mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2301914 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 15 mai 2023, M. B C, représenté par Me Koum Dissake, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et lui a interdit tout retour en France pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui remettre un titre de séjour " salarié " ;
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est irrégulière dans la mesure où il est parfaitement intégré en France, disposant désormais d'un contrat à durée indéterminée, et respecte les valeurs de la République ;
- la décision lui interdisant tout retour en France pour une durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il dispose d'un titre de séjour et que le seul motif de sa situation irrégulière ne justifie pas la mesure ;
- l'assignation à résidence est infondée dès lors que, contrairement à ce que fait valoir l'administration, il dispose de garanties de représentation.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- les observations de M. C, en l'absence de Me Koum Dissake.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C est un ressortissant congolais né le 13 juillet 1965 à Brazzaville, entré en France en juin 2018 au moyen d'un visa Schengen de court séjour valable du 2 juin 2018 au 11 juillet 2018. Sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 29 mars 2019, rejet confirmé par la CNDA le 7 octobre 2020. Sa demande de réexamen a été rejetée par l'OFPRA le 24 novembre 2020, rejet confirmé par la CNDA le 8 mars 2021. M. C a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 19 janvier 2021, qu'il n'a pas contestée et à laquelle il n'a pas déféré. Par l'arrêté attaqué du 12 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime a obligé le requérant à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et lui a interdit tout retour en France pendant une année. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 12 mai 2023 portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
2. Le requérant soutient qu'en raison de son action bénévole d'une part, de l'obtention de contrats de travail successifs d'autre part, il atteste de son intégration en France et de son adhésion aux valeurs de la République. Néanmoins, pour constructives qu'elles soient, ces circonstances ne sauraient conduire à fonder l'annulation de l'acte attaqué dès lors que M. C, ainsi qu'il est relevé ci-dessus, aurait dû quitter le territoire français après le rejet définitif de sa demande d'asile et l'intervention de la mesure d'éloignement en date du 19 janvier 2021 et n'a pas, à la date de l'acte attaqué, effectué de démarches administratives tendant à obtenir un titre de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant de l'interdiction de retour en France pour une durée d'un an :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
4. Le préfet de la Seine-Maritime justifie l'acte attaqué aux motifs que le requérant dispose de sa famille, en particulier de ses quatre enfants, dans son pays d'origine qu'il n'a quitté qu'à l'âge de cinquante-deux ans, qu'il ne prouve pas la réalité de la présence en France de membres de sa famille, qu'il n'a pas effectué de démarches administratives afin de régulariser sa situation, et se trouve être sans emploi légal ni rémunération. En se bornant à soutenir qu'il dispose d'un titre de séjour, ce qui est erroné, et que le préfet ne peut justifier la mesure contestée au seul motif que son maintien sur le territoire est irrégulier, M. C n'établit pas que l'acte attaqué serait entaché d'une erreur d'appréciation. Le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 12 mai 2023 portant assignation à résidence :
5. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
6. M. C se borne à soutenir qu'il dispose de garanties de représentation dès lors qu'il a toujours payé ses impôts et dispose de documents indiquant que l'administration connaît son adresse. Néanmoins, ce seul argument est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué, adopté en vue d'exécuter l'obligation de quitter le territoire français sans délai également contestée et dont la légalité est reconnue ci-dessus.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation des arrêtés attaqués du 12 mai 2023, et que sa requête doit par conséquent être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
Le magistrat désigné,
C. A
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2301914
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