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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301549

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301549

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantCASTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2023, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 19 septembre 2023, Mme B A, représentée par Me Castor, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 14 mars 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour pour motif d'incomplétude ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer pour la durée de cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Castor, en application des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, valant renonciation à la part contributive de l'Etat.

Mme A soutient que la décision attaquée :

- est signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par décision du 31 mai 2024, Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Favre, conseillère.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 26 mai 1995, déclare être entrée en France au mois de juin 2019. Le 20 juin 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la décision attaquée du 14 mars 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour pour motif d'incomplétude.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 31 mai 2023. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission de l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 n'est pas délivré. () Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'office et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. () ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. / A cet effet, le préfet du lieu où l'étranger a sa résidence habituelle lui remet un dossier comprenant une notice explicative l'informant de la procédure à suivre et un certificat médical vierge, dont le modèle type figure à l'annexe A du présent arrêté. ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'adresse a été préalablement communiquée au demandeur. ".

5. Il résulte des dispositions combinées susmentionnées que, dans le cas où le médecin de l'Office chargé d'établir un rapport médical, sur la base duquel le collège de médecins de l'Office doit rendre un avis destiné au préfet auquel a été adressée une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ou de parents d'étranger malade, n'est pas à même de se prononcer sur l'état de santé du demandeur, faute d'avoir reçu, de la part du médecin qui suit habituellement l'étranger ou du médecin praticien hospitalier, le certificat médical que celui-ci doit établir, il appartient au médecin de l'Office d'en informer l'autorité préfectorale. Il incombe alors à cette dernière de porter cet élément, qui fait obstacle à la poursuite de l'instruction de la demande de séjour, à la connaissance de l'étranger afin de le mettre à même soit d'obtenir de son médecin ou du praticien hospitalier initialement saisi qu'il accomplisse les diligences nécessaires soit, le cas échéant, de choisir un autre médecin ou praticien.

6. Le préfet de la Seine-Maritime a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A au motif du caractère incomplet de son dossier dès lors qu'elle n'avait pas transmis à la préfecture la preuve d'envoi du certificat médical à l'OFII à la suite de la demande adressée par courrier du 9 novembre 2022 et revenu à l'expéditeur avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Toutefois, cette pièce ne constitue pas l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou l'une des pièces mentionnées à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code. En outre, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 22 août 2022, réceptionné le 25 août 2022, le préfet de la Seine-Maritime a remis à Mme A le dossier à transmettre à l'OFII accompagné de la notice explicative. Par courrier adressé à la préfecture, réceptionné le 21 septembre 2022, l'intéressée a sollicité un délai pour produire les pièces sollicitées. Par courrier du 17 novembre 2022, le service médical de l'OFII a convoqué Mme A à un examen médical le 14 décembre 2022, auquel elle ne s'est pas rendue. Par courrier du 15 décembre 2022, réceptionné le 16 décembre 2022, la requérante justifie avoir adressé à la délégation territoriale de l'OFII à Rouen le certificat médical établi par un psychiatre du centre hospitalier du Rouvray le 1er décembre 2022. Ainsi, le préfet de la Seine-Maritime ne pouvait refuser d'enregistrer sa demande de titre de séjour au motif qu'elle n'avait pas transmis à la préfecture la preuve d'envoi du certificat médical à l'OFII.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation la décision du 14 mars 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour pour motif d'incomplétude.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui annule la décision du 14 mars 2023, implique seulement, eu égard au motif d'annulation, que le préfet territorialement compétent procède au réexamen de la situation de Mme A. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre audit préfet de réexaminer la situation de la requérante dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il y ait lieu de prononcer une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de l'admission définitive de la requérante à l'aide juridictionnelle et que Me Castor, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Castor de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du préfet de la Seine-Maritime du 14 mars 2023 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet compétent de réexaminer la situation de Mme A dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Castor, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Castor renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Castor et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé : L. FAVRE

La présidente,

Signé : C. VAN MUYLDERLe greffier,

Signé : J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. HENRY

.

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