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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302617

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302617

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 29 juin 2023 et le 18 octobre 2023, Mme A D B C, représentée par Me Mukendi Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler sa carte de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer, dans l'attente du réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement, en toute hypothèse sous astreinte journalière de cent euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou, à titre subsidiaire, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B C soutient que :

* le refus de séjour :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'une erreur de droit et d'appréciation dans la mise en œuvre de l'article 9 de l'accord franco-gabonais ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

* L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité entachant le refus de séjour ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

* La décision portant fixation du pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- l'ordonnance du 19 octobre 2023 fixant la clôture de l'instruction au 26 octobre 2023 à 12 h ;

- la décision du 31 mai 2023 par laquelle Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention conclue le 2 décembre 1992 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Minne, président de chambre,

- et les observations de Me Mukendi Ndonki, pour Mme B C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante gabonaise née le 31 janvier 1996, est entrée en France le 31 mars 2021 munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour " étudiant " sur le fondement des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-gabonais. Par l'arrêté du 3 février 2023 attaqué, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays de destination.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. En vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte, en outre, des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée mais qu'elle n'a pas, lorsqu'elle assortit un refus de délivrance de titre de séjour, à faire l'objet d'une motivation spécifique.

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, l'obligation de quitter le territoire français qui assortit cette décision n'avait, dans ces conditions, pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Enfin, la décision fixant le Gabon comme pays de renvoi comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions contestées doit être écarté.

Sur la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. " Aux termes de l'article 12 de la même convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. " Aux termes de L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. () "

5. Pour l'application des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-gabonaise, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être regardé comme poursuivant effectivement en France des études.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B C a sollicité, au demeurant plusieurs mois après l'expiration, le 5 mars 2022, de sa dernière carte de séjour, la délivrance de ce même titre le 10 octobre 2022 en se prévalant de son inscription en 2ème année de BTS Gestion de la PME pour l'année universitaire 2022-2023. L'enseignement à distance dispensé par l'institut Enaco ne nécessite pas le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre, et la seule circonstance que des examens se dérouleraient en présentiel ne confère pas la qualité d'étudiant suivant ses enseignements sur le territoire national. Dans ces conditions, en ayant refusé la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-gabonaise ni commis d'erreur de droit dans leur application.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B C, entrée en France sous couvert d'un titre de séjour ne lui donnant pas vocation à s'établir durablement sur le territoire, est célibataire et sans charge de famille. Si elle indique que des membres de sa fratrie résideraient en France, elle ne justifie que de la présence de son frère et ne précise pas l'intensité des liens qu'elle entretiendrait avec ses proches parents. Par ailleurs, elle ne justifie pas qu'elle serait dépourvue de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine, où elle a vécu la majeure partie de son existence. Il suit de là que Mme B C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, outre ce qui vient d'être exposé, Mme B C ne justifie pas d'une insertion sociale significative. Par suite, en l'absence de tout autre élément susceptible de caractériser l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation personnelle de sa destinataire, le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur de cette nature doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour ne sont pas fondés, ainsi qu'il est dit aux points 2 à 8. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux analysés aux points 7 et 8, les moyens tirés de ce que la décision obligeant Mme B C à quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

11. Les moyens dirigés contre la décision de refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas fondés, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel Mme B C pourra être éloignée doit être écartée.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme B C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de renouveler sa carte de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B C, à Me Joseph Mukendi Ndonki et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

P. MINNEL'assesseure la plus ancienne,

H. JEANMOUGIN

Le greffier,

N. BOULAY

N°2302617

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