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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301618

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301618

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301618
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantTROFIMOFF

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A, ressortissant nigérian, qui contestait le refus de titre de séjour du préfet de la Seine-Maritime du 13 avril 2023. Le requérant invoquait notamment une procédure irrégulière faute de saisine de la commission du titre de séjour, une erreur de droit et d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, confirmant ainsi la légalité de la décision préfectorale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, M. B A, représenté par Me Trofimoff, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation de demande de titre de séjour valant autorisation temporaire de séjour au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, subsidiairement, de lui délivrer un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tout dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 20 euros par jour de retard.

M. A soutient que la décision :

* a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière dans la mesure où il justifie d'une durée de présence de plus de dix années sur le territoire français et que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie pour avis ;

- elle procède d'une erreur de droit et d'appréciation dans la mise en œuvre, tant des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que des dispositions de l'article L. 435-1 du même code et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été adoptée en méconnaissance de l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 17 mai 2023 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deflinne, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, né le 15 mars 1988, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 14 avril 2012. Il a déposé une demande d'asile le 6 août 2012 qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 janvier 2013 et par la Cour nationale du droit d'asile le 23 juin 2015. L'intéressé a sollicité, le 2 décembre 2014, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Il a été admis au séjour en raison de son état de santé jusqu'au 14 janvier 2017. M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le même fondement. Par un avis du 25 avril 2017, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé que l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine. Par un arrêté du 25 octobre 2017, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A, qui n'a pas déféré à cette mesure d'éloignement, a sollicité, le 23 juillet 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-10 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêté du 21 décembre 2020, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement n° 2100724 du 8 juillet 2021 le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Ce jugement a été confirmé par une ordonnance du président de la cour administrative de Douai n° 21DA02491 du 13 janvier 2022. À la suite d'un contrôle des services de police et de son placement en retenue administrative en vue de la vérification de son droit au séjour et de circulation le 13 juin 2022, le préfet de la Seine-Maritime l'a, par deux arrêtés du même jour, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le recours dirigé contre ces décisions a été rejeté par jugement du 23 juin 2022. Sans avoir déféré à ces mesures, l'intéressé a, le 8 décembre 2022, de nouveau sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 13 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité aux motifs que M. A n'avait pas déféré aux précédentes mesures d'éloignement et s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire français, qu'il ne justifiait pas de sa présence continue sur le territoire français depuis dix ans, que, célibataire et père de quatre enfants dont trois issus de son union avec une compatriote résidant irrégulièrement sur le territoire français, il n'établissait pas la nécessité de sa présence en France ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il ne travaillait pas et ne présentait aucune promesse d'embauche, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation pour des motifs exceptionnels ou à titre humanitaire. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision, prise après un examen particulier de la situation de M. A par le préfet de la Seine-Maritime est donc suffisamment motivée.

3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait justifié d'une présence continue de dix années sur le territoire français au jour de sa demande de titre de séjour ou à la date de la décision contestée dans la mesure, notamment, où aucun élément ne vient attester de sa présence en France au cours de l'année 2013. Par suite, en ne sollicitant pas l'avis de la commission du titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas adopté la décision contestée à la suite d'une procédure irrégulière.

4. En dernier lieu, M. A, qui serait entré sur le territoire français le 14 avril 2012, soutient que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe désormais en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire et père de trois enfants qui résideraient en France avec leur mère, une compatriote en situation irrégulière, ainsi que d'un enfant résidant dans son pays d'origine, n'est entré en France qu'à l'âge de vingt-quatre ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Il ne justifie d'aucune participation à l'éducation de ses enfants et d'une contribution financière à compter de la seule année 2022. Il ne justifie pas davantage d'une quelconque insertion sociale ou professionnelle en France alors même qu'il soutient y résider depuis de nombreuses années, dont certaines en situation régulière. Enfin, il ne s'est pas conformé aux différentes obligations de quitter le territoire français adoptées à son encontre ce qui conférait nécessairement un caractère précaire à son maintien sur le territoire français. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 13 avril 2023 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision contestée, qui n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas plus porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur des enfants du requérant, garanti par les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Hervé Trofimoff et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

T. DEFLINNE

Le président,

signé

P. MINNE

Le greffier,

signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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