mercredi 12 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301425 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en production de pièces enregistrés le 9 avril 2023 et le 11 avril 2023, M. E B C, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2) d'annuler la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et a assorti des décisions d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un mois ;
3) d'annuler la décision du 7 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a décidé son assignation à résidence ;
4) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique au bénéfice de la SELARL Eden Avocats ; à titre subsidiaire, de mettre cette somme, hors taxes, à son propre bénéfice en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B C soutient que :
* La décision de refus de titre de séjour et celle rejetant son recours gracieux :
sont insuffisamment motivées ;
méconnaissent les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation ;
méconnaissent les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.
* La décision portant obligation de quitter le territoire français :
est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;
souffre d'une motivation insuffisante ;
méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.
* La décision fixant le pays de destination :
est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
souffre d'une motivation insuffisante ;
procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
* La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
souffre d'une motivation insuffisante ;
méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
* La décision portant assignation à résidence :
est insuffisamment motivée en fait dès lors qu'elle ne fait notamment pas état des perspectives raisonnables de son éloignement ;
méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;
est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
procède d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où les perspectives d'éloignement dans un délai raisonnable sont pas envisageables ;
méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 199o et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B C ne sont pas fondés.
Vu :
la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
les autres pièces du dossier.
Vu :
la Constitution ;
la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir au cours de l'audience publique du 11 avril 2023, présenté son rapport et entendu les observations orales :
* de Me Madeline, avocat représentant M. B C, qui soutient que :
- les arrêtés n'ont pas été adoptés à la suite d'un examen complet de sa situation ;
- la vie privée et familiale de l'intéressé se trouve en France où, notamment, il s'occupe depuis deux ans de la fille de son épouse, l'accompagne quotidiennement à l'école, aux activités périscolaires, se charge de ses repas ;
- son épouse était enceinte au moment de la demande de titre de séjour et sa grossesse présente depuis lors un caractère pathologique qui l'empêche de voyager ;
* de M. B C, accompagné de son épouse et de la fille de celle-ci, qui fait état des liens l'attachant à la fille de sa femme ;
* de Mme A, épouse de M. B C, qui soutient que la demande de titre de séjour présentée faisait état des liens qui unissent son époux à sa fille et était accompagnée de pièces justificatives, notamment des dessins de celle-ci.
1. M. B C, ressortissant algérien, né le 12 juin 1990, est, selon ses dires, entré sur le territoire français en septembre 2016. Par courrier du 12 mai 2022, il a demandé son admission au séjour au titre du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 7 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime, qui a refusé de faire droit à sa demande, a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, délai assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois aux motifs qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'un sursis à célébration de mariage été prononcé par le tribunal de grande instance de Rouen, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré le 4 octobre 2018, que le mariage du 5 mars 2022 ne lui octroie pas un droit au séjour du fait de son entrée irrégulière, que sans emploi ni ressources mais bénéficiant de l'aide médicale d'État il constitue une charge pour le système social et médical, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant, récemment marié avec une franco-algérienne et sans charge de famille, au respect de sa vie privée et familiale, que l'examen de son dossier ne permet pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que M. B C n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par décision du 7 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a décidé l'assignation à résidence du requérant aux motifs qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, qu'il ne présente pas de documents de voyage en cours de validité mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable car un laissez-passer consulaire pourra être obtenu et que la réalisation des diligences consulaires ainsi que l'organisation matérielle du départ de l'intéressé nécessitent son assignation à résidence. M. B C demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président [] ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B C à l'aide juridictionnelle.
Sur l'étendue du litige :
3. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné, saisi selon la procédure prévue aux articles R. 776-14 et suivants du code de justice administrative, de se prononcer sur la légalité de la décision par laquelle l'autorité préfectorale refuse de délivrer un titre de séjour à un étranger.
5. Dès lors, il n'y a lieu de statuer par le présent jugement que sur les conclusions tendant à l'annulation de la mesure d'éloignement et des décisions fixant le délai de départ volontaire, le pays de destination, l'interdiction de retour sur le territoire français et l'assignation à résidence. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 25 novembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a refusé au requérant un titre de séjour sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif. Il en va de même des conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui en sont l'accessoire, ainsi que de la demande relative aux frais d'instance.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
6. Il n'est pas contesté, et est corroboré par les déclarations faites à l'audience, que, dans la demande de titre de séjour formulée par M. B C, ce dernier avait fait état des liens qui l'unissaient avec la fille de son épouse, laquelle dispose de l'exercice exclusif de l'autorité parentale comme cela ressort du jugement du 22 novembre 2022 du tribunal judiciaire de Rouen. Il ressort à cet égard des pièces du dossier et des déclarations précises faites à l'audience, où étaient présentes l'épouse de M. B C et sa fille, que le requérant est fortement impliqué dans l'éducation de cette enfant dès lors qu'il s'occupe quotidiennement de celle-ci en prenant en charge, notamment, son trajet scolaire, ses activités périscolaires ou encore son alimentation. Alors qu'il résulte des stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant que l'autorité administrative doit prêter une attention primordiale à l'intérêt de l'enfant, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas tenu compte de cet élément lors de l'examen de la situation de l'intéressé alors même qu'il était de nature à influer sur le sens de la décision adoptée. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise à la suite d'un examen complet de sa situation et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, à en demander pour ce motif l'annulation ainsi, par voie de conséquence, que l'annulation de la décision fixant le pays de son renvoi, prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois et de l'arrêté du 7 avril 2023 l'assignant à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
8. En application de ces dispositions, le présent jugement, qui fait droit aux conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français présentées par M. B C, implique nécessairement qu'une autorisation provisoire de séjour lui soit délivrée jusqu'à ce que l'administration ait à nouveau statué sur son cas.. Il y a lieu, d'enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer cette autorisation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : M. B C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 25 novembre 2022 du préfet de la Seine-Maritime est annulé en tant qu'il a obligé M. B C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois
Article 3 : L'arrêté du 7 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé l'assignation à résidence de M. B C est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B C une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que l'administration ait réexaminé sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Les conclusions de la requête de M. B C tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, et les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte en tant qu'elles s'y rattachent, ainsi que la demande relative aux frais d'instance, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Rouen.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2023.
Le magistrat désigné,La greffière,
T. DA. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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