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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302668

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302668

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièces, enregistrés le 30 juin 2023 et le 22 août 2023, M. B A, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

* S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle n'a pas été adoptée après la saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle repose sur une procédure irrégulière car la fiche de la bibliothèque d'information sur le système de soins des pays d'origine, dite BISPO, relative à l'Algérie n'a pas été produite ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle n'a pas été adoptée à la suite d'un examen personnalisé de sa situation ;

- elle repose sur une erreur de droit car le préfet a méconnu sa propre compétence en n'examinant pas la possibilité de faire usage de son pourvoir de régularisation ;

- elle méconnaît les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien car les soins ne sont pas disponibles dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît tant les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien que celles de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle repose sur une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'a pas été précédée de l'avis de l'OFII sur la compatibilité de son état de santé avec son éloignement ;

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'absence de disponibilité des soins dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

* S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est, en raison de l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, dépourvue de base légale ;

- elle souffre d'une motivation insuffisante ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 21 juillet 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

L'OFII a produit des pièces ainsi qu'un mémoire en observations, enregistrés le 6 novembre 2023, le 7 novembre 2023 et le 20 novembre 2023.

Vu :

- la décision du 31 mai 2023 par laquelle M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a décidé de dispenser la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Deflinne, premier conseiller,

- et les observations de Me Madeline, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 28 septembre 1980, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 7 avril 2015. Il a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour le 17 avril 2020, complétée par courrier du 21 avril 2022 en raison de son état de santé. Par arrêté du 17 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer le titre sollicité et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours aux motifs que M. A ne justifiait pas d'une entrée régulière en France, qu'il s'était maintenu de façon irrégulière sur le territoire français durant plusieurs années, qu'il ne pouvait se prévaloir des orientations générales de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, qu'il ne justifiait pas d'un passeport en cours de validité ni d'un visa de long séjour, que son état de santé nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que des soins étaient disponibles dans son pays d'origine, que, célibataire et sans enfant, il ne justifiait pas de ses liens avec les membres de sa famille présents en France et n'établissait pas la nécessité de sa présence en France ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il ne justifiait pas d'une insertion professionnelle particulière, qu'il ne justifiait pas de ressources stables et régulières, qu'il ne remplissait aucune des conditions permettant la délivrance de plein droit d'un titre, que sa situation personnelle ne permettait pas de considérer qu'il serait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, que sa situation ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'examen de son dossier ne permettait pas d'envisager une régularisation à titre exceptionnel et dérogatoire et que rien ne s'opposait à ce qu'il fût obligé de quitter le territoire français. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ces décisions, prises après un examen particulier de la situation de M. A par le préfet de la Seine-Maritime au regard des éléments portés à sa connaissance, sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision contestée a été adoptée à la suite d'un avis émis par le collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison du défaut d'avis manque en fait.

4. En deuxième lieu, la circonstance que la fiche dite BISPO relative à l'Algérie n'ait pas été communiquée à l'intéressée est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite le moyen tiré de cette absence de communication doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que, contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité préfectorale a examiné la possibilité de faire usage du pouvoir de régularisation qu'elle détient même en l'absence de texte. Le moyen tiré de ce défaut d'examen doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, il appartient à la partie qui entend contester l'avis du collège des médecins de l'OFII faisant état de la disponibilité des soins d'apporter la preuve de leur indisponibilité. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que si les multiples troubles de santé dont est victime M. A de même que les conséquences que certains d'entre eux seraient susceptibles d'entraîner, ne sont pas contestés, le requérant ne justifie que de l'indisponibilité de certains médicaments et non des principes actifs nécessaires à ses traitements, et ne fait état, de façon générale, que des difficultés d'accès aux soins psychiatriques dans son pays d'origine. D'autre part, et au surplus, l'OFII fait état de façon précise et circonstanciée des caractéristiques liées à la disponibilité des divers soins nécessités par l'état de santé de l'intéressé en Algérie. Par suite, M. A n'apporte pas la preuve qui lui incombe de cette indisponibilité, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

7. En dernier lieu, M. A, qui serait entré sur le territoire français le 7 avril 2015, soutient que ses attaches privées et familiales sont en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'est entré en France qu'à l'âge de trente-quatre ans après avoir toujours vécu dans son pays d'origine. Il ne justifie pas avoir constitué de vie familiale en France, ni être particulièrement inséré socialement et professionnellement dans la société française. Si de nombreux membres de la famille de l'intéressé résident effectivement en France de façon régulière, le requérant n'apporte que peu de preuves des liens qui les unissent en produisant des attestations, pour certaines identiques, faisant état de sa présence aux fêtes familiales, alors, au demeurant, que la plupart d'entre eux réside en région parisienne et que l'intéressé lui-même demeure en centre médicalisé. Enfin, le caractère indispensable, en raison de son état de santé, de la présence à ses côtés des membres de sa famille qui résident en France n'est pas apporté. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de l'intéressé en France, il n'est pas établi que la décision en litige du préfet de la Seine-Maritime du 17 avril 2023 ait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'elle aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. La décision contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision contestée a été adoptée à la suite d'un avis émis par le collège des médecins de l'OFII relatif à la possibilité pour M. A de voyager. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie en raison du défaut d'avis relatif à cet élément manque en fait.

10. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les motifs exposés au point 6.

11. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les motifs exposés au point 7.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article 2 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () " Aux termes de l'article 3 du même instrument : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

14. Si M. A soutient que sa vie et sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine en raison des moindres traitements relatifs à son état de santé dont il pourrait disposer, il ressort des éléments exposés au point 6 qu'il n'apporte pas la preuve de l'indisponibilité des soins nécessités par ses pathologies alors, au contraire, que ceux-ci apparaissent comme disponibles. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée aurait été adoptée en méconnaissance des stipulations des articles 2 et 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

M. Deflinne, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

Le rapporteur,

signé

T. DEFLINNE

Le président,

signé

P. MINNE

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

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