lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2303100 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 4 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 5 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation de l'Eure a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.
Il soutient que la jouissance en termes de tranquillité de son logement actuellement occupé n'est pas respectée par son bailleur social dès lors qu'il est soumis à des incivilités, des tapages diurnes et nocturnes, des bagarres et des dégradations quotidiennes des lieux communs et des voitures, dont la sienne récemment.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2024, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Van Muylder a été entendu au cours de l'audience publique, en présence de M. Mialon, greffier.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a saisi le 6 mai 2023 la commission de médiation du département de l'Eure d'un recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, sans en préciser le motif. Par deux lettres des 22 mai et 19 juin 2023, la commission de médiation a invité M. B à compléter son dossier en produisant les pièces manquantes et obligatoires. Malgré l'absence de réponse de l'intéressé, la commission de médiation de l'Eure a rendu, le 5 juillet 2023, une décision de rejet du recours amiable de M. B. Le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 5 juillet 2023.
2. Aux termes de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : -ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / -être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; () / / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".
3. Pour rejeter le recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de M. B, la commission de médiation a retenu qu'il n'avait pas fourni les documents obligatoires nécessaires à l'instruction de son recours amiable, malgré les demandes qui lui ont été faites en ce sens les 22 mai et 19 juin 2023, que le travailleur social du conseil départemental avait informé le secrétariat de la commission de médiation le 2 juin 2023 que M. B souhaitait annuler son recours DALO car sa demande ne relevait pas de cette procédure, et qu'enfin les problèmes de voisinage évoqués par M. B ne sont pas de nature à donner un caractère urgent et prioritaire à sa demande de logement et ne peuvent être retenus par la commission de médiation.
4. Selon les termes mêmes de la décision attaquée, M. B a effectué une demande de logement social depuis plus de dix-huit mois. Dès lors, il pouvait saisir la commission de médiation d'un recours amiable et se trouvait parmi les demandeurs pouvant être désignés par la commission comme prioritaires et devant être logés d'urgence. Toutefois, l'appartenance à l'une des catégories mentionnées à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation ne suffit pas à elle seule à être désigné prioritaire et devant être logé en urgence, la commission disposant d'un large pouvoir d'appréciation pour déterminer, dans un second temps, si la situation des demandeurs remplissant cette condition présente en outre un caractère d'urgence justifiant qu'il soit fait droit à leur recours amiable.
5. Il résulte de l'instruction, ainsi que des termes mêmes de la décision en litige, que M. B a déposé un recours amiable auprès de la commission de médiation de l'Eure sans en préciser le ou les motifs, qu'il n'a pas répondu à la demande de production des pièces obligatoires à l'instruction de son recours. En outre, si M. B mentionne des faits de dégradation des lieux communs et de ses biens, ainsi que de tapages diverses au sein de son immeuble, il n'apporte aucune pièce permettant d'établir la réalité des propos qu'il allègue. Dès lors, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de la commission de médiation du 5 juillet 2023 doit être annulée.
6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 juillet 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement de l'Eure a rejeté son recours amiable.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de l'Eure.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé : C. VAN MUYLDER
Le greffier,
Signé : J-B. MIALON
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
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