vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302347 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | HUON CHRISTIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 12 juin 2023, 22 février et 16 mai 2024, Mme A B, représentée par la SELARL Bestaux Bonvoisin Matray, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie, ensemble la décision du 6 avril 2023 rejetant son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie, de la placer en congé pour invalidité temporaire de service à compter du 13 juin 2020 et de prendre en charge, à ce titre, les frais de santé qu'elle a exposés depuis cette date, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 10 novembre 2023 et 20 mars 2024, la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville, représentée par la SELARL Huon et Sarfati, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le moyen de la requête n'est pas fondé.
La requête a été communiquée à l'EHPAD Le Moulin des prés, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Matray, représentant Mme B, et de Me Huon, représentant la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville.
L'EHPAD Le Moulin des prés n'était pas présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, adjointe administrative territoriale, a été recrutée par voie de mutation, à compter du 1er juillet 2019, par la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville pour occuper l'emploi de secrétaire de mairie. En arrêt de travail dans le cadre d'un " syndrome anxiodépressif d'allure réactionnelle " à compter du 13 juin 2020, prolongé jusqu'au 13 novembre 2021, elle a été placée en congé de longue maladie sur cette période par un arrêté du 8 juin 2021, puis en congé de longue durée sur cette même période, par un arrêté du 10 janvier 2022, prolongé jusqu'au 30 juin 2023. Elle a enfin été placée, à sa demande, en disponibilité pour convenances personnelles, à compter du 1er juillet 2023 pour une durée de cinq ans. Par un arrêté du 4 janvier 2024, Mme B a été réintégrée à compter du 1er février 2024, puis par un arrêté du 5 janvier 2024, radiée des effectifs à la même date, en raison de sa mutation à l'EHPAD Les Moulins des prés. Le 25 janvier 2022, Mme B avait auparavant sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de sa maladie. Après expertise médicale tenue le 5 septembre 2022 et avis défavorable du 10 novembre 2022 du conseil médical et par l'arrêté attaqué du 21 décembre 2022, le maire de la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville a rejeté cette demande. Par un courrier du 13 février 2023, l'intéressée a formé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par une décision du 6 avril 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique : " () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article 37-8 du décret du 30 juillet 1987 susvisé : " Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa du même IV est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale ". Ce taux est fixé par ce dernier article à 25 %.
3. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
4. Pour refuser de reconnaître, par l'arrêté attaqué, l'imputabilité au service de la maladie de Mme B, le maire de la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville a estimé, au vu de l'avis du conseil médical du 10 novembre 2022, que la pathologie déclarée de l'intéressée n'était pas essentiellement et directement causée par l'exercice de ses fonctions mais qu'elle trouvait sa cause dans la personnalité et le comportement de cette dernière, qui préexistaient à son recrutement par la commune.
5. Toutefois et d'une part, pour établir l'existence d'un climat de travail dégradé, Mme B produit quatre attestations émanant d'anciens agents de la commune, dont certains l'ayant quittée en raison dudit climat, en particulier de deux personnes ayant précédemment occupé les fonctions de l'intéressée. Ces attestations décrivent, de manière concordante et circonstanciée, le comportement du maire comme " autoritaire ", " vindicati[f] ", malveillant, " toxique, de mauvaise foi, manipulatrice " ou " trouva[nt] toujours à redire ", et témoignant d'un " besoin de tout savoir, tout contrôler, soupçonner les agents de manquements professionnels mais aussi d'actes répréhensibles ". Un agent retraité témoigne que, pour Mme B, " le harcèlement était devenu quotidien ". De plus, un ancien agent, précédemment sur le même emploi que Mme B et l'ayant quitté après une année, indique en particulier être " sûre " qu'elle aurait été " dans le même état psychologique de détresse () si [elle] étai[t] restée plus longtemps ". Enfin, un autre ancien agent, ayant également occupé cet emploi et dont le comportement du maire a suscité son départ, certifie que, si elle n'a pas connu les mêmes problématiques, elle relate " l'univers malsain qui règne à la mairie " et a été " témoin [de son] comportement critique et suspicieux ", " de son omniprésence au sein des bureaux perturbant le fonctionnement " des services et de son " souhait de punir les agents en diminuant les primes versées ", et de ses répercussions importantes sur les agents. De surcroît, le stress subi