mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302167 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2023 et maintenue le 12 juin 2023, M. C B A, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 mai 2023 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil (CMA) ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir ses CMA dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de sept jours à compter de la décision à intervenir, le tout sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, subsidiairement de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B A soutient que la décision :
- souffre d'une motivation insuffisante ;
- n'a pas été adoptée à la suite d'une procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- n'a pas été précédée d'un entretien relatif à sa vulnérabilité ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter ses observations ;
- n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;
- repose sur des faits inexacts dès lors qu'il conteste ne pas avoir respecté les exigences des autorités chargées de l'asile ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- repose sur une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 25 mars 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.
L'office soutient que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision du 28 juin 2023 par laquelle M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,
- et les observations de Me Vérilhac, représentant M. B A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant somalien né le 1er janvier 1993, a sollicité l'asile en France le 25 avril 2023 et a, le même jour, accepté les CMA proposées par l'OFII. Par la décision attaquée du 12 mai 2023, l'OFII a mis fin au bénéfice de ces CMA.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision attaquée est fondée sur le motif tiré de ce que M. B A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de présenter les informations utiles à l'instruction de son dossier de demande. Toutefois, s'il ressort de la notice d'information complétée le 25 avril 2023 signée par l'intéressé que ce dernier a refusé que ses empreintes digitales soient relevées, il ressort des propres mentions portées par l'administration que le défaut de relevé des empreintes est en réalité dû à leur caractère altéré. Il ressort ainsi des pièces du dossier que les services de l'asile ont été dans l'incapacité de relever ses empreintes digitales du fait de leur altération. Cette seule circonstance ne permet pas de regarder l'intéressé comme ayant refusé que ses empreintes soient relevées ou de fournir les informations nécessaires. Dans ces conditions, le motif de la décision attaquée tiré de la méconnaissance du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est entaché d'erreur de fait. Ce moyen doit, par suite, être accueilli.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B A est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 mai 2023 par laquelle l'OFII a mis fin aux CMA dont il bénéficiait.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Le présent jugement, qui annule la décision mettant fin aux CMA, implique, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, eu égard aux motifs sur lesquels il est fondé, que l'OFII rétablisse M. B A dans ses droits au bénéfice des CMA et lui verse en conséquence l'allocation pour demandeur d'asile de manière rétroactive. Il résulte de l'instruction que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 2 février 2024. Dans ces conditions, il y a seulement lieu, par suite, d'enjoindre à l'OFII de procéder à ce rétablissement, pour la période du 12 mai 2023 au 2 février 2024. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
5. L'Etat n'étant pas partie au litige, les conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à sa charge au titre de frais liés au litige ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 12 mai 2023 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a mis fin aux CMA de M. B A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir M. B A dans ses droits au bénéfice des CMA pour la période du 12 mai 2023 au 2 février 2024 dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, à la SELARL Eden Avocats et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.
Le rapporteur,
signé
T. DEFLINNE
Le président,
signé
P. MINNE
Le greffier,
signé
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N. BOULAY
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026