à constituer un élément nouveau. Par suite, l'autorité préfectorale était fondée à refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour au seul motif, qui ressort suffisamment de la mention d'un précédent refus de séjour toujours opposable à Mme B, que sa demande de titre de séjour présentait un caractère dilatoire.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que l'autorité préfectorale se trouvait en situation de compétence liée pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B. Par suite, les autres moyens de la requête, tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, du vice de procédure, de l'insuffisance de motivation, de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 et de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 de son protocole additionnel n° 4 et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et, enfin, de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de la requérante sont, en tout état de cause, inopérants.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 28 octobre 2022 par laquelle l'autorité préfectorale a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026