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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302403

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302403

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302403
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 juin 2023, le 23 juin 2023 et le 6 octobre 2023, M. G A B, représenté par Me Elatrassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte journalière de 100 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A B soutient que :

* Le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'incompétence de son auteur ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- ne procède pas d'un examen particulier de sa situation.

* L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- méconnaît son droit d'être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- ne procède pas d'un examen particulier de sa situation.

* La décision fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- méconnaît son droit d'être entendu ;

- repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 juin 2023 et 16 octobre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 17 mai 2023 d'attribution de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 17 octobre 2023 fixant la clôture de l'instruction au 26 octobre 2023 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier, notamment celles versées le 26 juin 2023 par le préfet de la Seine-Maritime et le 26 octobre 2023 pour M. A B, ces dernières, parvenues après la clôture de l'instruction n'ayant pas été communiquées.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Elatrassi, pour M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant haïtien né le 2 juin 1985, est entré en France le 28 août 2020 muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " et a bénéficié jusqu'au 22 octobre 2022 de cartes de séjour en qualité d'étudiant. Par l'arrêté du 17 février 2023 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, Mme D F, directrice adjointe du directeur des migrations et de l'intégration, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime en date du 30 janvier 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2023-009 du même jour, à l'effet notamment de signer l'ensemble des décisions contestées, lesquelles relèvent des attributions de la direction des migrations et de l'intégration en cas d'absence ou d'empêchement de M. C, directeur. Le requérant n'établit pas que ce dernier n'était ni absent ni empêché. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral en litige reproduit les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont M. A B a demandé le bénéfice en qualité d'étudiant. Il mentionne également les considérations de fait, propres à l'intéressé, qui constituent le fondement du refus de séjour. La décision de refus de séjour étant suffisamment motivée, l'obligation de quitter le territoire français qui l'assortit l'est également. Enfin, l'arrêté mentionne la nationalité du requérant et mentionne que son retour dans son pays d'origine ne l'expose pas à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

Sur le refus de séjour :

4. En premier lieu, pour le motif énoncé au point 3, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative a manqué à son obligation d'examiner la situation particulière du requérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () " Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A B, entré en France en 2020, inscrit en première année de licence d'économie au titre de l'année 2020-2021, a été déclaré défaillant aux deux sessions d'examens. Il n'a pas davantage validé cette première année au titre de l'année universitaire 2021-2022. Il s'est inscrit pour la troisième fois en première année de licence d'économie au titre de l'année 2022-2023. S'il se prévaut de difficultés liées à la crise de la Covid-19, les éléments généraux qu'il invoque relatifs à l'impact de la crise sanitaire sur les étudiants ne sont pas suffisants pour expliquer ses échecs successifs et ce, alors qu'il est entré en France plusieurs mois après l'apparition de la pandémie. En outre, il ne peut utilement se prévaloir de la validation de sa première année de licence, moyennant la note de 10,5/20, postérieurement à la décision en litige. A cette dernière date, il ne justifiait donc pas du sérieux et de la progression de ses études. Par suite, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le refus de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiant méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans enfant, ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française même s'il est établi qu'il entretient des relations avec un frère, également étudiant demeurant en région parisienne. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont le préfet a fait spontanément application. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, le requérant ne pouvait ignorer, en déposant une demande de titre de séjour, qu'il était susceptible, en cas de rejet de celle-ci, de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartenait, dans le cadre de l'instruction de sa demande, de faire état de tout élément qu'il jugeait pertinent de porter à la connaissance de l'autorité administrative. M. A B ne fait en tout état de cause pas état des éléments qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet de la Seine-Maritime en l'espèce. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle du requérant n'aurait pas été examinée avec sérieux par l'autorité administrative.

10. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs mentionnés au point 7.

Sur le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, doit être écarté.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens, dirigés contre la décision fixant le pays de destination et tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. En quatrième lieu, M. A B se borne à soutenir que le préfet ne démontre pas en quoi sa vie et sa liberté ne seraient pas menacées en cas de retour dans son pays d'origine, sans apporter aucun élément relatif aux craintes dont il entendrait se prévaloir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation n'est pas établie.

16. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler sa carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A B, à Me Djehanne Elatrassi et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

P. MINNE L'assesseur le plus ancien,

T. DEFLINNE

Le greffier,

N. BOULAY

N°2302403

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