mardi 21 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302399 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | ELATRASSI-DIOME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2023, M. A B, représenté par Me Elatrassi-Diome, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un certificat de résidence mention " étudiant " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au profit de son avocate en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à son propre profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- l'ordonnance du 8 août 2023 fixant la clôture de l'instruction au 6 octobre 2023 à 12h ;
- les autres pièces du dossier.
Des pièces complémentaires produites par M. B, enregistrées le 3 novembre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'ont pas été communiquées.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller,
- et les observations de Me Elatrassi, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 26 juillet 2001, est entré en France le 2 avril 2019, muni d'un visa de long séjour portant la mention " mineur scolarisé ". Il s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire mention " étudiant ", valable du 24 octobre 2019 au 23 octobre 2020, laquelle a été renouvelée jusqu'au 23 octobre 2022. Le 16 octobre 2022, M. B a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 17 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 28 décembre 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil spécial n° 76-2022-205 des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime, le préfet de ce département a donné délégation à Mme D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E C, directeur, les décisions de refus de séjour et les mesures d'éloignement des ressortissants étrangers. Il n'est pas établi ni même allégué que M. E C n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions des articles L. 422-1, L. 611-1 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il a été fait application à M. B. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, qui constituent le fondement des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces décisions doivent être écartés.
Sur le refus de séjour :
4. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. " Le renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant est ainsi subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études poursuivies.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été inscrit à l'université Rouen Normandie, au titre de de l'année 2018-2019, en première année d'une formation intitulée " portail physique, mécanique, physique-chimie ", pour laquelle il a été ajourné à la première session d'examens avec une moyenne de 5,383/20 ainsi qu'à la seconde session avec une moyenne de 3,874/20. Il s'est réorienté, au titre de l'année 2019-2020, en première année de licence " informatique, électronique, énergie électrique, automatique ", qu'il a validée au terme de la seconde session d'examens. Au titre des années 2020-2021 et 2021-2022, il a été inscrit en deuxième année de cette même licence, pour laquelle il a été ajourné la première année, puis déclaré défaillant à la première session d'examen de la deuxième année, et ajourné à la seconde session, avec par ailleurs la note de 0/20 dans de nombreuses matières. Enfin, au titre de l'année 2022-2023, M. B était inscrit dans l'établissement " CESI CFA Sup Campus " de Rouen, pour la préparation d'un diplôme de " gestionnaire en maintenance et support informatique " et a conclu, dans ce cadre, un contrat d'apprentissage d'une durée de deux ans avec la SAS E-Smartking. Si M. B explique son échec lors de sa première année d'études en France, ayant précédé sa première réorientation, par son entrée tardive sur le territoire, il n'apporte aucun élément de nature à justifier celle-ci, alors même qu'il ne conteste pas s'être vu délivrer un visa de long séjour valable à compter du 29 août 2018. S'il allègue que son échec en 2020-2021 est dû au contexte induit par la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, il se borne à cet égard à se prévaloir d'éléments généraux et impersonnels. Enfin, sa seconde réorientation au titre de l'année 2022-2023, si elle peut présenter une cohérence avec son parcours antérieur, n'est pas de nature à établir le caractère sérieux de la poursuite de ses études. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Seine-Maritime a considéré que M. B ne justifiait pas du sérieux de ses études. S'il soutient par ailleurs que le préfet de la Seine-Maritime aurait entaché d'erreur d'appréciation le motif tiré du non-respect de la durée de travail autorisée par son titre de séjour mention " étudiant ", il résulte de ce qui précède que l'autorité préfectorale était en tout état de cause fondée, pour le seul motif tiré de l'absence de sérieux des études, à refuser de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant.
6. En deuxième lieu, en se bornant à renvoyer à ses précédents moyens et arguments et à affirmer que le préfet de la Seine-Maritime aurait " commis plusieurs erreurs manifestes d'appréciation ", M. B n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
7. En dernier lieu, en se bornant à renvoyer à ses précédents moyens et arguments, sans indiquer en quoi l'autorité préfectorale n'aurait pas procéder à un examen particulier de sa situation personnelle, M. B n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, le requérant ne pouvait ignorer, en déposant une demande de titre de séjour, quand bien même celle-ci tendait au renouvellement de la carte de séjour temporaire dont il était titulaire, qu'il était susceptible, en cas de rejet de cette demande, de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, assortie d'une décision fixant le pays de destination. Il lui appartenait, dans le cadre de l'instruction de sa demande, de faire état de tout élément qu'il jugeait pertinent de porter à la connaissance de l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et, plus particulièrement, du droit d'être entendu, doit être écarté.
9. En deuxième lieu, si M. B se prévaut de la poursuite de ses études, dont il a été dit au point 5 que son caractère sérieux n'était pas établi, cette seule circonstance, qui ne lui donnait pas vocation à demeurer durablement sur le territoire, n'est pas de nature à justifier de ce qu'il aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels. Il ne fait par ailleurs état d'aucune insertion particulière en France, où il ne dispose d'aucune attache familiale. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas, en ayant obligé M. B à quitter le territoire français, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré du défaut d'examen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur le pays de destination :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et plus particulièrement du droit d'être entendu, doit être écarté.
13. En troisième lieu, si M. B soutient que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il se borne au soutien de ce moyen à alléguer des insuffisances relatives à son droit d'être entendu dans le cadre de l'instruction de sa demande et à la motivation de la décision litigieuse, si bien que ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, à supposer que le requérant ait entendu soutenir qu'il serait exposé à un risque pour sa vie ou sa liberté ou à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, il ne fait état d'aucun élément de nature à établir, ou à tout le moins à faire présumer, la réalité de tels risques.
14. En dernier lieu, le moyen, dirigé contre la décision fixant le pays de destination, tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Deflinne, premier conseiller,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.
Le rapporteur,
A. LE VAILLANT
Le président,
P. MINNELe greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026