mercredi 6 août 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302209 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | MASSARDIER JULIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juin 2023, M. B A, représenté par Me Massardier, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 avril 2023 par laquelle la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a rejeté son recours contre la décision du président de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre du 27 mars 2023 relative à la procédure 2023000164, prononçant à son encontre une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut, de lui verser cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors que le compte-rendu d'incident ne mentionne pas le nom de l'agent rédacteur si bien qu'il ne peut pas être vérifié qu'il a été rédigé par un agent de l'administration pénitentiaire ayant prêté serment, que cet agent n'a pas siégé dans la commission de discipline, ni qu'il était témoin des incidents ;
- la décision de sanction est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 223-1 du code pénitentiaire dès lors qu'il n'est pas établi que les surveillants disposaient des autorisations nécessaires pour écouter les conversations téléphoniques, qu'il n'a pas été informé du motif de sa mise sous surveillance et que sa mise sous écoute était disproportionnée ;
- la décision de sanction est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'elle se fonde sur les dispositions du code de procédure pénale qui n'étaient plus en vigueur ;
- la décision de sanction est fondée sur des dispositions relatives aux interceptions téléphoniques en détention qui méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de sanction est entachée de disproportion.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2025, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la décision pouvait être fondée, par substitution de base légale, sur le fondement des dispositions du code pénitentiaire ;
- les moyens de la requête de M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision 28 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code pénitentiaire ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a été incarcéré au centre pénitentiaire du Havre. Par une décision du 27 mars 2023 du président de la commission de discipline de cet établissement, il a fait l'objet d'une sanction de vingt jours de cellule disciplinaire. M. A a formé un recours préalable obligatoire contre cette décision le 3 avril 2023. La directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes a, d'une part, annulé la décision du 27 mars 2023 par laquelle le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre lui a infligé une sanction disciplinaire au titre de la procédure 2023000163, et d'autre part, confirmé la sanction disciplinaire infligée le même jour au titre de la procédure 2023000164, les deux sanctions ayant été confondues par le président de la commission de discipline. M. A demande l'annulation de la décision rejetant son recours administratif préalable formé contre la sanction du 27 mars 2023 au titre de la procédure 2023000164.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 234-12 du code pénitentiaire : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ".
3. M. A soutient que, conformément à ce que prévoit notamment la circulaire du 9 juin 2011 relative au régime disciplinaire des détenus, le compte-rendu d'incident doit préciser, en principe, le nom et le prénom de l'agent des services pénitentiaires qui l'a rédigé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le compte-rendu d'incident du 22 mars 2023 a été rédigé à 10h16, par un surveillant dont les initiales étaient " J.J " qui l'a rédigé après avoir retranscrit les propos lors des écoutes téléphoniques. En outre, le surveillant qui a siégé à la commission de discipline porte un nom partiellement anonymisé dont les initiales sont " P.R. ", qui ne correspondent pas aux initiales de l'agent auteur du compte rendu d'incident. Ces seules mentions, en l'absence de contradiction sérieuse, sont par ailleurs suffisantes pour établir la qualité d'agent de l'administration pénitentiaire du rédacteur du compte rendu d'incident, réputé avoir prêté serment. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure dès lors que le nom du rédacteur du compte-rendu d'incident du 22 mars 2023 n'étant pas mentionné, il n'est pas possible de s'assurer de la régularité de la procédure, doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article de L. 345-5 du code pénitentiaire : " Les personnes détenues ont le droit de téléphoner aux membres de leur famille. Elles peuvent être autorisées à téléphoner à d'autres personnes pour préparer leur réinsertion. / L'accès au téléphone peut être refusé, suspendu ou retiré, pour des motifs liés au maintien du bon ordre et de la sécurité ou à la prévention des infractions. / Le contrôle des communications téléphoniques est effectué conformément aux dispositions des articles L. 223-1 à L. 223-5. " Et aux termes de l'article L. 223-1 du code pénitentiaire : " Aux fins de prévenir les évasions et d'assurer la sécurité et le bon ordre au sein des établissements pénitentiaires ou des établissements de santé destinés à recevoir des personnes détenues, le garde des sceaux, ministre de la justice, peut autoriser les agents individuellement désignés et habilités de l'administration pénitentiaire à : /1° Intercepter, enregistrer, transcrire ou interrompre les correspondances de personnes détenues émises par la voie des communications électroniques et autorisées en détention, à l'exception de celles avec leur avocat, et conserver les données de connexion y afférentes ; / 2° Accéder aux données stockées dans un équipement terminal ou un système informatique qu'utilise une personne détenue et dont l'utilisation est autorisée en détention, les enregistrer, les conserver et les transmettre./ Les personnes détenues et leurs correspondants sont informés au préalable des dispositions du présent article./ L'autorisation est délivrée pour une durée maximale d'un an, renouvelable. "
5. En l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire sur les détenus, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. La conformité de l'écoute téléphonique aux dispositions de l'article L. 223-1 du code pénitentiaire ne conditionne pas la validité des preuves recueillies lors de ces écoutes. Par suite, M. A ne peut se prévaloir utilement de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 223-1 du code pénitentiaire. En tout état de cause, le règlement intérieur du centre pénitentiaire indique clairement que les conversations téléphoniques peuvent, en principe, être écoutées, enregistrées et interrompues dans le but de prévenir les évasions et d'assurer la sécurité et le bon ordre.
