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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2302771

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2302771

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2302771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2023, Mme B A , représentée par Me Bidault, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux et de son fils ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au bénéfice de son époux et de son fils ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que la décision en litige :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée pour la prendre ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2023, le préfet de la Seine- Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gaillard a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1.Mme A, ressortissante géorgienne titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " délivré en raison de son état de santé a sollicité le bénéfice du regroupement familial au profit de son époux et de son fils mineur. Par la décision contestée du 14 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ;/ 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial :() 3° Un membre de la famille résidant en France ".

3. Il appartient à l'autorité administrative de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'une décision refusant le bénéfice du regroupement familial demandé pour un membre de famille n'appartenant pas à l'une des catégories mentionnées par les textes rappelés au point 2 ne porte pas une atteinte excessive aux droits des intéressés au respect de leur vie privée et familiale et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 selon lesquelles "dans toutes les décisions qui concernent les enfants l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces principes s'appliquent, notamment, lorsque le ou les membres de famille au bénéfice duquel ou desquels le regroupement familial est sollicité se trouvent déjà sur le territoire français.

4. Pour rejeter la demande de Mme A, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur ce que sa " situation n'est pas éligible au regroupement familial " car sa " famille est déjà présente en France en situation irrégulière. Or, le regroupement familial ne peut être autorisé que lorsque les bénéficiaires sont encore dans leur pays d'origine ". Il ressort, ainsi, d'une part des termes de cette décision, d'autre part de l'absence de tout examen par son auteur de la vie privée et familiale de la requérante et de la situation de son fils, que le préfet s'est cru, à tort, tenu de rejeter la demande au motif que l'époux et le fils de Mme A résidaient déjà en France. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision qu'elle attaque est entachée d'erreur de droit et à en demander l'annulation pour ce motif, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre elle.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement mais seulement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de procéder à un réexamen de la demande de regroupement familial présentée par Mme A au bénéfice de son mari et de son fils, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au profit de Me Bidault, avocat de Mme A, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, sous réserve que Me Bidault renonce à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 14 avril 2023 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a rejeté la demande de regroupement familial présentée par Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder à un réexamen de la demande de regroupement familial présentée par Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bidault la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Bidault renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Nadejda Bidault et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La présidente-rapporteur,

A. GAILLARD

L'assesseur le plus ancien,

C. BOUVET

Le greffier,

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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