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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302395

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302395

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.- Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, sous le n° 2302374, Mme B C épouse D, représentée par Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 28 février 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en toute hypothèse sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable, pour avis, de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme C épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.

II.- Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, sous le n° 2302395, M. E, représenté par Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 28 février 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, en toute hypothèse sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine préalable, pour avis, de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,

- et les observations de Me Mary, représentant M. et Mme D.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes nos 2302374 et 2302395, qui concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. Mme B C épouse D, ressortissante géorgienne née le 19 février 1987, et M. A D, son époux, né le 14 février 1984 et de même nationalité, sont entrés en France le 18 février 2013 munis de passeports revêtus d'un visa de court séjour. Le 6 septembre 2013, ils ont déposé une demande d'asile, rejetée par une décision du 20 février 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 8 octobre 2015 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 24 novembre 2015, M. et Mme D ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile. Par deux arrêtés du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour. Par deux jugements nos 1602307 et 1602308 du 26 avril 2018, le tribunal administratif de Rouen a annulé ces deux arrêtés et enjoint au préfet de leur délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de leur situation. Par une décision du 23 juin 2016, confirmée par une décision du 8 juillet 2016 de cette même cour, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté la demande de réexamen de la demande d'asile du couple. Par arrêtés du 29 janvier 2018, le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation aux intéressés de quitter le territoire français. Par deux jugements nos 1800495 et 1800496 du 26 avril 2018, le tribunal administratif de Rouen a rejeté leurs recours contre ces arrêtés. Le 14 janvier 2019, M. et Mme D ont sollicité un titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par arrêtés du 14 octobre 2019, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et leur a fait obligation de quitter le territoire français. Par deux jugements nos 1904607 et 1904608 du 3 mars 2020, le tribunal administratif de Rouen a rejeté les recours des intéressés contre ces arrêtés. Le 21 janvier 2022, le couple a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code précité. Par arrêtés du 27 janvier 2022, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de trois ans. Par deux jugements nos 2200489 et 2200490 du 9 juin 2022, confirmés par deux ordonnances nos 22DA02112 et 22DA02113 du 21 décembre 2022 de la présidente de la 3ème chambre de la cour administrative d'appel de Douai, le tribunal administratif de Rouen a annulé ces arrêtés en tant qu'ils portent interdiction de retour et a rejeté le surplus des conclusions de ses recours contre ces arrêtés. Le 24 février 2023, M. et Mme D ont sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 précité. Par les deux décisions attaquées du 28 février 2023, le préfet a rejeté cette demande.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 38 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " La contribution versée par l'Etat est réduite, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat, lorsqu'un avocat ou un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation est chargé d'une série d'affaires présentant à juger des questions semblables ". Aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire, de 40 % pour la troisième, de 50 % pour la quatrième et de 60 % pour la cinquième et s'il y a lieu pour les affaires supplémentaires ".

4. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 1, les requêtes nos 2302374 et 2302395 concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers qui, assistés d'un même avocat, conduisent à trancher des questions semblables, la part contributive de l'Etat sera réduite de 30 % dans l'instance n° 2302395 en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; () ".

6. Il est constant que M. et Mme D sont entrés régulièrement en France le 18 février 2013, où leur second enfant est né le 6 août 2013. Il ressort des pièces du dossier qu'étaient joints à leur demande de titre de séjour des certificats de scolarité " de 2016 à 2023 " concernant cet enfant ainsi que la copie du titre de séjour délivré, le 28 janvier 2022, après sa majorité, à l'aîné de leurs enfants, né le 28 août 2003. Toutefois, si les multiples démarches effectuées, rappelées au point 2, en vue de régulariser leur situation, attestent de leur présence à ces différentes occasions, M. et Mme D, en se bornant à verser à l'instance, pour la période antérieure aux décisions attaquées, les récépissés de demande de titre de séjour qui leur ont été respectivement délivrés les 25 août et 22 septembre 2015, ne démontrent pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Par suite, et alors même que le préfet, qui disposait d'une copie de l'ancien passeport des intéressés, a indiqué en défense que ces derniers avaient " refus[é] d'exécuter les mesures prises à leur encontre " depuis, pour la première, le 29 janvier 2018, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie, au regard du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 précité, doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. et Mme D ne verse à l'instance aucune pièce de nature à démontrer les attaches dont ils disposent en France, ni même leur insertion socio-professionnelle, les contrats et bulletins de salaire produits se rapportant à une période postérieure aux décisions attaquées. Par suite, en dépit de l'ancienneté de présence alléguée et alors même que leur fils aîné est désormais en situation régulière, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

10. Les décisions attaquées n'ont pas pour objet, ni pour effet de séparer M. et Mme D de leur enfant encore mineur, ni même de prononcer leur éloignement du territoire français. Les intéressés n'apportent en outre aucune précision quant au déroulement de la scolarité de cet enfant, dont il n'est pas allégué qu'il existerait un obstacle à sa poursuite dans leur pays d'origine, fût-il né en France.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de M. et Mme D.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 28 février 2023 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La contribution versée par l'Etat est réduite dans les conditions fixées au point 4 du jugement dans l'instance n° 2302395.

Article 2 : Les requêtes nos 2302374 et 2302395 de M. et Mme D sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse D, à M. A D, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 11 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. Cotraud, premier conseiller,

Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 26 juillet 2024.

Le rapporteur,

J. Cotraud

La présidente,

C. Van MuylderLe greffier,

J.-B. Mialon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2302374 ; 2302395

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