jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301096 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2023, M. C, représenté par Me Seyrek, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime en date du 14 mars 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime en date du 14 mars 2023 portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. C soutient que :
l'interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
l'assignation à résidence :
- est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu préalablement ;
- est illégale par exception d'illégalité de l'interdiction de retour ;
- méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle Mme B a été désignée comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 21 mars 2023, ont été entendus :
- le rapport de Mme B,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
M. D, interprète en langue arabe étant présent à l'audience à la demande du conseil du requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 15 décembre 1996, a fait l'objet d'un contrôle des services de police le 14 mars 2023. Après avoir constaté que l'intéressé ne justifiait ni d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité ni d'aucun document l'autorisant à séjourner en France et qu'il avait fait l'objet par un arrêté du 7 juin 2022 d'une obligation de quitter le territoire français, assortie d'une obligation de pointage, qu'il n'avait pas respectée, le préfet de la Seine-Maritime a, par le premier arrêté contesté du 14 mars 2023, interdit à M. C de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, également contesté, le préfet a assigné M. C à résidence pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 14 mars 2023.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Eu égard aux délais dans lesquels le tribunal doit se prononcer, il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre provisoirement M. C à l'aide juridictionnelle.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui remplace l'article L. 561-2 abrogé en 2021 : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par arrêté n° 23-033 en date du 30 janvier 2023, portant délégation de signature au directeur des migrations et de l'intégration, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Maritime a notamment autorisé Mme E, adjointe de la cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Maritime et signataire de l'arrêté en litige à signer les décisions relatives à une interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les décisions d'assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, la décision en litige cite les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce notamment que M. C n'a pas respecté son obligation de pointage ni n'a déféré à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 7 juin 2022. Elle fait également état de ce qu'aucune circonstance humanitaire ne fait obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
7. Enfin il ressort des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsqu'un étranger s'est maintenu sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été donné, le préfet est tenu d'édicter une interdiction de retour, sauf circonstances humanitaires qui pourraient justifier qu'aucune interdiction ne soit édictée. M. C ne se prévaut cependant d'aucune circonstance humanitaire. La seule circonstance qu'il travaille sous couvert d'un contrat à durée déterminée jusqu'au 5 juillet 2023 et qu'il disposerait de liens personnels et familiaux sur le territoire français, où il réside habituellement depuis août 2020 ne permet pas de caractériser que la durée d'un an fixée par le préfet porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision portant assignation à résidence :
8. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; ".
9. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement.
10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition produit en défense, que M. C a été entendu le 14 mars 2023 dans le cadre de la procédure de retenue aux fins de vérification du droit de circulation ou de séjour et qu'il a eu ainsi la possibilité de formuler ses observations ainsi que de faire valoir des éléments sur sa situation personnelle lors de cette audition. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ne peut, par suite, qu'être entendu.
11. Si la mesure d'assignation à résidence a été prise concomitamment à la décision portant interdiction de retour, il ressort des visas et de la motivation de cette décision que la base légale de cette mesure est la décision portant obligation de quitter le territoire français du 7 juin 2022. Ainsi alors que l'assignation à résidence n'est pas non plus prise pour l'application de l'interdiction de retour, M. C n'est, en tout état de cause, pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour en France à l'appui de sa demande d'annulation de la mesure d'assignation à résidence.
12. Il ne ressort pas de l'arrêté contesté que le préfet de la Seine-Maritime se serait cru en situation de compétence liée pour assigner à résidence M. C. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet a pu légalement prendre cette mesure, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, dans le cadre de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2023 du préfet de la Seine-Maritime portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an ni celle de l'arrêté portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 14 mars 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M. C sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La magistrate désignée,
P. BLa greffière,
A. Lenfant
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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