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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302122

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302122

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2023, Mme A, se disant Jumelcia Asmath Babassana Toukanou, représentée par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, à titre subsidiaire, de lui délivrer, dans l'attente du réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à titre subsidiaire, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

* le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît les dispositions des articles R. 431-10 et L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 47 du code civil ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

* l'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- procède d'une erreur de droit dès lors qu'il devait se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- repose sur un refus de séjour illégal ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

' la décision fixant le pays de destination :

- n'est pas motivée ;

- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 19 avril 2023 admettant Mme A se disant Babassana Tounakou au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 8 août 2023 fixant la clôture de l'instruction au 6 octobre 2023 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles versées le 9 août 2023 pour la requérante.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code civil

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. " Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. " Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

2. Il ressort du rapport d'analyse documentaire établi le 3 mai 2022 par la direction interdépartementale de la police aux frontières du Havre que si les mentions pré-imprimées et le mode d'impression de l'acte de naissance délivré le 27 août 2003 sont conformes, les mentions variables et la marque du timbre humide présentent des anomalies. L'analyste a, en particulier, relevé que le mot " féminin " a été altéré mais a, surtout, noté qu'aux patronyme et prénoms manuscrits de la mère de la requérante a été ajouté, en fin de ligne, le nom ou le prénom " power " de toute évidence calligraphié par une main différente. Aucune explication n'a été apportée à cette irrégularité ayant affecté l'acte de naissance lors de son établissement ou postérieurement. Le timbre humide comporte, pour sa part, au sein du mot " Travail " qui, avec les mots " Unité " et " Progrès " compose la devise de la République du Congo, un écart insolite entre les lettres consécutives " r " et " a " non compatible avec la gravure d'un tampon officiel. Aucune explication n'est, à cet égard non plus, apportée. Si cette dernière non-conformité ne serait pas, à elle-seule, de nature à ôter toute véracité aux mentions portées dans l'acte, elle constitue, ajoutée aux altérations substantielles mentionnées plus haut, des indices d'une falsification. En ayant conclu en ce sens, l'autorité administrative était donc fondée à estimer qu'elle n'était ni en mesure d'établir ni identité ni l'âge de l'intéressée au moment où elle a été prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. La circonstance qu'un duplicata d'acte de naissance, au demeurant établi à une date non déterminée, a été versé au dossier le 9 août 2023 et qu'une carte d'identité consulaire et qu'un passeport biométrique ont été remis à l'intéressée est sans incidence en l'espèce sur l'appréciation portée sur la validité de l'acte d'état civil falsifié produit, lequel a précisément servi à établir ces duplicata, carte d'immatriculation et document de voyage. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime apporte la preuve, qui lui incombe, de ce qu'il n'était pas à même de délivrer un titre de séjour à la requérante.

3. Dès lors qu'un titre de séjour constitue un titre de police et de circulation qui ne peut être remis qu'à une personne dont l'identité est établie, le préfet de Seine-Maritime était fondé à estimer qu'il ne pouvait délivrer un titre de séjour, sur quelque fondement que ce soit, à la requérante au seul motif qu'elle ne justifiait pas de son état civil. Les autres moyens soulevés par elle contre le refus de titre de séjour sont donc inopérants.

4. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée dès lors qu'elle repose sur un refus de séjour qui comporte lui-même les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La mesure d'éloignement repose, ainsi qu'il résulte des motifs qui précèdent, sur une décision de refus de séjour qui n'est pas entachée d'illégalité. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas en situation de se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Compte tenu de l'incertitude portant sur son identité et son âge, la circonstance que le parcours scolaire de la requérante ait été exemplaire ne suffit pas à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations invoquées de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors même que les services départementaux l'ont prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance et ont prolongé cette prise en charge par la souscription d'un contrat jeune majeur. Pour les mêmes motifs, l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas établie par les pièces du dossier.

5. En dernier lieu, la décision fixant le pays de destination, qui est suffisamment motivée dès lors qu'elle mentionne la nationalité de l'intéressée et l'absence de risques avérés de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine au sens de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne repose pas sur une mesure illégale d'obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A, se disant Jumelcia Asmath Babassana Toukanou, à Me Joseph Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

P. MINNE L'assesseur le plus ancien,

T. DEFLINNE

Le greffier,

N. BOULAY

N°230212

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