6. En troisième lieu, la circonstance que les dispositions législatives et règlementaires relatives aux écoutes en détention méconnaitraient l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elles ne précisent pas suffisamment les conditions dans lesquelles l'autorité compétente accorde une autorisation pour procéder à l'interception de communications téléphoniques est, compte tenu de ce qui vient d'être exposé, sans influence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que cette décision se fonde non pas sur lesdites dispositions relatives aux interceptions en détention mais exclusivement sur les dispositions du code pénitentiaire relatives à la qualification de faute disciplinaire et à la sanction afférente en cas d'insultes, de menaces et de propos outrageants.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision prise par la présidente de la commission de discipline du centre pénitentiaire du Havre vise des articles du code de procédure pénale qui étaient abrogés depuis le 1er mai 2022, du fait de l'entrée en vigueur de l'ordonnance n° 2022-478 du 30 mars 2022 portant partie législative du code pénitentiaire et du décret n° 2022-479 du 30 mars 2022 portant partie réglementaire du code pénitentiaire. Toutefois, la décision du 28 avril 2023 prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire devant la directrice interrégionale des services pénitentiaires de Rennes s'est substituée à la décision initiale et est fondée sur le code pénitentiaire. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté comme inopérant.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement, d'une personne en mission ou en visite au sein de l'établissement pénitentiaire ou des autorités administratives ou judiciaires ; " Aux termes de l'article R. 235-12 du code pénitentiaire : " La durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. /Cette durée peut être portée à trente jours lorsque : / 1° Les faits commis constituent une des fautes prévues par les dispositions des 1°, 2° et 3° de l'article R. 232-4 ; / 2° Les fautes prévues par les dispositions des 4° et 7° de l'article R. 232-4 ont été commises avec violence physique contre les personnes. "
9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont établis, s'ils constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
10. M. A a été sanctionné pour avoir, le 20 mars 2023 au cours d'une conversation téléphonique avec sa mère, faisant l'objet d'une écoute par l'administration pénitentiaire ainsi que le permet l'article L. 223-1 du code pénitentiaire, tenu des propos menaçants et insultants à l'encontre de membres du personnel pénitentiaire. M. A reconnait avoir tenu de tels propos. Les transcriptions de ces conversations démontrent que M. A savait qu'il était écouté et s'adressait même à la surveillante assurant l'écoute téléphonique. En conséquence, alors même qu'ils n'ont pas été proférés publiquement, ces propos ont été formulés dans l'intention qu'ils soient rapportés aux personnes intéressées. Il s'agit dès lors d'insultes et menaces formulés à l'encontre de membres du personnel de l'établissement au sens de l'article R 232-4 du code pénitentiaire. En outre, l'intéressé a déjà été sanctionné pour des faits d'insulte le 15 février 2021, pour des faits de détention d'objets interdits en détention le 1er septembre 2021 et le 24 août 2022 et était poursuivi, à la date de la décision attaquée, pour d'autres faits d'insulte pour lesquels il a fait l'objet d'une sanction disciplinaire de 14 jours de confinement en cellule disciplinaire le 14 avril 2023. Dans ces conditions, compte tenu des antécédents et de la nature des faits reprochés à M. A, qui incluent notamment des menaces de mort à l'encontre des membres du personnel pénitentiaire, le moyen tiré de la disproportion de la sanction ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, l'instance n'ayant pas entraîné de dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des sceaux ministre de la justice et à Me Massardier.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
M. Bellec, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2025.
La rapporteure,
signé
B. Esnol
La présidente,
signé
C. Galle La greffière,
signé
A. Hussein
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.2
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026