mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301565 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 avril 2023, M. B A, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente et dans un délai de dix jours à compter de ce jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à la SELARL Eden Avocats en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, subsidiairement, une somme de 1 500 euros à son propre profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-malienne du 26 septembre 1994 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 22 mars 2023 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance du 12 juin 2023 fixant la clôture de l'instruction au 31 août 2023 à 12h ;
- les autres pièces du dossier, notamment celles produites par M. A, enregistrées le 27 avril 2023.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-malienne du 26 septembre 1994 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Leprince, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 2 mai 2001, est entré en France le 8 septembre 2020, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour en qualité d'étudiant a été renouvelé jusqu'au 20 octobre 2022. Le 14 octobre 2022, M. A a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 21 février 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué vise notamment les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-malien du 26 septembre 1994 et les dispositions des articles L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. A. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
3. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué, contrairement à ce qu'allègue le requérant, que l'autorité préfectorale a pris en compte les circonstances particulières dont il se prévalait afin de justifier des difficultés rencontrées dans la poursuite de ses études. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen manque en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-malien du 26 septembre 1994 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants " Aux termes de l'article 13 de cette convention : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord " Le renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant est ainsi subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études poursuivies.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A était inscrit, pour l'année universitaire 2020-2021, en première année de licence " biologie - géosciences ", au titre de laquelle il a été ajourné ou déclaré défaillant dans la totalité des unités d'enseignement. Ayant redoublé cette première année de licence au titre de l'année universitaire 2021-2022, il a, à nouveau, été déclaré, à l'issue de la seconde session d'examens, défaillant au titre du premier semestre et défaillant au titre du second. Ses relevés de notes ne font état que d'une progression très marginale au cours de cette deuxième année, M. A n'ayant été admis que dans quelques unités d'enseignement. S'il se prévaut, afin de justifier des difficultés rencontrées au cours de ces deux années d'études, du contexte de crise sanitaire et d'un contexte familial difficile, il n'apporte aucun élément suffisamment précis et circonstancié de nature à établir la réalité et l'ampleur des répercussions que ces circonstances ont eu sur ses résultats et son assiduité. En outre, la circonstance qu'il justifie, postérieurement à la décision attaquée, de la validation de son premier semestre d'études, n'est pas à elle seule de nature à établir la réalité et le sérieux des études qu'il poursuit. Par suite, c'est sans faire une inexacte appréciation des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-malien du 26 septembre 1994 que le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A en qualité d'étudiant.
6. En troisième lieu, il résulte des stipulations citées au point 4 que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants maliens qui sollicitent la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions du droit national est inopérant.
7. En dernier lieu, si M. A, qui réside en France depuis le mois de septembre 2020 en qualité d'étudiant et n'a pas vocation, à ce titre, à s'y établir, soutient que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, eu égard aux buts en vue desquels elle a été prise, il ne fait état d'aucune insertion particulière sur le territoire où il ne dispose d'aucune attache familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 3 et 7, les moyens tirés du défaut d'examen, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
Sur le pays de destination :
10. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 8, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
11. En second lieu, si M. A soutient, de manière allusive, qu'il a dû quitter son pays d'origine en raison de violences intrafamiliales, il n'apporte au soutien de cet argument aucun élément de nature à établir la réalité de ces allégations. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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