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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302097

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302097

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mai 2023, M. A C B, représenté par la SELARL Eden avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 avril 2023 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour valable un an portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, de réexaminer son admission au séjour et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que d'un part, elle ne se prononce pas sur sa demande de renouvellement de titre de séjour et d'autre part, que le préfet aurait dû identifier une demande d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union Européenne du droit à être entendu ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2023, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C B ne sont pas fondés.

Par une décision du 3 juillet 2023, M. C B n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- et les observations de Me Barhoum, pour la SELARL Eden avocats, représentant M. C B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant de République démocratique du Congo né le 27 avril 1992, entré sur le territoire français le 16 septembre 2016 sous couvert d'un visa D, s'est vu délivré un titre de séjour en tant qu'étudiant valable jusqu'au 3 septembre 2021. Il a sollicité par une demande du 27 octobre 2021, complétée le 16 janvier 2023, la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 27 avril 2023, dont M. C B demande l'annulation, le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions des articles L. 423-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et cite celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. L'arrêté fait également état de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. C B, en mentionnant notamment la présence régulière de sa sœur et de son oncle de nationalité française. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de fait et les dispositions de droit dont elle fait application. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par une demande du 27 octobre 2021, M. C B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en se prévalant uniquement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C B a ensuite complété sa demande de titre de séjour les 16 et 31 janvier 2023 en confirmant sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet d'Eure-et-Loir mentionne dans l'arrêté attaqué les dispositions de l'article L. 724-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C B n'est donc pas fondé à soutenir que les risques dont il se prévaut n'ont pas été pris en compte par le préfet alors qu'au surplus, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que M. C B aurait entendu solliciter l'asile à l'appui de sa demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen, au motif que le préfet n'a pas examiné la demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " étudiant ", ni les risques exposés par le requérant ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

5. M. C B se prévaut de ce qu'il est entré en France en 2016, de ce qu'il a suivi des études en licence de sciences de l'information et du document jusqu'en 2019, de ce qu'il a ensuite commencé à travailler comme conseiller clientèle auprès d'une entreprise de téléphonie et de ce que son oncle de nationalité française puis sa sœur en situation régulière l'ont successivement hébergé. Toutefois, l'intéressé est entré en France muni d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant et s'est maintenu sur le territoire français sous couvert de titre étudiant, et n'avait donc pas vocation à rester sur le territoire français à l'issue de ses études. De plus, il est célibataire et sans enfant. S'il soutient que son oncle et sa sœur sont présents en France, ces seuls éléments ne sauraient suffire à démontrer qu'elle aurait tissé des liens suffisamment anciens, stables et intenses en France. Par ailleurs, il ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. En outre, les pièces versées aux débats au titre du travail sont insuffisantes à caractériser une intégration professionnelle particulière, au vu notamment de son caractère récent. Enfin, si M. C B fait valoir ses craintes de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il ne peut toutefois pas s'en prévaloir à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour. Par suite, la décision de refus de délivrance du titre de séjour litigieux n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C B au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé sur le territoire français, ainsi qu'à son insertion professionnelle, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. C B doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté par application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En deuxième lieu, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

11. En l'espèce, il n'est pas sérieusement allégué que M. C B aurait sollicité en vain un entretien avec les services du préfet d'Eure-et-Loir ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que soit prise la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de ce que son droit à être entendu garanti par le droit européen n'aurait pas été respecté doit être écarté.

12. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision refusant un titre de séjour de M. C B n'est fondé. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour doit être écarté.

13. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 5, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée familiale de l'intéressé et garanti par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En cinquième lieu, eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé sur le territoire français, ainsi qu'à sa situation professionnelle, personnelle et familiale, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. C B doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que M. C B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C B a sollicité l'asile le 7 juin 2023 et s'est vu délivrer le même jour une attestation de demandeur d'asile en procédure accélérée. Si cette circonstance est sans influence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui a été prise avant que M. C B ne devienne demandeur d'asile, elle est de nature, eu égard aux dispositions de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles les demandeurs d'asile bénéficient du droit de se maintenir sur le territoire français, à faire obstacle à l'exécution de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne la décision refusant le délai de départ volontaire :

16. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

17. Il ressort des pièces du dossier que M. C B dispose d'un passeport valable du 19 août 2021 au 18 août 2026 et qu'il est hébergé de manière effective et permanente chez sa sœur, étudiante en France. Dans ces conditions, contrairement à ce que fait valoir le préfet, M. C B n'entrait pas dans le cas prévu à l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet ne pouvait pas légalement lui refuser un délai de départ volontaire à raison de son comportement eu égard à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

18. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigée contre cette décision, que M. C B est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour fixer le pays à destination duquel M. C B serait renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement, le préfet d'Eure-et-Loir s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fait état de la nationalité de l'intéressé et a examiné sa situation au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, l'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

20. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 15 qu'aucun des moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

21. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

22. Si M. C B fait état du décès de son père, ancien ministre congolais, ainsi que des circonstances de ce décès, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'en tant que membre de la famille de ce dernier, il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne fait valoir aucune circonstance particulière de nature à établir la réalité et la gravité de ces risques de " représailles " le concernant personnellement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que M. C B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

24. Eu égard aux motifs énoncés ci-dessus, M. C B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 avril 2023 qu'en tant qu'il lui refuse un délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. C B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté 27 avril 2023 du préfet d'Eure-et-Loir est annulé qu'en tant qu'il refuse à M. C B la délivrance d'un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à la SELARL Eden avocats et au préfet d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bailly, présidente,

M. Le Duff, premier conseiller et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

B. Esnol

La présidente,

P. Bailly La greffière,

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2302097

ah

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