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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2301829

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2301829

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2301829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2023, M. A B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et, dans l'attente et dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de ce jugement, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une même somme à son propre profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, d'erreur d'appréciation et d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 5 avril 2023 par laquelle M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 8 août 2023 fixant la clôture de l'instruction au 8 septembre 2023 à 12h00 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,

- et les observations de Me Souty, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République du Congo né le 10 septembre 1976, déclare être entré en France le 1er novembre 2017, afin d'y solliciter l'asile. Sa demande de protection internationale a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 28 septembre 2018, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 mars 2019. Sa demande de réexamen a été regardée comme irrecevable et rejetée par l'OFPRA le 29 mai 2019. Par un arrêté du 18 avril 2019, M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, qu'il n'a pas exécutée. Il a fait l'objet d'une deuxième mesure d'éloignement, assortie d'une interdiction de retour pour une durée de trois ans, après avoir été retenu par les services de police aux fins de vérification de son droit au séjour, par un arrêté du préfet du Val-de-Marne du 15 avril 2021, dont la légalité n'a pas été remise en cause par la juridiction administrative. Le 28 septembre 2022, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 12 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. B. En particulier, il n'appartenait pas au préfet, contrairement à ce que soutient le requérant, de viser les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qui ne constituent le fondement d'aucune des décisions attaquées. Cet arrêté mentionne également les considérations de fait, propres à l'intéressé, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner chacun des éléments propres à la situation personnelle de M. B, a procédé à un examen particulier de cette situation, notamment eu égard à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

5. M. B se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, de sa vie commune avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2032, avec qui il a conclu un pacte civil de solidarité le 28 septembre 2021, de la présence en France de sa fille mineure, de sa sœur, titulaire d'une carte de résident et du fils de sa compagne et de soutiens amicaux. Cependant, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande de protection internationale et de deux précédentes mesures d'éloignement, prises à son encontre le 18 avril 2019 et le 15 avril 2021. Sa relation avec une compatriote, que les attestations qu'il produit lui-même datent au plus tôt à l'année 2021, s'est donc nouée postérieurement à ces deux décisions. S'il se prévaut de la présence en France de sa fille, née le 7 avril 2006 à Brazzaville, qui serait entrée sur le territoire irrégulièrement en même temps que lui, il n'établit cette présence qu'à compter du mois de septembre 2019 et il est constant qu'elle vit au domicile de sa tante et, donc, séparée de son père depuis, à tout le moins, le mois de juin 2021. S'il produit des attestations de nature à établir qu'il entretient toujours un lien avec sa fille, qui lui rendrait visite le weekend et durant les vacances scolaires, il ne fait état d'aucun obstacle à ce que celle-ci poursuive sa scolarité dans le pays dont elle est originaire et où elle doit être regardée comme ayant vécu jusqu'à l'âge de treize ans. Par ailleurs, M. B, qui ne conteste pas sérieusement que la mère de sa fille réside toujours dans leur pays d'origine, n'apporte aucune précision quant au lien que cette dernière, ainsi que lui-même, entretiendraient avec elle. En outre, il ne fait état d'aucune insertion professionnelle et se borne à se prévaloir d'une unique promesse d'embauche du 16 novembre 2022. Enfin, d'une part, s'il soutient que sa compagne exerce une activité salariée en contrat à durée indéterminée, il se borne à produire quatre bulletins de paie, établis par des entreprises de travail temporaire du 13 juillet 2022 au 31 octobre 2022 et, d'autre part, le fils de sa compagne, dont il n'indique pas dans quelle mesure il dépendrait matériellement de sa mère, était âgé de vingt-deux ans à la date de la décision attaquée. Ainsi, le requérant ne fait état d'aucun obstacle significatif à ce que sa cellule familiale se reforme dans le pays dont lui et sa compagne ont la nationalité. Dans ces conditions, en ayant refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par ailleurs, en se prévalant des éléments qui viennent d'être exposés, M. B ne fait état d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

6. En dernier lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, en refusant de délivrer à M. B un titre de séjour, méconnu son obligation de faire une considération primordiale de l'intérêt supérieur de sa fille mineure, ni du fils de sa compagne, qui était en tout état de cause majeur à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. En dernier lieu, d'une part, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Maritime se serait estimé tenu d'assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire de trente jours, lequel constitue au demeurant le délai de droit commun en l'absence de motif de nature à justifier soit qu'aucun délai ne soit octroyé, soit au contraire qu'un délai plus long soit accordé et dont il n'appartient pas au préfet de motiver l'application. D'autre part, en se bornant à se prévaloir de sa situation personnelle et familiale, telle qu'exposée au point 5, le requérant ne justifie d'aucun motif de nature établir qu'un délai supérieur aurait dû lui être accordé. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

10. Il résulte des points 2 à 9 que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte des points 7 à 9 que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 6, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

Le rapporteur,

A. LE VAILLANT

Le président,

P. MINNELe greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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