jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301205 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 mars 2023, Mme C, représenté par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence pour algérien valable un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de le munir, durant ce temps, d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours, ensemble sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, à titre principal, la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, à titre subsidiaire, la somme de 1 200 euros à lui verser directement au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
La décision portant refus de séjour :
- est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- est entachée d'erreur de fait ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux et effectif de sa situation personnelle ;
- méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait les dispositions du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La décision portant obligation de quitter le territoire :
- est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour sur laquelle elle est fondée ;
- est entachée d'un défaut d'examen sérieux et effectif de sa situation personnelle ;
- méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnait les dispositions du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La décision fixant le pays de destination :
- est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 22 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bailly, présidente ;
- et les observations de Me Mukendi Ndonki, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante algérienne née le 14 octobre 1994 à M'Chedallah, entrée sur le territoire français le 20 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiante ", valable du 10 septembre 2017 au 9 décembre 2017, a obtenu un certificat de résidence sur le fondement du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien valable jusqu'au 9 décembre 2019. Après s'être maintenue irrégulièrement sur le territoire français, elle a sollicité le 15 décembre 2022 un titre de séjour portant la mention " salarié " en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se prévalant de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012. Par l'arrêté attaqué du 23 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre utilement Mme C en mesure d'en discuter les motifs. Il est ainsi suffisamment motivé, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il ne mentionnerait pas l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 9 du même accord, pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre de l'article 7, " les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".
4. D'autre part, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, il ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
5. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, que le préfet de la Seine-Maritime a examiné la situation de Mme C au regard des stipulations précitées du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien, et non pas au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, conformément aux principes rappelés ci-dessus. Il ressort également des pièces du dossier que le préfet a, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, apprécié l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation de Mme C en qualité de salariée, au vu notamment de son emploi en tant que secrétaire auprès de la société STEL depuis le 8 mars 2022. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur de fait doit être écarté. Au regard de l'ancienneté de séjour de l'intéressée et de la durée de travail, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste en ne procédant pas à la régularisation de Mme C au titre de son pouvoir discrétionnaire.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " et aux termes de l'article 3 de la convention internationale des de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
7. En l'espèce, il est constant que Mme C réside de manière continue sur le territoire français depuis le 20 septembre 2017, soit depuis environ six années à la date de la décision contestée. Elle a, également, donné naissance à deux enfants le 19 mai 2018 et le 18 avril 2020 sur le territoire français, issus de son union avec M. A, resté en Algérie. Au regard de la durée et des conditions de son séjour en France et de ses attaches dans son pays d'origine, la décision attaquée n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, alors que ses enfants pourraient poursuivre leur scolarité en Algérie.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour n'est fondé. Par suite le moyen tiré de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour doit être écarté.
10. En dernier lieu, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs précédemment exposés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. La décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme C n'établit pas qu'elle peut être soumise à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté..
12. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, les conclusions tendant à ce que soit annulée par voie de conséquence la décision fixant le pays de destination ne peuvent qu'être rejetées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2023. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Bailly, présidente,
- Mme E et Mme B, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
La présidente-rapporteure,
P. BaillyL'assesseure la plus ancienne,
D. ELa greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
ah
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