lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2302664 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 3P |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2023, M. C, représenté par me Iosca, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions des 8 février 2023, 23 juillet 2020, 10 juin 2021, 8 juin 2021, 4 août 2021 et 1er février 2023 par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré successivement 1, 1, 1, 1, 2 et 1 points de son permis de conduire et la décision du 15 avril 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer les points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;
Il soutient que :
- la procédure suivie est irrégulière;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête comme irrecevable s'agissant des conclusions dirigées contre le retrait de point consécutif à l'infraction du 23 juillet 2020 et au rejet au fond du surplus des conclusions.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. A, magistrat-désigné.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C demande au tribunal d'annuler les décisions de 8 février 2023, 23 juillet 2020, 10 juin 2021, 8 juin 2021, 4 août 2021 et 1er février 2023 par lesquelles le ministre de l'intérieur et des outre-mer a retiré successivement 1, 1, 1, 1, 2 et 1 points de son permis de conduire et la décision du 15 avril 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il ressort du relevé intégral d'information relatif au permis de conduire du requérant édité le 8 mars 2024 que le point retiré suite à l'infraction commise le 23 juillet 2020 a été restitué le 10 mai 2021, antérieurement à la date d'enregistrement de la requête de M. C. Les conclusions tendant à l'annulation de ce retrait sont donc irrecevables.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :
Sur les infractions commises les 1er et 8 février 2023 et 8 et 10 juin 2021 :
3. La délivrance au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaitre la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en constater la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.
4. Il ressort du relevé d'information intégral du requérant que M. C a payé les amendes forfaitaires relatives aux infractions susvisées relevées par radar automatique. Il découle de cette seule constatation que M. C a nécessairement reçu les avis de contravention pour ces infractions. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant, dès lors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci seraient inexacts ou incomplets. Dans ces conditions le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions de retrait de points prises à la suite de ces infractions l'auraient été au terme de procédures irrégulières.
S'agissant de l'infraction du 4 aout 2021 :
5. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.
6 . Il ressort de l'instruction que l'infraction susvisée a été constatée sur un outil dédié de type PDA ou tablette et que le requérant a procédé au paiement différé de l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction après avoir nécessairement reçu l'avis de l'amende forfaitaire à son domicile, sur lequel figure les informations requises par le code de la route. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :
7. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points dont est affecté le permis de conduire est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. Il résulte du même article que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive.
8. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier que le requérant a payé les amendes forfaitaires correspondant aux infractions susvisées. Dans ces conditions, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 précité du code de la route, et le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité de ces infractions doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin d'annulation de la requête doit être rejeté ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.
Le magistrat désigné,
signé
H. ALe greffier,
signé
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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