jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301256 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | DESMEULLES NICOLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 25 mars 2023 et le 1er mai 2024, Mme B A, représentée par Me Desmeulles, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de zone de défense et de sécurité Ouest a prolongé son stage pour une durée de six mois, du 10 septembre 2022 au 9 mars 2023 ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à l'administration de prononcer sa titularisation rétroactive au 10 septembre 2022 ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que la décision litigieuse :
- a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été destinataire de son rapport de stage et qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations préalablement à l'adoption de la décision du 15 septembre 2022 ;
- est fondée sur des faits matériellement inexacts ;
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa valeur professionnelle ;
- est entachée de détournement de pouvoir dès lors qu'elle constitue une sanction déguisée.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 19 avril 2024, le préfet de zone de défense et de sécurité Ouest conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 16 mai 2024 fixant la clôture de l'instruction au 3 juin 2024 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites le 27 mai 2024 pour Mme A, non communiquées.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n°94-874 du 7 octobre 1994 ;
- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- et les observations de Me Desmeulles, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, après une scolarité en qualité d'élève gardien de la paix au sein de l'école nationale de police de Reims, a été nommée gardienne de la paix stagiaire par un arrêté du 19 avril 2021 et affectée, à compter du 10 mai 2021, au sein de la compagnie de nuit de l'unité police-secours du commissariat de police du Havre, pour une période de stage de seize mois. Par l'arrêté attaqué du 15 septembre 2022, le préfet de zone de défense et de sécurité Ouest a prolongé son stage pour une durée de six mois. Mme A demande également l'annulation de la décision implicite ayant rejeté son recours gracieux du 26 novembre 2022.
2. D'une part, aux termes de l'article 5 du décret du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'Etat et de ses établissements publics : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par le statut particulier du corps dans lequel le fonctionnaire stagiaire a vocation à être titularisé. / Sauf dispositions contraires du statut particulier, le stage ne peut être prolongé d'une durée excédant celle du stage normal. () " Aux termes de l'article 8 du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les gardiens de la paix stagiaires bénéficient d'une seconde période de formation sous forme de stage adapté à leur premier emploi d'une durée de seize mois. Cette période peut être prolongée pour une durée de trois mois à un an. A l'issue de ce stage, qui comporte des modules de formation obligatoires, les gardiens de la paix reconnus aptes sont titularisés et, sous réserve des dispositions de l'article 8-1, placés au premier échelon de leur grade. Les autres stagiaires sont soit licenciés, soit réintégrés dans leurs corps d'origine. "
3. D'autre part, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne.
4. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.
5. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.
6. En l'espèce, la décision par laquelle l'autorité administrative a prolongé le stage de Mme A pour une durée de six mois avait, implicitement mais nécessairement, pour objet de refuser sa titularisation à l'issue de cette première période de stage.
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 5 que Mme A ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'elle n'aurait pas été destinataire du rapport sur sa manière de servir établi à la fin de sa première période de stage.
8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision litigieuse reposait, essentiellement, sur un manque d'investissement et de motivation dans l'accomplissement de ses tâches, un manque d'initiative, de curiosité et d'approfondissement de ses connaissances professionnelles et, de manière générale, sur des progrès insuffisants par rapport à certaines difficultés rencontrées en début de stage. Si les éléments produits par le préfet de zone de défense et de sécurité Ouest en défense font également état de difficultés quant au respect de ses supérieurs hiérarchiques, en particulier s'agissant de l'observation des règles de politesse, tant le rapport établi par le brigadier-chef Pailler le 13 juin 2022 que la proposition de prolongation de stage adressée par le chef du service de voie publique du district de sécurité publique au chef du district de sécurité publique Le Havre, Bolbec, Fécamp, le 14 juin 2022, indiquent que ces difficultés ont cessé après une mise au point avec sa hiérarchie. Par conséquent, les motifs qui fondent la décision litigieuse, s'ils caractérisent une insuffisance professionnelle, ne sont pas de nature à caractériser des fautes disciplinaires. Dans ces conditions, il n'appartenait pas à l'autorité administrative de mettre Mme A à même de présenter ses observations avant d'adopter une décision refusant de la titulariser à l'issue de son stage. Par suite, le moyen tiré de ce vice de procédure est inopérant.
9. En troisième lieu, si Mme A soutient que la décision litigieuse serait fondée sur des faits matériellement inexacts, elle ne conteste pas sérieusement la réalité des affirmations figurant, notamment, dans les documents précités des 13 et 14 juin 2022 établis par ses supérieurs hiérarchiques. Elle ne conteste pas, par ailleurs, avoir été reçue à plusieurs reprises par sa hiérarchie au cours de son stage, afin d'évoquer ses difficultés. La requérante se borne à se prévaloir d'attestations de ses collègues de travail, dont les appréciations, si elles font état de ses bonnes qualités professionnelles et relationnelles, ne sont pas incompatibles avec celles portées par ses supérieurs hiérarchiques et ne sont donc pas, à elles seules, de nature à faire regarder les faits ayant fondé la décision attaquée comme étant matériellement inexacts. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
10. En quatrième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, Mme A produit plusieurs attestations de ses collègues, qui font état de ses qualités professionnelles et relationnelles et du bon déroulement de ses missions quotidiennes au sein de son unité. Cependant, les appréciations exprimées par ces collègues ne sont pas, à elles seules, de nature à remettre en cause l'appréciation portée, en particulier, par le brigadier-chef Pailler, chef de la section dans laquelle Mme A était affectée au cours de son stage, qui relève d'ailleurs lui-même une amélioration s'agissant de son intégration au sein de son unité et, plus généralement, des progrès eu égard aux difficultés rencontrés en début de stage, qu'il considère toutefois insuffisants pour justifier sa titularisation à l'issue de cette première période mais de nature à justifier une prolongation de son stage, dans la perspective d'une titularisation, laquelle est d'ailleurs intervenue le 10 mars 2023. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet de zone de défense et de sécurité Ouest a refusé de titulariser Mme A et a prolongé son stage pour une durée de six mois.
11. En dernier lieu, d'une part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'autorité administrative aurait eu l'intention d'infliger à Mme A une sanction. Au demeurant, elle n'étaye d'aucun élément probant la circonstance que sa hiérarchie aurait cherché à la sanctionner pour avoir été placée en arrêt de travail durant quatre jours pendant son stage. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration aurait cherché, comme l'allègue la requérante, à la pénaliser dans son déroulement de carrière. Par suite, les moyens tirés de l'existence d'une sanction déguisée et d'un détournement de pouvoir doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est fondée à demander l'annulation ni de la décision du 15 septembre 2022 par laquelle le préfet de zone de défense et de sécurité Ouest a prolongé son stage pour une durée de six mois ni de la décision implicite rejetant son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de zone de défense et de sécurité Ouest.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026