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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301682

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301682

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, ainsi que des mémoires complémentaires et en production de pièces, enregistrés le 26 avril 2023, le 4 mai 2023, le 23 mai 2023, le 28 décembre 2023 et le 4 janvier 2024, M. D A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder sans délai à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

* S'agissant de la décision d'expulsion :

- elle a été adoptée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 631-1, L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle procède d'une erreur de droit dès lors que le préfet subordonne la participation à l'entretien des enfants à des contributions pécuniaires ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision portant expulsion du territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu préalablement à toute décision défavorable ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision portant expulsion du territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 731-3 et L. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à ses libertés ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision du 17 mai 2023 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,

- et les observations de Me Inquimbert, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 1er novembre 1988, est, selon ses dires, entré en France au cours du mois de juillet 2004. Il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du 17 avril 2004 jusqu'au 12 février 2007. Il a ensuite été admis au séjour au titre de la vie privée et familiale jusqu'au 11 janvier 2011. Une carte de résident lui a été délivrée et renouvelée du 16 février 2012 au 15 février 2015, puis à compter du 13 novembre 2017. Bénéficiant d'un récépissé de demande de titre valable du 10 décembre 2018 au 9 juin 2019 il s'est rendu en Algérie où il a été incarcéré et où sa demande de visa du 4 août 2019 a été refusée le 15 août 2019. M. A est revenu irrégulièrement sur le territoire français et y a sollicité son admission au séjour qui a été refusée par une décision implicite, dont la légalité a été confirmée par jugement du 25 mai 2021. Il a de nouveau sollicité son admission au séjour le 19 août 2022. Un refus lui a été opposé le 15 septembre 2022. Par arrêté du 17 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé son expulsion du territoire français aux motifs que M. A a fait l'objet de neuf condamnations, dont certaines en récidive, pour des faits de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, de port prohibé d'arme de catégorie 6, de tentative de vol avec destruction, de fourniture d'identité imaginaire, de dégradation ou destruction de bien, de violence commise en réunion, de conduite sans permis, de vol en réunion, de vol aggravé, de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, d'abus de confiance, de recours habituel à la prostitution de mineurs et de soustraction d'enfants des mains de la personne chargée de sa garde et agression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans, qu'il a été condamné à dix ans sept mois et quinze jours d'emprisonnement en France en raison de ces faits, qu'un suivi particulier a été mis en place à son égard en raison de son comportement durant sa détention au Havre notamment relevé par le service des renseignements territoriaux, qu'ils ne démontrait pas contribuer activement à l'entretien et l'éducation de ses enfants depuis au moins un an, qu'il n'était marié que depuis le 8 février 2022, qu'il ne pouvait se prévaloir de ses années passées en détention au titre de sa présence en France, qu'il ne faisait état d'aucun problème de santé, que sa famille l'avait rejoint en Algérie lorsqu'il y a été incarcéré, qu'il n'établissait pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il avait fait de nombreux voyages entre 2012 et 2018, qu'il ne remplissait aucune des conditions permettant la délivrance de plein droit d'un titre, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, que la commission départementale d'expulsion avait émis un avis favorable à la mesure d'éloignement et que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. M. A demande l'annulation de cette décision et de celle, du même jour, par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence.

Sur les moyens propres à la décision d'expulsion du territoire français :

2. En premier lieu, M. C B, qui a signé la décision attaquée, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 30 janvier 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2023-009 du même jour, à l'effet notamment de signer les décisions d'expulsion. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. " Aux termes de l'article L. 631-2 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; 2° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () "

4. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'était marié avec une ressortissante française que depuis une année à la date de la décision en litige. Ensuite, d'une part, si M. A justifie avoir contribué à l'éducation de ses enfants durant au moins un an, il ne produit pas d'éléments permettant de considérer qu'il a contribué à leur entretien pendant sa période de détention alors même qu'il ressort notamment du procès-verbal de son audition devant la commission départementale d'expulsion le 27 janvier 2023 qu'il a versé 30 euros par mois au titre de dommages et intérêts aux parties civiles jusqu'au mois de mars 2022 et qu'il disposait d'économies. D'autre part, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Seine-Maritime ne lui a opposé l'absence de versement de cette contribution financière que pendant sa période de détention et n'a ainsi pas conditionné une telle participation à l'entretien de ses enfants au versement d'une somme d'argent depuis sa sortie de détention. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 631-1, L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté en toutes ses branches.

5. En dernier lieu, M. A, qui serait entré sur le territoire français en 2004, soutient que le centre de ses intérêts privés et familiaux s'y trouvent. Il n'est pas sérieusement contesté que l'intéressé s'est investi dans l'éducation de ses enfants, de nationalité française, alors même qu'il était incarcéré. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a, au total, été condamné à dix ans, sept mois et quinze jours d'emprisonnement en France en raison de faits de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, de port prohibé d'arme de catégorie 6, de tentative de vol avec destruction, de fourniture d'identité imaginaire, de dégradation ou destruction de bien, de violence commise en réunion, de conduite sans permis, de vol en réunion, de vol aggravé, de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, d'abus de confiance, de recours habituel à la prostitution de mineurs et de soustraction d'enfants des mains de la personne chargée de sa garde et agression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans. Si les faits sont anciens, ils marquent cependant une évolution défavorable dans un parcours de délinquance commencé en 2007, alors que l'intéressé n'a été libéré de prison pour la dernière fois qu'en décembre 2022, soit moins de six mois avant l'adoption de la décision contestée. Le caractère de gravité élevé notamment des derniers faits ayant donné lieu à condamnation pénale constitue une menace pour l'ordre public réelle et actuelle à la date de la décision attaquée. Le requérant dispose par ailleurs de son père et de la majeure partie de sa fratrie en Algérie, où il est régulièrement retourné, et où sa femme et leurs enfants sont venus le rejoindre alors qu'il y a été incarcéré en 2019. Enfin, M. A ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 17 avril 2023 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant expulsion du territoire français doit être écarté.

7. En deuxième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, d'une part, l'autorité administrative n'est pas tenue de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, l'ensemble des décisions susceptibles d'être prises alors, d'autre part, qu'une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a obtenu de nombreux certificats de résidence, a été auditionné par la commission départementale d'expulsion le 27 janvier 2023, séance au cours de laquelle il a eu la possibilité de faire connaître des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur la décision prise à son encontre. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il disposait d'informations tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure qu'il conteste et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait le principe général du droit d'être entendu qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

9. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les motifs exposés au point 5.

Sur les moyens propres à l'assignation à résidence :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant expulsion du territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté pour les motifs exposés aux points 7 et 8.

12. En troisième, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est donc suffisamment motivée.

13. En dernier lieu, alors que, contrairement à ce que soutient M. A, la décision contestée ne présente pas une durée illimitée, l'intéressé ne fait valoir aucun élément spécifique de nature à justifier que la mesure d'assignation, qui peut être légalement adoptée à l'encontre d'un étranger sous le coup d'une mesure d'expulsion du territoire français, porterait une atteinte disproportionnée à sa liberté de circulation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de les arrêtés du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé son expulsion du territoire français, a fixé le pays de son renvoi et l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

Le rapporteur,

T. DEFLINNE

Le président,

P. MINNE

Le greffier,

N. BOULAY

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