au travail est corroboré par l'attestation de l'adjoint au maire, chargée des relations humaines, qui a proposé la mise en œuvre d'un plan d'actions, comprenant notamment l'engagement du maire de ne plus " s'ingérer " dans son travail et " d'entrer intempestivement dans son bureau ". Par ailleurs, les documents médicaux produits, émanant en particulier d'un médecin du travail et du médecin de prévention du centre de gestion, qui ne se bornent pas à relater les dires de Mme B, constatent l'existence manifeste " d'un syndrome dépressif, épuisement physique et psychologique " avec " tensions ++ au travail " et la nature réactionnelle de ce syndrome aux conditions de travail. Le médecin du travail a en particulier, relevé, dans un avis du 20 avril 2022, que, " à [s]on avis ", le syndrome anxiodépressif présenté par Mme B " autorise à une reconnaissance en maladie professionnelle hors tableau. Il en a été de même et d'un médecin psychiatre et du médecin expert, ainsi que cela ressort du rapport de ce dernier établi le 8 septembre 2022. C'est également ce qu'avait relevé une partie des membres de la commission de réforme dans son avis du 3 décembre 2020 alors qu'elle statuait sur la demande, tardive, de reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident subi par l'intéressée, qui avait relevé que " les certificats médicaux et les témoignages de l'agent ne permettent pas de confirmer que l'état de santé actuel de l'agent soit en lien unique avec l'événement du 10/06/2020 ". Enfin, dans son arrêté du 8 décembre 2020 refusant de reconnaître cette imputabilité, le maire de la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville avait d'ailleurs indiqué que " la pathologie dont souffre Madame A B doit être regardée comme la conséquence () d'une situation conflictuelle préexistante () ". En se bornant à produire l'attestation d'une stagiaire, devenue agent de la commune et les attestations versées à l'instance par Mme B annotées de brefs commentaires de son maire, la commune ne contredit pas de manière probante les allégations de l'intéressée. Dans ces conditions, celle-ci démontre l'existence d'un contexte professionnel pathogène ayant conduit à une dégradation de ses conditions de travail et établit ainsi que sa pathologie trouve sa cause de manière directe dans l'exercice de ses fonctions.
6. D'autre part, à la supposer même établie par les attestations respectives d'une part, de l'ancien employeur de Mme B, et d'autre part, par le maire de la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville et son adjoint, chargé des ressources humaines, l'insuffisance professionnelle de l'intéressée n'est pas au nombre des circonstances de nature à détacher la survenance de sa maladie du service.
7. Par suite de ce qui vient d'être dit et alors au demeurant que la commune indique expressément, dans ses écritures, ne pas invoquer " la préexistence d'un état antérieur dépressif ", qui ne ressort d'ailleurs pas des pièces du dossier, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique doit être accueilli.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel maire de la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie, ensemble la décision du 6 avril 2023 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Compte tenu du motif fondant l'annulation de l'arrêté attaqué et alors qu'il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté par la commune, que, au terme de l'expertise conduite le 5 septembre 2022, le médecin expert a estimé que la pathologie de Mme B impliquait un taux d'incapacité permanente de 30 %, avis que s'est appropriée une partie des membres du conseil médical, l'exécution du présent jugement implique la reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de l'intéressée. Il y a dès lors lieu d'enjoindre à la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville d'y procéder et de placer Mme B en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 13 juin 2020 au 30 juin 2023 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville et non compris dans les dépens. Il n'y a en revanche lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de cette dernière une somme au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 21 décembre 2022 du maire de la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville est annulé, ensemble la décision du 6 avril 2023 rejetant le recours gracieux de Mme B.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville de reconnaître la maladie de Mme B comme imputable au service et de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 13 juin 2020 au 30 juin 2023, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.
Article 3 : La commune de Saint Aubin-d'Ecrosville versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Saint-Aubin-d'Ecrosville.
Copie en sera adressée, pour information, à l'EHPAD Le Moulin des prés.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Armand, premier conseiller,
M. Cotraud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
Signé : J. Cotraud
La présidente,
Signé : C. Van MuylderLe greffier,
Signé : J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026