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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301141

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301141

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantNOVEMBER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés les 16 mars 2023, 30 mars 2023 et 17 août 2023, M. B A, représenté par Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour mention " salarié " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de cent euros ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte journalière de cinquante euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

* Le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

* L'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

- repose sur un refus de séjour illégal ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

* La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 août 2023 et 25 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Minne, président de chambre, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité chinoise, qui serait entré en France en 2014, s'est vu refuser l'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 5 novembre 2015. Le 7 novembre 2022, il a demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de salarié. Par l'arrêté du 14 février 2023 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de son renvoi.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté préfectoral en litige reproduit les termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. A et contient une analyse de sa situation personnelle, familiale et professionnelle au regard des conditions posées par ce texte mais aussi au regard des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, la décision de refus de séjour, qui comporte les considérations de droit et de fait constituant son fondement, est suffisamment motivée.

3. En second lieu, le requérant est marié avec une compatriote en situation irrégulière dont l'état de grossesse a été pris en compte par le préfet. L'intéressé n'établit pas être dépourvu de toute attache privée et familiale en Chine où réside leur premier enfant. La durée de présence sur le territoire français, qui excédait il est vrai huit années à la date de la décision attaquée, résulte toutefois de l'inobservation d'une obligation de quitter le territoire français du 4 janvier 2016. Sa conjointe, dont il n'est pas séparé, a quant à elle fait l'objet de deux mesures d'éloignement les 29 mars 2018 et 8 juillet 2021, cette dernière étant assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années. Dans ces conditions, l'exercice de la profession d'aide-cuisinier pendant huit mois au cours de l'année 2016, pendant trois mois de novembre 2018 à janvier 2019 et la production d'un contrat de travail à durée indéterminée à compter de décembre 2021 ne caractérisent pas des motifs humanitaires ou des considérations exceptionnelles permettant la délivrance d'une carte de séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. La décision de refus de séjour n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

4. L'obligation de quitter le territoire français, qui ne repose pas sur une décision de refus de séjour entachée d'illégalité ainsi qu'il résulte des points 2 et 3, n'est elle-même pas contraire à l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

5. Pour les motifs énoncés au point 3, la décision fixant le pays de destination ne porte pas une atteinte excessive au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas caractérisée.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

N. BOULAY

N°2301141

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