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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301235

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301235

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301235
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen a annulé la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B, ressortissante éthiopienne. Le tribunal a jugé que le préfet ne pouvait opposer la tardiveté de la demande, car Mme B justifiait de circonstances nouvelles apparues après l'expiration du délai de trois mois prévu à l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a enjoint au préfet d'enregistrer sa demande et de lui délivrer un récépissé dans un délai de trente jours. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 431-2 et D. 431-7 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Inquimbert, associée de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer se demande de titre de séjour, de procéder à son examen et de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifiait de circonstances nouvelles ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller,

- les observations de Me Lechevallier, substituant Me Inquimbert représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 11 décembre 1995, de nationalité éthiopienne, est entrée en France le 22 juillet 2021 selon ses déclarations. Le 10 septembre 2021, elle a déposé une demande d'asile. Par décision du 30 novembre 2021, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 11 mars 2022. Le 17 novembre 2022, Mme B a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision contestée du 2 décembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". L'article D. 431-7 du même code précise que, pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois, porté à trois mois lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9.

3. Dans le cas où un étranger ayant demandé l'asile a été dûment informé, en application des dispositions de l'article L. 431-2 citées au point 2, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l'expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l'autorité administrative peut rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté à moins que l'étranger ait fait valoir, dans sa demande à l'administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai. L'étranger ne peut s'en prévaloir pour la première fois devant le juge. Si tel est le cas, aucun nouveau délai ne lui est opposable pour formuler sa demande de titre.

4. Pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B, le préfet de la Seine-Maritime a relevé, aux termes de la décision en litige, que celle-ci avait présenté cette demande le 17 novembre 2022, soit après l'expiration du délai de trois mois prévu par les dispositions des articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, courant à compter du 10 septembre 2021, date à laquelle elle a présenté sa demande d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier du certificat du 28 septembre 2022 établi par une psychologue du groupe hospitalier du Havre et du certificat médical du 31 janvier 2023 établi par un psychiatre du groupe hospitalier du Havre que Mme B souffre de stress post traumatique et d'amnésie traumatique et qu'elle est prise en charge en consultation psychologique depuis le 22 février 2022 et qu'elle suivi par un psychiatre depuis le 1er mars 2022. Contrairement à ce que fait valoir le préfet de la Seine-Maritime, l'état de santé de la requérante constitue ainsi une circonstance de fait nouvelle, dès lors que l'évolution de son état de santé à l'origine de sa demande de délivrance d'un titre de séjour est apparue postérieurement à l'expiration du délai de trois mois prévu à l'article D. 431-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, courant en l'espèce à compter du 10 septembre 2021. En outre, contrairement à ce que le préfet de la Seine-Maritime a indiqué dans la décision attaquée, Mme B a produit le certificat psychologique précité du 28 septembre 2022 justifiant de son état de santé à l'appui de sa demande de titre de séjour en date du 17 novembre 2022, ainsi que l'admet d'ailleurs le préfet dans son mémoire en défense. Ainsi, l'administration, ne pouvait légalement rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être accueilli ainsi que celui tiré du défaut d'examen sérieux de la situation de Mme B.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 2 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Il résulte de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'étranger qui n'est pas titulaire d'une attestation de demande d'asile et sollicite en préfecture la délivrance d'un titre de séjour a en principe droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir, dans un délai raisonnable, un récépissé de sa demande de titre qui vaut autorisation provisoire de séjour. S'agissant d'une première demande de délivrance d'un titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte des dispositions combinées des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 431-12 du même code que le récépissé ne peut être délivré à l'étranger que lorsque le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a transmis son rapport médical au collège de médecins de l'Office.

7. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Maritime enregistre la demande de titre de séjour de Mme B en qualité d'étranger malade, sous réserve du caractère complet du dossier de demande, puis qu'il délivre à l'intéressée un récépissé après la transmission du rapport médical au collège des médecins de l'Office. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime ou à tout préfet territorialement compétent, d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B en qualité d'étranger malade dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, puis qu'il lui délivre un récépissé de demande de titre de séjour après la transmission au collège des médecins de l'OFII du rapport médical. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Inquimbert, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Inquimbert de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Maritime du 2 décembre 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent, sous réserve du caractère complet du dossier de demande, d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, puis de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour après la transmission au collège des médecins de l'OFII du rapport médical.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Inquimbert (SELARL Mary et Inquimbert), en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Inquimbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Inquimbert (SELARL Mary et Inquimbert) et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

Le rapporteur,

signé

C. Bellec

La présidente,

signé

C. GalleLe greffier,

signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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