mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302124 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | CASTOR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés le 25 mai 2023, 8 juin 2023, 22 juillet 2023 et le 4 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Castor, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle dans le délai de huit jours, le stout sous astreinte journalière de 100 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Castor au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Le requérant soutient que :
* le refus de séjour :
- est entaché d'incompétence de son auteur ;
- est insuffisamment motivé ;
- procède d'un défaut d'examen particulier de situation ;
- méconnaît son droit d'être entendu ;
- est entaché d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil et de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
* l'obligation de quitter le territoire français :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- méconnaît son droit de séjourner de plein droit ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
* la décision fixant le pays de renvoi :
- est entachée d'incompétence de son auteur ;
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale.
Par un mémoire en défense et un mémoire en réplique, enregistrés le 20 juin 2023 et le 9 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- la requête, tardive, est irrecevable ;
- aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- la décision du 18 septembre 2023 rejetant la demande d'aide juridictionnelle de M. B ;
- l'ordonnance du 5 octobre 2023 fixant la clôture de l'instruction au 20 octobre 2023 à 12 h ;
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les observations de Me Castor, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le requérant, se disant ressortissant sénégalais né le 31 décembre 2003, est entré irrégulièrement en France le 30 mai 2019, et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance à compter du 20 septembre 2019. Le 6 décembre 2021, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 31 mars 2023 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination.
Sur le refus de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été pris par M. D C, qui disposait, en qualité de directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, d'une délégation de signature à cet effet du préfet de la Seine-Maritime par arrêté du 30 janvier 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 76-2023-009 de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué cite l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile appliqué en l'espèce à la demande du requérant et comporte une analyse de sa situation personnelle au regard de ces dispositions relatives à l'admission au séjour des étrangers jeunes majeurs ayant été confiés à l'aide sociale à l'enfance. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de refus de séjour du 31 mars 2023 doit être écarté.
4. En troisième lieu, eu égard en particulier aux motifs de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé.
5. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne est inopérant à l'encontre de la décision de refus de séjour attaquée, laquelle n'est pas régie par le droit de l'Union européenne.
6. En cinquième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont également inopérants dès lors que le requérant n'a pas saisi l'autorité administrative d'une demande de titre de séjour sur ces fondements, que ladite autorité n'a pas non plus examinés spontanément.
7. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. "
8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas obtenu de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " métiers de l'agriculture " qu'il préparait lorsqu'il était pris en charge pendant sa minorité supposée. Aucune justification du suivi des années de ce CAP n'est produite. Aucune preuve de ce que l'intéressé a été confronté à des difficultés pour suivre les enseignements en dehors des périodes d'apprentissage n'est apportée. La circonstance que, ayant donné satisfaction à son maître d'apprentissage, il a été recruté par ce dernier en qualité d'ouvrier agricole polyvalent ne suffit pas à considérer comme remplie la condition du caractère réel et sérieux du suivi de la formation prescrite par les dispositions législatives précitées dès lors que l'objectif poursuivi par le législateur vise notamment à émanciper les anciens mineurs isolés, notamment par une formation sanctionnée par un diplôme. En outre, aucun avis d'une structure d'accueil ou d'un accompagnant social n'est versé au dossier. Par ailleurs, après avoir indiqué, lors de son audition par le juge des tutelles des mineurs du 18 janvier 2021, que sa mère était décédée, il a présenté au préfet un jugement supplétif d'acte de naissance du 9 juin 2021 du tribunal d'instance de Sedhiou qui mentionne, en contradiction directe avec les déclarations faites devant le juge des tutelles français, qu'il a été rendu sur une requête écrite du 13 avril 2021 de sa mère. Il s'ensuit que l'intéressé n'est pas sans lien avec sa famille restée au Sénégal. Par suite, au seul motif que l'intéressé ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a légalement justifié sa décision.
9. En septième lieu, ainsi qu'il résulte du point 8, le requérant, célibataire, sans charge de famille, n'est pas sans attache dans son pays d'origine. La circonstance qu'il ait été recruté en qualité d'ouvrier agricole ne caractérise pas une insertion sociale ou une intégration telle qu'en ayant refusé de lui délivrer une carte de séjour, le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En dernier lieu, aucun des éléments de la situation personnelle de l'intéressé analysé ci-dessus ne caractérise une erreur manifeste d'appréciation.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la mesure d'éloignement attaquée doit être écarté pour le motif énoncé au point 2.
12. En second lieu, pour les motifs énoncés aux points 2 à 10, les moyens tirés de ce que l'obligation de quitter le territoire français attaquée méconnaît le droit du requérant d'obtenir un titre de séjour de plein droit, de l'illégalité de la décision de refus de séjour qui lui a été opposée, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas fondés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision fixant le pays de destination attaquée doit être écarté pour le motif énoncé au point 2.
14. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui mentionne la nationalité du requérant et indique qu'il n'est pas susceptible d'être en butte à des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est suffisamment motivée.
15. En troisième lieu, pour les motifs énoncés aux points 11 et 12, la décision fixant le pays de destination ne repose pas sur une obligation de quitter le territoire français illégale.
16. En quatrième lieu, en l'absence de précision apportée par le requérant quant aux risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auxquelles renvoient les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
17. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée n'est pas établie.
18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Anna-Laurine Castor et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
Le président-rapporteur,
P. MINNE L'assesseur le plus ancien,
T. DEFLINNE
Le greffier,
N. BOULAY
N°2302124
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026