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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302046

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302046

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302046
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantDE CAUMONT ERIC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a été saisi par M. A d’un recours en excès de pouvoir contre une décision d’invalidation de son permis de conduire et des retraits de points subséquents. Le requérant invoquait un défaut d’information préalable, garanti par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que pour l’infraction de 2022, la signature électronique du procès-verbal établissait la délivrance des informations requises. Pour l’infraction de 2020, le paiement de l’amende forfaitaire par M. A, sans qu’il apporte la preuve contraire, suffisait à démontrer qu’il avait reçu les informations nécessaires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 mai 2023, le 26 juillet 2023 et le 21 août 2023, M. A, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des Outre-mer a invalidé son permis de conduire et les décisions des 28 février 2020 et 12 mai 2022 par lesquelles le ministre de l'intérieur et des Outre-Mer a retiré 1 et 3 points de son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des Outre-mer de restituer lesdits points sur permis de conduire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation d'information préalable résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route a été méconnue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le ministre de l'intérieur cet des Outre-mer conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A d'une somme de 750 euros au titre de l'article L. 751-1 du code de justice administrative

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, magistrat honoraire, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. B, magistrat-désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant de l'infraction commise le 12 mai 2022 :

2. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

3. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

4. En l'espèce, il résulte des pièces du dossier que l'infraction du 12 mai 2022 a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique dématérialisé et que le requérant, contrairement à ce qu'il soutient a pas signé ce procès-verbal, ce qui suffit à établir que l'intéressé a bénéficié de l'ensemble des informations prévues par lesdites dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant l'infraction commise le 12 mai 2022 doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 28 février 2020 :

5. La preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Il en va autrement si le contrevenant qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.

6. En l'espèce il ressort des pièces du dossier que l'infraction susvisée a été constatée par un radar et que l'amende forfaitaire majorée a été réglée au terme d'une procédure de règlement forcé, l'administration n'établissant donc pas qu'à l'occasion du règlement de ladite infraction le requérant a eu connaissance des informations exigées par la loi. Toutefois ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes commises les 29 mai et 3 juillet 2017 et 4 juillet 2018. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être rejeté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

Sur les conclusions du ministre de l'intérieur et des Outre-mer présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme réclamée par le ministre de l'intérieur et des Outre-mer présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du ministre de l'intérieur et des Outre-mer présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

H. BLe greffier,

signé

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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