mercredi 19 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301534 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 avril 2023, M. G C, représenté par la SELARL B Avocats, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023, notifié le 13 avril, par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2023, notifié le 13 avril, par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- a été prise en violation de son droit d'être entendu ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article les dispositions de L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant son pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'assignation à résidence :
- est insuffisamment motivée ;
- a été édictée en violation de son droit d'être entendu ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouvet, premier conseiller, comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D ;
- les observations de Me Barhoum, pour M. C, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête ;
- les observations de M. C.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C, ressortissant algérien né le 5 mars 1989, déclare être entré en France en 2021, à une date non spécifiée. Par un arrêté du 7 avril 2023, notifié le 13 avril, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 4 avril 2023 établi par la PAF de Rouen, que M. C a été entendu, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, sur les raisons pour lesquelles il avait quitté son pays d'origine, son parcours depuis son départ de ce pays, les démarches effectuées en France ainsi que sa situation au regard de son droit au séjour, sa situation privée et familiale et la perspective d'un retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision litigieuse, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui déclare avoir quitté son pays et être entré irrégulièrement en France, en 2021, à une date non spécifiée, demeure sur le territoire national depuis lors. Toutefois, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de sa durée de séjour, laquelle résulte, notamment, de ce qu'il ne s'est pas conformé à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône, le 28 août 2021, qui, au demeurant, était assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Si l'intéressé fait valoir qu'il vit en concubinage depuis 2021, avec Mme F E, compatriote titulaire d'une carte de résident avec laquelle il se dit marié religieusement, cette relation, quoiqu'établie par les pièces versées aux débats, est en tout état de cause, récente. Il est constant, en outre, que le couple ainsi formé n'a pas d'enfants. Si M. C se prévaut d'une relation quasi-paternelle avec le jeune B, fils de A E né d'une précédente union et âgé de quatre ans, l'intensité des liens affectifs allégués avec cet enfant doit être rapportée au caractère récent des relations entretenues avec lui, de sorte que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas lésé l'intérêt supérieur du jeune B en adoptant la décision d'éloignement litigieuse. Enfin, M. C ne justifie d'aucune insertion professionnelle et ne fait état d'aucun projet précis en la matière, dans ses déclarations à l'audience. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point n°5 doivent être écartés.
7. En quatrième lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, la décision litigieuse, qui cite les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui rappelle que M. C, qui est dépourvu de tout document de voyage en cours de validité, ne s'est pas conformée à une précédent mesure d'éloignement, est suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
10. Au cas d'espèce, il n'est pas contesté que M. C, entré irrégulièrement sur le territoire national, est dépourvu de tout document de voyage en cours de validité et n'a jamais déposé de demande de titre de séjour. En outre, l'intéressé ne s'est pas conformé à la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône, le 28 août 2021. Le préfet de la Seine-Maritime était dès lors fondé à tenir le risque de fuite pour établi et à refuser, pour ce motif, d'octroyer un délai de départ volontaire au requérant.
11. En troisième lieu, eu égard à ce qui précède, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par le requérant n'est pas établie.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. La décision, qui fait état de la nationalité algérienne de M. C, vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'établit pas encourir le risque de subir des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, la décision, qui cite les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui rappelle, notamment, que M. C s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement, est suffisamment motivée.
14. En deuxième lieu, l'obligation faite au requérant de quitter le territoire français n'étant pas illégale, ce dernier n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre.
15. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point n°6, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
16. En dernier lieu, compte tenu, d'une part, de la nature, de l'ancienneté et de l'intensité des liens personnels en France dont se prévaut M. C tels qu'exposés au point n°6 et, d'autre part, des conditions de son séjour sur le territoire national, marquées, en particulier, par le prononcé d'une précédente mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
17. En premier lieu, l'arrêté du 7 avril 2023 attaqué cite les termes des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. C a fait l'objet, le 7 avril 2023, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et expose les éléments de fait, tenant à l'absence de présentation, lors d'une audition administrative intervenue le 4 avril 2023, de tout document de voyage en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence, qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est insuffisamment motivée, doit être écarté.
18. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point n°2, M. C a été entendu, le 4 avril 2023, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, par les policiers de la PAF de Rouen qui l'ont notamment invité à présenter ses observations sur l'éventualité de l'adoption d'une mesure d'assignation à résidence à son encontre. Le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit, par suite, être écarté.
19. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'autorité de police aurait manqué à son obligation d'examen de la situation particulière de M. C.
20. En quatrième lieu, eu égard à ce qui a été exposé aux points précédents s'agissant de la légalité de la mesure d'éloignement, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité.
21. En cinquième lieu, les faits de non-présentation de documents de voyage relevés dans l'arrêté ne sont pas contestés par le requérant. En outre, l'autorité administrative justifie de ce qu'elle a engagé des démarches auprès des autorités consulaires algériennes, le jour même de l'édiction de la mesure litigieuse, aux fins d'obtention d'un laisser-passer consulaire. Enfin, à la supposer établie, la circonstance dont se prévaut le requérant que les autorités algériennes ne délivreraient plus aucun laisser-passer, est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé.
22. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point n°6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'assignation à résidence porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale, au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle contrevient aux stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 et pas davantage, enfin, qu'elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 7 avril 2023. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G C, à la SELARL B Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.
Le magistrat désigné,
Signé :
C. D
La greffière,
Signé :
M. H
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2301534
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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